Mohamed EL KORSO: «Les histoires officielles ne résistent pas à l’épreuve du temps»

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3ème partie et fin


La polémique sur le contentieux colonial entre l’Algérie et la France continue à envenimer les relations entre les deux pays et maintient toujours une certaine tension diplomatique entre Alger et Paris. Y a-t-il, selon vous, une possibilité de trouver un compromis sur cette question ? Si oui, comment ?


Le contentieux entre l’Algérie indépendante et l’ancienne puissance coloniale aurait pu se régler dès les premières années de l’indépendance si la raison politique l’avait emporté sur les passions forgées pour les uns, par les blessures et sacrifices causés par le régime du sabre, pour les autres, par plus de cent trente années de domination sans partage. Un vent d’espoir avait traversé en 1958, les milieux politiques et militaires du GPRA/ FLN-ALN.  De Gaulle, était synonyme d’une fin prochaine de la guerre. Mais le chemin de cette paix tant attendue, tant espérée par les Algériens, passait pour l’homme du 18 juin 1940, par la poursuite de la guerre. Une guerre encore plus sauvage et plus meurtrière que celle engagée par la IVe. République. La symbolique vestimentaire du nouvel homme fort de la France, drapé dans sa tenue de général à chaque apparition à la télévision ou en public, particulièrement en Algérie, était un gage et une menace à la fois. Les négociations auraient pu être écourtées si la volonté de la France de faire la paix, tout de suite, en 1958-1959, en 1960- 1961 l’avait emporté sur la logique de guerre. Bien sûr que l’histoire ne se fait pas à rebours, bien sûr que le «quarteron des généraux félons» est pour beaucoup dans le trop de sang versé entre 1960 et le 19 mars 1962. Le traumatisme laissé par cette guerre est à l’échelle du pays entier. Le traumatisme est encore national. Il suffit pour s’en rendre compte d’évoquer la torture, la ligne Challe et Maurice… Un véritable mur de Berlin psychologique a été élevé de part et d’autre de la Méditerranée, notamment par les suicidaires membres de l’organisation terroriste OAS. Ce mur est-il prêt de tomber ? Non, si l’Algérie continue d’être considérée comme une ancienne colonie. Non, si la France continue de tourner le dos à sa propre histoire. Oui, si l’Algérie se réconcilie avec sa propre histoire. Oui, si la France fait un effort sur elle-même. Non, si l’ancien occupant s’entête à penser que le colonialisme était un bien fait pour les «sales Arabes» que nous étions. Un double effort de vérité est nécessaire de part et d’autre. Le plus gros effort devra être fait par la partie française en sa qualité d’ancienne puissance occupante. La victime est une victime et le bourreau restera un bourreau jusqu’à ce qu’il expie ses crimes. Les enfumades, les massacres du 8 mai 1945, le napalm, la torture, les corvées de bois, les massacres du 17 octobre 1961 à Paris, les expériences nucléaires au Sahara etc., ont été commis au nom de la raison d’Etat. C’est à cet Etat que l’Algérie et les Algériens s’adressent quand ils demandent au premier magistrat de ce pays, indépendamment de son nom et de son appartenance politique, de faire acte de repentance. Cette demande-revendication, qui puise sa force dans l’histoire, est inscrite depuis longtemps déjà, comme une constance dans les rapports entre l’Algérie et la France. Bien sûr qu’un effort non négligeable a été fait. Le chemin qui reste à faire n’est ni insurmontable ni préjudiciable pour la partie appelée à investir dans l’avenir du dialogue des peuples et des civilisations. Seule compte la volonté de bâtir l’avenir en apurant ses comptes avec son propre passé.  La tenue à la mairie de Paris, ce 6 mai 2009, d’une journée d’étude sur le 8 mai 1945, est un autre pas en avant. Les déclarations confuses qui entretiennent amalgame et quiproquo, à l’image de celle du dernier ambassadeur de France en Algérie, n’arrêteront pas la marche vers la reconnaissance inéluctable du crime colonial en Algérie.
     
Entretien réalisé par Halim Boudjou

11-05-2009, La Nouvelle République

 

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