Hommage à Germaine TILLION au CCF :Ethnologie et humanisme

Publié le


Parmi le public venu assister à cet hommage, on a remarqué la présence d’universitaires à l’exemple de Daho Djerbal, et plusieurs personnes ayant connu cette «femme de combat», venus témoigner leur admiration pour cette grande humaniste. Le parcours peu commun de Germaine Tillion a fait d’elle l’une des personnalités qui ont marqué de leur empreinte le XXe siècle, tant par ses travaux que par ses engagements indéfectibles en faveur des populations démunies.


Déportée à Ravensbrück.


Selon le conférencier, le destin de l’ethnologue «croise en permanence celui de l’Algérie». En effet, dès 1934, alors étudiante à la Sorbonne, par quatre missions scientifiques, elle entame des recherches sur des tribus semi-nomades dans les Aurès. De retour en France en 1940, révoltée par la capitulation, elle met sur pied avec un groupe d’amis le premier réseau de résistants au nazisme, dénommé «Musée de l’homme». Août 1942, elle sera arrêtée et déportée à Ravensbrück. Quatre mois plus tard, sa mère sera déportée dans le même camp et subira le supplice des gaz le 2 mars 1945. Durant les trois années de captivité, elle verra la disparition de toute sa documentation scientifique ainsi que ses deux thèses. Immédiatement après sa libération, elle engage des enquêtes sur les criminels de guerre et assiste aux procès des grands dignitaires nazis, et à celui du maréchal Pétain. Elle ne s’arrêtera pas là. Loin de toute accointance idéologique, nourrie seulement d’un désir inébranlable de justice avec la CICRC (Commission internationale contre le régime concentrationnaire), créée par David Rousset, elle alerte l’opinion internationale sur les tortures dans les goulags soviétiques en 1951. Chose qui lui valut les foudres des intellectuels gauchistes français. Cette constance de lutte pour les causes justes la range du côté de ceux qu’on appelait «les intellectuels dreyfusards».


En mission dans les Aurès


Sur recommandation de Louis Massignon, son directeur de thèse, le gouvernement Mendès France lui confie en 1954 une mission de deux mois pour s’enquérir de la situation dans les Aurès. A son arrivée, elle fut atterrée par le changement survenu en quatorze ans, en qualifiant cette situation de «clochardisation». Octobre 1955, elle contribue à la création du service des centres sociaux en Algérie pour accueillir les enfants pauvres. L’année 1957 fut celle où elle publie un livre intitulé : « l’Algérie en 1957 », dans lequel il est question du drame que vécurent les Algériens depuis le début de la lutte armée. La même année, Germaine Tillion rencontre le général de Gaulle et attire son attention sur la torture pratiquée par les paras du général Massu. A cette occasion, de Gaulle lui confie que son livre «lui a fait comprendre l’Algérie autrement», d’après le conférencier. Toujours en cette année 1957, et à la demande du FLN, Tillion rencontre Yacef Saadi afin de discuter des possibilités d’une trêve. Son ardeur inflexible dans ses démarches sera couronnée par l’introduction, en 1959, de l’enseignement dans les prisons. Sa contribution intellectuelle n’est pas en reste. Pendant la période «auréssienne», elle publie un ouvrage en rapport avec sa spécialité « Il était une fois une ethnographie », suivi de « Ennemi complémentaire », (1960), « Le harem et les cousins » (1966), « l’Afrique bascule vers l’avenir » (1999), « A la recherche du vrai et du juste » (2001). Rappelons que Germaine Tillion est décédée en 2008, à l’âge de 101 ans après une vie riche et tumultueuse, marquée par des combats inlassables aux côtés des plus démunis.


Halim Boudjou

15-03-2009, La Nouvelle Républiquee

 

 

Publié dans Ethnologie

Commenter cet article