GAZA: Lettre aux ministres luxembourgeois

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Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient

Association sans but lucratif.

Siège social : L-1931 Luxembourg, 55, avenue de la Liberté




Luxembourg, le 10 janvier 2009

 

Lettre ouverte à

Monsieur Jean-Claude JUNCKER, Premier Ministre, et

Monsieur Jean ASSELBORN, Ministre des Affaires Etrangères

  

Si nous manifestons pacifiquement et dignement dans les rues de Luxembourg aujourd’hui, c’est parce que nous voulons d’abord, au-delà de toute option partisane, exprimer notre émotion et notre indignation face aux centaines de morts et aux milliers de blessés qu’entraînent depuis la fin du mois de décembre 2008 à Gaza les affrontements d’une extrême violence entre les forces armées israéliennes et les groupes armés palestiniens dont le Hamas.

Si le Hamas a une responsabilité dans les événements, il est trop facile, comme le font certains gouvernements européens et plus encore Israël, de lui en faire porter toute la responsabilité, et d’occulter ainsi les principaux tournants des dernières années et tout autant une situation d’occupation qui dure depuis 42 ans. Quoi qu’il en soit, nous condamnons énergiquement des opérations militaires aériennes et terrestres qui, vu la densité de la population de Gaza, ne peuvent, en aucun cas, ni éviter ni limiter des pertes énormes au sein des populations civiles (les 1,4 million de Gazaouis vivent sur un territoire qui équivaut exactement à 1/7e du Luxembourg), la destruction de maisons, de mosquées, d’écoles, de l’université, du parlement palestinien à Gaza ; aucune morale, même la morale de guerre, ne peut justifier ces formes d’autodéfense. Elles sont clairement condamnées par le droit international, dont la 4e convention de Genève.

Sans refaire l’historique de ces événements présents, nous voudrions cependant rappeler quelques tournants qui ont contribué à radicaliser la situation d’ensemble au Proche-Orient ainsi qu’à Gaza et à préparer les événements présents. D’abord le retait unilatéral des colons et de l’armée israélienne de Gaza, qui n’a été ni préparé ni accompagné par une concertation entre Israël et l’autorité palestinienne ; ensuite les élections de 2006 qui ont été saluées dans le monde entier comme entièrement démocratiques ; mais aussitôt, les résultats de ces élections ont été refusés parce qu’ils portaient le Hamas au pouvoir ; la décision de boycotter non seulement le Hamas mais l’ensemble de l’Autorité palestinienne a suivi tout aussi rapidement. Le tournant suivant s’est produit quand, magré les efforts énormes qui avaient permis de mettre sur pieds un gouvernement d’unité nationale, l’Europe et les Etats-Unis et Israël n’ont pas reconnu ni soutenu ce gouvernement. Tout cela a contribué à alimenter les tensions et les conflits entre Palestiniens. La suite et le résultat partiel de ce qui précède a été la prise de pouvoir du Hamas à Gaza. Tout au long de ce processus de dégradation et de radicalisation de la situation, l’enfermement de Gaza par Israël s’est transformé en un véritable blocus et Gaza est devenue la prison à ciel ouvert dont on a tant parlé ; mais, à la différence des autres prisons, Gaza est une prison boycottée et affamée.

Au-delà de ces tournants récents, restent toujours l’occupation, qui s’est durcie au cours des dernières années, et la colonisation qui continue malgré toutes les promesses non tenues d’Israël. Nous vous avons déjà fait part de tous ces éléments qui permettent de comprendre l’agravation générale de la situation.

Ceci nous conduit à dire, avec beaucoup d’observateurs et d’analystes de la situation, qu’il est inutile, et surtout illusoire de vouloir éliminer le Hamas ou faire sans lui, quoi que l’on pense de lui : il est un acteur incontournable qu’il faudra rencontrer, directement ou indirectement, avec lequel il faudra discuter directement ou indirectement. Mais plus on attend, plus ce sera difficile, vu sa radicalisation que les stratégies américaine, israélienne et européenne ont contribué à produire.

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, la situation humanitaire à Gaza a dépassé toutes les bornes. Elle a été décrite de nombreuses fois. Nous n’y reviendrons donc pas. Mais lorsque l’ONU et l’UNWRA, elles-mêmes, sinon la Croix-Rouge, ne peuvent même plus jouer leur rôle le plus fondamental et lorsque des membres de leur personnel sont atteints par les armes israéliennes, c’est une nouvelle limite qui est franchie de manière insupportable et inacceptable. Cela aussi, nous, manifestants de ce samedi 10 janvier, nous le condamnons vivement. Par ailleurs, aux dires mêmes de représentants de l’ONU sur place, plusieurs massacres opérés depuis le début de cette « guerre » et encore tout récemment, relèveraient clairement de la catégorie de « crimes de guerre » sinon de « crimes contre l’humanité » et, vous savez comme nous, que ce genre de crimes relève du tribunal pénal international et doit conduire à la condamnation pénale de leurs responsables.

Nous avons noté la prise de position du Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Asselborn, fin décembre 2008, qualifiant » d’horribles » les images venant de Gaza, évaluant les opérations en cours comme une « punition collective » — pratique qui relève du « crime de guerre », rappelons-le —, et appelant les belligérants à un cessez le feu et à une trêve immédiate.

Nous voulons précisément terminer cette lettre ouverte en vous disant que nous soutenons les intiatives en cours qui devraient amener les belligérants à un tel cessez-le-feu, à une trêve rapide et à la recherche d’un modus vivendi qui pourra durer, mais qui ne pourra durer que s’il est juste et que s’il inclut la levée du blocus dont Gaza est l’objet depuis 20 mois.

Dans cet esprit, nous, manifestants de ce 10 janvier 2009, nous demandons avec instance au gouvernement luxembourgeois, de son propre chef et en tant état membre de l’Union européenne

·        De mettre tout son poids pour faire cesser immédiatement les massacres et les violences de part et d’autre, pour qu’Israël retire ses troupes de Gaza et pour soutenir les initiatives diplomatiques et politiques qui ouvrent sur une trêve juste et à long terme

·        D’exiger d’Israël la fin du blocus de la Bande de Gaza qui étrangle et fait mourir à petit feu une population entière

·        D’œuvrer à la réconciliation et à la coopération des principaux mouvements et partis palestiniens et à la concertation de tous les acteurs impliqués, y compris le Hamas

·        De conditionner la coopération avec Israël au respect par cet Etat du droit international et des droits de l’Homme

·        De s’engager politiquement et diplomatiquement de manière résolue pour que cessent l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens et de Jérusalem ainsi que la construction du mur, et que puisse être constitué un Etat palestinien en accord avec les nombreuses résolutions des Nations Unies. C’est l’une des conditions sine qua non pour atteindre une sécurité réelle et une paix durable entre les deux peuples.

·        De soutenir la création d’une commission indépendante qui enquête sur les massacres de populations civiles qui constitueraient des crimes de guerre sinon de crimes contre l’Humanité.

Dans l’espoir que vous entendrez ce message et que vous appuierez ces demandes, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères, l’expression de notre haute considération.


Michel LEGRAND

Président

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