Le dernier baroud du bédouin

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On soupçonne, on craint que les islamistes de la Nahdha présidée par Ghannouchi prennent le pouvoir en Tunisie. De même en Egypte, on redoute les Frères Musulmans  et en Lybie, Kadhafi indique du doigt Al Qaida et Ben Laden.

Mais ses indications ne font plus commerce. Les Occidentaux, les Américains ne sont plus bernés par ce genre d'astuce pour remplir les caisses des dictateurs. Les peuples ont changé, les idéologies également. Aujourd'hui on se préoccupe plus du pain que des choses du ciel ou de sous-terre. Fini le temps des prophètes et des apôtres du Sinaï, de la vallée du Jourdain et du désert arabique.

L'armée de Kadhafi est défaite. Des sites de missiles à l'abandon, les canons pointés vers des cibles introuvables, à peine les soldats ont fait usage de leurs batteries. Des prisonniers en grande quantité, arrêtés par la population civile. Ces soldats, mercenaires de la crève ont été enrôlés pour une bagatelle de 9 000 €, venant tous des pays du Sahel.

Voix dans le désert

Le lion blessé rugit dans le désert! On ne sait où il est caché comme une bête blessé, Kadhafi saisit l'antenne de radio pour exprimer son désarroi, qualifiant les manifestants de délinquants, de drogués... Il endosse la responsabilité des  manifestations à Al Qaida, à Ben Laden.

Un  pouvoir qui se transmet par hérédité

Kadhafi a huit enfants et a eu une fille adoptive. Ses enfants se disputent son empire financier, selon le Financial Times qui cite mercredi 23 février des câbles diplomatiques obtenus par WikiLeaks. Sous le titre "Kadhafi Incorporated", les diplomates de l'ambassade des Etats-Unis affirment que le dictateur libyen et sa famille détiennent d'importantes participations dans les secteurs du pétrole et du gaz, dans les télécommunications, dans les infrastructures de développement, dans des hôtels, dans les médias et dans la grande distribution. Dans ce mémo qui date de mai 2006, ils précisent que les enfants Kadhafi perçoivent des revenus réguliers de la société pétrolière nationale dont les exportations annuelles atteignent des dizaines de milliards de dollars.

  • Mohamed Kadhafi  : aîné, fils d'un premier mariage, président de l'organisme libyen des télécommunications.
  • Seif el Islam Kadhafi : architecte-urbaniste de profession, il est le plus impliqué sur le plan politique. Il est surtout connu pour son rôle dans l'indemnisation des familles des victimes de l'attentat de Lockerbie et du DC-10 d'UTA abattu par des Libyens en 1988. Il dirige la Fondation Kadhafi pour le développement (FKD). Il est le premier enfant qu'a eu Kadhafi avec sa deuxième femme, Safia.
  • Saadi Kadhafi : ancien footballeur professionnel (attaquant du club de Pérouse, Italie, condamné en 2003 pour dopage). Actionnaire de la Juventus, il a réussi en 2002 à faire jouer la Super coupe d'Italie à Tripoli (capitale de la Libye). Il a fait carrière dans l'armée, où il dirige aujourd'hui une unité d'élite.
  • Moatassem Billah Kadhafi : colonel de l'armée, il préside en 2007 le conseil de sécurité nationale dont il est écarté ensuite. Il y retourne en tant que conseiller en 2010.
  • Hannibal Kadhafi : médecin et militaire de formation, il fait régulièrement parler de lui dans la rubrique des faits divers des journaux occidentaux.
  • Aïcha Kadhafi : fille du colonel, née en 1977, elle est avocate et préside la fondation caritative Waatassimou. Surnommée « la Claudia Schiffer du désert » dans la presse italienne.
  • Saïf el-Arab Kadhafi, 30 ans en 2011, officier.
  • Khamis Kadhafi, 29 ans en 2011, commande une unité des forces spéciales.
  • Hannah, fille adoptive du colonel Kadhafi tuée à l'âge de deux ans lors d'un raid américain nommé opération El Dorado Canyon, contre Tripoli et Benghazi en représailles à l'attentat dans une boîte de nuit de Berlin, fréquentée par des militaires américains, qui a coûté la vie à une personne de nationalité turque.

Pour sauver sa tète, il lègue le pouvoir à son fils Seif El Islam aussi paranoïaque que son géniteur, pour haranguer les Comités populaires. Lesquels achèvent les blessés dans les hôpitaux ou les abandonnent dans les rues, mourir sans secours. Il a provoqué un exode de tous les travailleurs étrangers (30 000 tunisiens et égyptiens), 46 000 chinois et ses propres citoyens libyens. L'Italie redoute un exode massif sur ses côtes. L'UE est alertée par cette tragédie qui apportera des difficultés pour accueillir les réfugiés en grand nombre. Le prix du baril de pétrole n'arrête pas de grimper.

La révolution est en marche, la Jamahiriya bannie, le Livre vert du Guide Suprême au pilon, le drapeau national remplacé par celui antérieur à l'avènement de Kadhafi. Toutes les villes sont aux mains de la population qui se défend avec bravoure contre le sanguinaire. Les insurgés s'approchent de Tripoli, et il reste peu de jours à ce fennec de la brousse pour se rendre ou s'exiler.

Nacer  Boudjou

24 02  2011

Publié dans Politique

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