EMMANUELLE TEMIMI-BLANC: "Entre ciel et terre"

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Après ses expos : «Influences nocturnes» au Musée de Sidi Bou aïd en 96/97, «L'illusion du désir» en 97 à l'Espace Essaraya (La Médina), Journée Porte Ouverte «Mili-Milo» à La Marsa, Emmanuelle Temim-Blanc vient de décrocher ses toiles des cimaises de la Galerie Ennadhour de Sidi Bou Saïd.

emmanuelle-temimi-blanc-L-1Dans l'intervalle de deux ans en Tunisie, l'artist
e franco-tunisienne de Lyon s'est fixée tour à tour de nouvelles visions picturales. Du figuratif tout cru, flamboyant, elle se flanque de l'abstraction géométrique chargée d'une émotion vibrante. L'inédit «Entre ciel et terre» qu'elle a inauguré a Phare de Sidi Bou Saïd, mérite qu'on s'étale sur la facture de son travail.

 

Emmanuelle ne va pas avec le dos de la cuillère pour dire l'essentiel d'un patrimoine graphique qui colle à sa peau comme le sel de la terre. Elle cerne le contour de chaque motif décoratif qui rend son souffle de l'aspect formel. Elle persévère dans un rendu plein de significations.

 

Tout d'abord, disons qu'elle est diplômée de Ecole des Arts Appliqués, en architecture intérieure, designer à Lyon (France). En 1992-93, elle a suivi une formation trompe-l'œil à l'atelier Berlioz. Emmanuelle a ensuite travaillé dans des ateliers d'architecture, de décoration: Denis Roptin, Studio laco, Villa Marais et l'éclaireur, Chokri Makhlouf.  Puis elle a réalisé d'innombrables expositions à la Galerie Vivienne, Paris, et en Tunisie. Egalement, elle a conçu des scénographies d'expositions d'Art contemporain, Raymond Mason, Patrick Seytour et bien d'autres.

 

Le théâtre et le cinéma l'ont aussi capté. Elle a conçu les décors de la pièce de théâtre «Une bataille à la mer» de Guy Saliba (Lyon) en 94. Elle a fait la proposition d'un nouveau décor pour l'émission T.V. «Bas les Masques». On ne peut tout dire, tant ses activités sont nombreuses.

 

Emmanuelle Temimi réside aujourd'hui en Tunisie, peint et travaille sans relâche. Elle est d'une culture picturale, celtique et gréco-latine, ce qui la fait rapprocher des arts populaires méditerranéens, africains et orientaux. Toutes ses toiles exposées sont parsemées de poissons, de spirales helléniques, de carrés découpés en losanges, éclairés par des étoiles fixées dans un ciel bleu profond. Par cette expression Emmanuelle va à la rencontre de l'autre en se nourrissant de symboles, de signes et d'alphabets des artisans, des potiers de Sejnane et des hommes du désert.TEMIMI 001

 

Elle s'applique avec virtuosité pour laisser transparaître devant les yeux avides de nouveautés des formes dessinées en relief. Ses formes géométriques sont parfois haussées de couleurs claires: blanc coquille d'œuf, jaune d'or, contours violacés. Des précédentes expositions qu'elle a organisées à Tunis, elle n'a gardé que les tons rouge sanguin, turquoise, cobalt, azur, ocre jaune. Les sillons creusés des formes s'atténuent pour envoyer des éclaboussures sur tout le périmètre du format. Il arrive qu'on croit reconnaître des débris de parois des murs d'anciennes habitations de Ghadamès, Agadir, Zryba El Alia...Tout le relief est perceptible telle une frise.

 

A travers cette exposition, Emmanuelle africanisée, tunisifiée jusqu'à être possédée par la gestualité graphique des potiers de Djerba, Sejnanc et des hommes du désert, nous raconte la vie légendaire, mystérieuse, écrite dans des registres où la symbolique se tient en selle.

 

 

Nacer BOUDJOU

Renouveau, 12 mai 1999

 

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