Dois-je jeûner sous contrainte?

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Pourquoi dois-je jeûner sous contrainte, si mes convictions philosophiques, d’aventure religieuses sont autres que celles distillées par la poignée de fanatiques musulmans ?

A ce que je comprends, non croyant, agnostique que je suis j’ai le droit de ne pas jeûner. Et je ne cours aucune peine, aux regards des dispositions de la loi fondamentale et divine, puisque  l’article 36 de la constitution algérienne dit en substance : « La liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables. » 

De son côté, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »  

Par ailleurs, les non-musulmans peuvent pratiquer en pays où la population est à majorité musulmane, leur liberté de conscience et de religion. On lit dans le Coran: « A vous votre religion; à moi, ma Religion" (109/6), ou encore: "Pas de contrainte en religion!" (2/256), ou encore: "Est-ce à toi (Muhammad) de contraindre les hommes à être croyants?" (10/99), car "Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait" (5/48).

 

A ce titre, j’ai le droit de refuser de jeûner, puisque je refuse également la hiérarchie ecclésiastique musulmane (organigramme des responsables religieux institué par la société musulmane où des cheikhs, des imams, des mollahs, des émirs… chez les sunnites comme chez les chiites font des fatwas et dictent la conduite exemplaire aux  fidèles). De ce côté-là,  je rejoins les protestants  et les ibadites à un certain niveau (mais pas trop). Mon rapport avec le Seigneur des cieux (s’il existe) est direct, car je suis contre les détours pour m’adresser à lui. Je refuse de me soumettre aux lois dites divines dictées par l’homme en se substituant au Créateur.

Ce pays Algérie n’est-il pas le pays des hommes et des femmes libres où de tout temps les religions, les croyances se sont interpénétrées.  Les communautés qu’elles que soient leurs origines ont cohabité dans une entente et une harmonie totale, avec le mot tolérance au bout du fusil.

Pourquoi la liberté philosophique, la promotion des idées ne sont-elles pas prises en considération, avec le droit de cité ? A ce que je sache, personne ne détient la Vérité absolue. Tout est approximatif, car les religions  sont mortelles, et elles se succèdent les unes aux autres depuis la nuit des temps. N’a-t-on pas connu le judaïsme, le christianisme, le manichéisme… Elles ont éduqué, rythmé la vie de nos aïeux numides dans un élan de partage, du respect de l’autre.

De quel droit dois-je jeûner, quand le model religieux  mis en place ne me concerne pas (respect pour ceux qui y croient sans aveuglement).

Où est la tolérance, le pardon, le respect de l’opinion de l’autre quand on impose une religion à tout un peuple qui a ses particularités, bafouant sa liberté, étouffer dans l’œuf son projet d’une société libérée de l’obscurantisme.

Pourquoi jeûner et satisfaire le bon vouloir des imams autoproclamés, quand le mois de ramadan devient un souk de farces,  de tromperies… à ciel ouvert.

Quand on vend dans les boucheries de facto halal la viande de bourricot au lieu d’agneau, de veau…

Quand la zlabia est préparée dans entrepôts, des buanderies… et vendues par des égorgeurs de tout poil.

Quand la corruption à tous les niveaux atteint son paroxysme.

Quand on lapide des femmes, mères de famille, jugées adultères, aveux arrachés sous la torture.

Quand on multiplie les tueries de pauvres civils, au motif qu’ils ne sont pas comme ils veulent qu’ils soient par les croquemitaines.

Quand la polygamie, le mariage de jouissance sont monnaie courante aux pays même où la majorité de la population est chrétienne.

Quand on tabasse les familles des disparus de la Sale Guerre, faute d’avoir demandé la vérité sur leur disparition.

Quand…

J’ai le droit et la volonté de ne pas jeûner quel que soit le lieu où je suis et publiquement, car j’ai le droit d’être ce que je suis.

Sachez aimables lecteurs, dans ma tombe ou ailleurs, pulvérisé dans l’espace, réduit en cendre, noyé dans le fonds d’une mer, englouti dans la profondeur de la terre…je serai seul à négocier mes années dans ce monde avec le Maître Absolu "Alif Lam Mim".

Cependant, vous ne m’empêcherez pas de tromper mon bout de galette dans une assiette emplie d’huile d’olive ancestrale en cette saison ramadanesque.

Nacer BOUDJOU

 

Publié dans Philosphie

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