Di Maccio se confesse

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Nous sommes devenus apathiques face à des œuvres picturales mille fois mijotées au vu et au su de tout le monde, par des artistes aux styles pompiers. Où le professionnalisme et le talent ont pris la clé des champs pour laisser les ateliers et les écoles d’art vides. Quoi de plus fantastique et de plus réconfortant qu’un plasticien, venant sur la pointe des pieds des temps immémoriaux, frôlant avec l’intelligence du cœur la renaissance italienne, tente avec adresse de secouer le cocotier de la léthargie ! Ce griot de la couleur, ce plasticien est bien Di Maccio, dont les créations ont sollicité les cimaises de la galerie « Chérif Fine Art » en Tunisie, pour une durée d’un clin d’œil. Ce « Pied Noir », natif de Bab El Oued (Alger) n’est pas des moindres quand on sait qu’il a visité et pénétré tous les foyers de civilisation, jusqu’aux Nippons qui ont édifié un musée pour ses œuvres. Peintre figuratif, abstrait ou se réclamant d’une tendance qui n’a pas reçu ses lettres de noblesse, peu importe, ce qui est primordial, c’est le perfectionnement des techniques, le savoir-faire et la démarche convaincante qui ont fait pour accéder au ring international des arts picturaux. Di Maccio n’a pas hésité un instant pour nous livrer ses impressions.

Réalités : A voir ton exposition, les débats portant sur la peinture réaliste abstraite, intellectuelle, métaphysique ne sont pas encore clos, qu’en dis-tu ?

 

Di Maccio : Je pars du principe que depuis la Renaissance Italienne, il y a continuité dans le temps et prolongation de la culture jusqu’au XIXème. Cette période a vu l’apparition des peintres pompiers qui ont mis du désordre dans l’esthétique en place, pensant remettre les choses en question, seulement ils ont détruit le passé culturel que nous avons. Ils ne sont d’aucun apport artistique à l’évolution de la peinture. Ils ont laissé la porte ouverte au charlatanisme. Cette remise en

question de la peinture est nécessaire, mais pas de cette façon. Les artistes veulent recréer l’univers, c’est légitime. Et les marchands se sont intéressés à cette forme d’art et se lancent dans le commerce à outrance. Leur choix est porté sur le soi-disant courant abstrait. Je ne suis pas particulièrement contre la peinture abstraite ou décorative, mais essentiellement contre le non professionnalisme, c’est la porte ouverte à toutes les cadences. En ce qui concerne mes sources d’inspiration, je les dois à la Renaissance, période très évoluée que j’assimile en l’adaptant pour la transmettre, j’espère, au XXIème  siècle qui est extraordinaire, techniquement parlant, mais oublie l’humain, la morale, l’esthétique, le bonheur de l’homme.

 

Réalités : Les procédés techniques utilisés dans tes œuvres déroutent tous les curieux, amateurs de belles œuvres, venus nombreux à ton exposition, peux-tu nous révéler quelques secrets et lesquels ?

           

Di Maccio : J’utilise exactement les mêmes procédés techniques que ceux des artistes de la renaissance italienne, à savoir : bois enduits de blanc, l’eau, le jaune d’œuf. Je fais des dessins en valeur complète, toutes les valeurs du plus clair au plus foncé. Toutes les matières sont très diluées. Je peins avec des glacis : médium associé à des pigments mélangés avec un diluant- siccatif, huile. Toutes les couleurs sont posées en transparence comme les peintres du Cinquocento. La peinture posée en épaisseur ne résiste pas mécaniquement au temps, la croûte tôt ou tard finit par craquer et se détacher. Pour les dessins, j’utilise pastel, sanguine, crayons etc. Tous les supports : bois, carton, toile sont utilisés selon les besoins.

 

Réalités : Comment te situes-tu par rapport à la renaissance italienne, tes rapports avec les œuvres de Raphaël, Léonard de Vinci… Ton impression concernant les restaurations récentes des fresques de la Chapelle Sixtine ?

 



Di Maccio :
Mon itinéraire est le suivant : des études artistiques à l’Ecole des Beaux-Arts, Académie classique, puis une formation de professorat m’ont permis de connaître et de me familiariser avec les disciplines suivantes : anatomie, perspective, architecture, géométrie dans l’espace, morphopsychologie, qui m’ont donné un bagage réel sans prétention, un bagage plutôt classique avec des cours appuyés de théories artistiques telles que l’histoire de l’art, analyse d’œuvres etc. Inspiré, j’ai senti la nécessité d’approfondir mes études afin de les transmettre avec des expériences personnelles au monde futur. Ma première école des beaux-arts se situe à Alger. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai fait d’autres découvertes. J’étais déphasé, perdu complètement. Je suis resté plus d’un mois sans toucher au crayon. Je me suis dit, après différents jugements, que Matisse, Braque, Picasso ne m’intéressent pas. J’étais plus attiré par les Italiens de la Renaissance, sans toutefois faire des copies conformes. J’ai crée un univers parallèle évoluant selon ses normes, en le peuplant d’être extra planétaires, peut-être ce sont des êtres du futur, d’une quelconque planète, Saturne par exemple ? Mais c’est un futur dépassé, érodé. Mes œuvres expliquant mieux mes pensées, car ce ne sont que des théories en cours de formation.

 

Réalités : Peux-tu nous relater ton enfance à Bab El Oued, quartier du grand Alger ? Est-ce que tes souvenirs algérois agissent dans ton subconscient pour le choix de tes thèmes ou de tes couleurs ?

 Di Maccio : J’ai vécu une enfance très heureuse à Bab El Oued, les plages, la joie de vivre, les parfum de jeunesse. J’ai quitté ce pays bien avant la guerre de libération nationale algérienne n’éclate pour suivre mes études à Paris. Je me suis consacré complètement à ma carrière d’artiste. J’ai mis totalement mon enfance, ma jeunesse de côté. Dans ma valise, j’ai emporté de vieux souvenirs endormis et qui ressurgissent depuis deux ans. J’ai hâte de retrouver toutes mes sensations d’avant. A Paris, depuis quelque temps, je commence à me baigner dans un climat maghrébin, à être entouré de personnalités maghrébines et orientales telles que : Mohamed Aziza, Amine Malouf… Il faut dire qu’avant, cela n’a pas été possible car d’abord, mon père est d’origine italienne, quant à ma mère, elle est espagnole. Naturellement ou héréditairement, j’étais happé sans le vouloir
par l’Italie. Il faut croire que j’ai mémorisé à 100% mes jeunes années passées au Maghreb.
Je prévois à l’avenir que beaucoup de projets seront dirigés vers ces terres de la côte nord-africaine.

 

Réalités : La beauté plastique des corps, parfaite anatomie… C’est pour dire quoi ?

 

Di Maccio : J’attache beaucoup d’importance à la beauté des femmes et des hommes qui donneront l’homme futur, un homme performant. L’homme évolue de plus en plus, ses performances sont intellectuelles et corporelles. Je crois en l’être humain, il saura toujours trouver les solutions.

 

Entretien réalisé par Nacer BOUDJOU

Réalités, Tunisie 1995

 

 

 

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