Au Palais Hafcide Bach Hamba "La Sicile revisitée"

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Sous les voûtes du Palais Hafcide Bach Hamba à la médina de Tunis ont peut visiter les objets appartenant au patrimoine des nord africains du 9e-13 e siècle.

 

En guise d'introduction, pour présenter l'exposition intitulée " Islam en Sicile " qui se tient au palais Dar Bach Hamba dans la Médina de Tunis, du 16 février au 20 avril 2001, on est en droit d'emprunter ce passage à Edgar Morin. " Mer tricontinentale des rencontres fécondes et des ruptures tragiques entre l'Est et l'Ouest, le Sud et le Nord! Mer, qui fut le monde et qui demeure, pour nous Méditerranéens, notre monde!" tant sa fraicheur et sa justesse sont verdoyantes d'authenticité.

 

C'est sous l'effet de cette observation commune qui reste vivace que chaque communauté méditerranéenne a évolué en marquant de son sceau indélébile les différentes périodes de l'histoire humaine. Des expositions s'organisent de plus en plus pour montrer cette force créatrice stratifiée aux cours des siècles.

Ainsi, dans le même ordre d'idées suivi d'une ponctualité alertée dans ses loges, l'exposition sur la Sicile qui n'est pas des moindres, inaugure un hommage en donnant un coup de balai a l'oubli historique.

 

L'exposition placée sous les plus hautes autorités des deux pays Tunisie et Italie se propose de révéler les liens existants entre les divers peuples, langues et les traditions de la Méditerranée qui font partie d'une même histoire forgée par la mer et les civilisations.

 

Pièces archéologiques

 

L'exposition réunit une sélection d'œuvres et d'objets emblématiques de l'art et de la culture nord africaine issue des collections privées et publiques: Archéologie, épigraphie, numismatique, verre, métaux, céramique, tissu, bois sculpte stuc... L'exposition met en relief les trames tissées entre différentes cultures, les valeurs archaïques et les nouvelles technologies en Sicile. La Sicile qui a intériorisé la mémoire collective commune, avait servi autrefois de carrefour aux rencontres des peuples des deux rives de la Méditerranée. Aujourd'hui, tout le patrimoine légué par les acteurs de cette civilisation commune est fêtée au palais Bach Hamba de Tunis. Il faut dire que c'est de la Tunisie que prit le départ de la première expédition des Aghlabides de Kairouan sous la conduite du souverain Asad Ibn AI Fourat, en 827 à Mazzara del Vallo en Sicile. Successivement, des dynasties de l'Afrique du Nord, sous différentes appellations, Ifriquiennes, Fatimides, Zirides, Hammadides auraient succédées aux Aghlabides. Ensuite, ce fut au tour des Normands de reconquérir la Sicile puis les Hohenstaufen et les Comtes d'Anjou. Ces derniers furent chasses par les Almohades.

 

La Méditerranée source pérenne d'une activité civilisatrice

 

La Méditerranée incontestablement est source pérenne d'une activité défiant les aléas d'une aire névralgique à la croisée des civilisations. Elle est également l'espace privilégiée qui unit et non qui divise les peuples des deux rives. Salah Stétié a raison d'avoir écrit: " La brise de mer qui brute en les réfléchissant mille marbres cassés, est tisse de tous les soupirs que nous savons venus des races nombreuses qui, ici ou la, s'installèrent, bâtirent, s'opposèrent, luttèrent, disparurent".

 

En effet, les rois des dynasties nord africaines et européennes furent a l'origine d'une activité artistique et intellectuelle exubérante. Ils attirèrent les érudits locaux et étrangers les plus distingues. Les nord Africains régnèrent plus de deux siècles en Sicile. Ils introduisirent des techniques agricoles, la culture du coton, du sucre, du murier, les techniques et l'art de la construction, l'artisanat, l'art pictural et culinaire.

 

L'exposition qui consacre toutes ces richesses artistiques est le résultat d'une collaboration entre la Direction Générale pour la promotion et la coopérations  culturelle du Ministère des Affaires Etrangères, la Fondation Orestiadi, la Région Sicile et la Commune de Palerme. Elle vise a faire connaitre une des périodes les plus intéressantes  de l'histoire sicilienne. 

A son actif, la fondation Orestiadi di Gibellina a invité en 92-93,des plasticiens tunisiens, Nja Mahdaoui, Abderezak Sahli, Hamadi Bensaad. Avait organise une exposition à Trapani en décembre 1996 et janvier 1997: Les itinéraires de la culture, costumes et bijoux de la Méditerranée. Avait organisé aussi des manifestations en 1990: Maroc-Gibellina, rencontre entre deux cultures. Et sans oublier l'Exposition à Gibellina, mi juin 2000, relative à l'artisanat égyptien.

 

Le fondateur de l'Orestiadi, le sénateur Ludovico Corrao soucieux de préserver tous les édifices qui ont marque l'histoire de cette période résume sa pensée " Tout est dans le rêve accessible par le présent en s'armant d'un brin de folie, de patience et de passion pour tenter de redonner la vie a ces

demeures qui risquent de sombrer chaque jour dans l'oubli et l'ignorance, pour que nos descendants soient prives des trésors patrimoniaux".

 

Palais Bach Hamba "carrefour d'échange d'idées et de cultures"

 

Pour réconcilier l'histoire avec elle-même et préservera les édifices qui sont ces témoins silencieux, le palais Bach Hamba d'une superficie de 2000 m2 est choisi pour cueillir dans ses locaux le Centre Culturel pour la Méditerranée. La fondation Orestiadi a pris demeure dans ce palais qui était une habitation bourgeoise du 17e siècle édifiée par la famille Rassaa, originaire de Tlemcen, cité royale d'Algérie installée à Tunis depuis l'époque hafcide au 16e siècle. Ensuite le palais passa aux Naccache au 18e siècle, pour être acheter par El Hadj Ahmed Bach Hamba en 1789, sous le règne de Hamouda Pacha, fils de Ali, Bey 2. Sous le protectorat français, il fut acquis comme biens de l'église des "Sœurs Franciscaines" qui en font un établissement scolaire.Ce palais deviendra comme la Thalassa des Grecs, la Mare Nostrum des Romains, la Mer du Milieu du monde, notre Méditerranée, un carrefour d'échange d'idées et de cultures.

 

Palais Normand de Roger 2 a Palerme

 

A l'exposition on pourrait voir la chapelle du palais de Roger 2 regroupant différents styles architecturaux religieux appelée aussi, chapelle Palatine fut construite avec l'aide de maitres persans qui réalisèrent un plafond jugé parmi les ouvrages d'art les plus accomplis à la suite de la rencontre entre la culture occidentale et orientale.

Le groupe Stalker formé par de jeunes architectes de l'Université de Rome, en collaboration avec un groupe de Kurdes a reproduit le plafond de cette chapelle avec une structure en chanvre avec les cordes suspendues et des anneaux en cuivre. Il fait penser à un tapis volant en invitant les visiteurs au voyage au pays de Mille et une Nuits. C'est sans conteste un chef d'œuvre de l'interaction culturelle entre les deux civilisations asiatique et européenne relayée par l'Afrique.

 

Les peintures du plafond de la chapelle Palatina de Palerme et de la cathédrale de Cefalu.

 

La chapelle annexe au palais des Normands a Palerme fut inaugurée le 29 juin 1143 en la présence du roi Ruggiero 2. Les peintures qui ornent son plafond en bois sont une œuvre originale. Elles sont les seules survivances d'une telle échelle et d'une longue tradition quasiment disparue. Elles sont supposées être exécuter par des artistes nord africains. Les œuvres sont jumelées aux structures à alvéoles marquées d'un caractère d'une grande perfection. Les sujets comme ceux de la cathédrale de Cefalu qui font partie d'un programme figuratif typique de l'église féodale musulmane élaboré sous les califes abassides de Mésopotamie décrivent le cycle de la vie féodale, souverain sur son trône, buveurs, narrateurs, joueurs, danseurs, jongleurs, acrobates et un bestiaire réel et fantastique.

 

Nacer BOUDJOU

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