Le portrait dans la peinture indienne

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Dans l’ancien temps en Inde, il n’y avait pas que les artistes professionnels sous l’autorité des religieux bouddhistes qui réalisaient des fresques ou des sculptures monumentales dans les temples. Toutes les classes sociales à divers degrés avaient leur artistes.

 

L’art n’était pas seulement une expression liée à la religion ou à l’ornementation des résidences, des palais des dynasties régnantes. Il était aussi le délassement favori des princes en s'adonnant à cœur joie. Ils étaient sans conteste des mécènes, protecteurs des artistes et à leur tour ils pratiquaient l’art.

 

Ainsi, l’amant malheureux de Sakuntala, le roi Dusyanta, essayait de calmer sa douleur en peignant le portrait de sa bien-aimée absente. Tel prince affirmait qu’il ne saurait peindre des tableaux, sans y faire figurer celle qu’il désire. Tel autre refusait de le faire sous prétexte qu’un amour malheureux l’a aveuglé en remplissant ses yeux de larmes.

 

Les portraits sont une véritable séduction : celui de la belle Malavika tombant sous les yeux du roi Agnimitra, faillit devenir un événement.

 

Sans précédent, Jimutavahana, artiste appartenant à l’aristocratie, dessina avec tant d’habileté le portrait de Malayvati, que la suivante de cette dernière ne put s’empêcher de remarquer : « princesse, pourquoi dis-tu que tu crois que c’est ton portrait ? La ressemblance est telle qu’on ne sait pas si c’est en effet ton portrait, ou si ce n’est pas ton image que la pierre reflète à la façon d’un miroir ».

 

Les princes étaient sûrs de trouver dans les appartements de leurs bien-aimées des pinceaux, des couleurs et une planche à dessin. Car toute personne cultivée devait avoir dans sa maison les matières indispensables à l’exercice de la peinture. Quelquefois ces artistes inspirés par leur amour, négligeaient sciemment les couleurs et les tablettes, et se servaient d’une matière improvisée. Le prince Apahâravarman dessina avec sa salive rougie par du bétel sur le mur de la chambre d’Ambâlika, fille du roi, un portrait de sa dulcinée. Le roi Jimutavahana peignit également le portrait de sa bien-aimée, Malayavati, avec des matières improvisées : un morceau d’arsenic rouge, et cinq pierres de couleurs différentes.

 

Les princesses, elles aussi, se servaient de la peinture comme intermédiaire dans leurs amours. La charmante Sagarika ne dut-elle pas son bonheur à la connaissance de cet art. Servante de la reine, elle eut l’occasion d’apercevoir le roi et d’en faire le portrait.

 

Les portraits que Malati et Madhara, peignirent l’un de l’autre suscitèrent entre ce jeune couple un ardent amour. De même Vasavtasena peint le portrait de Carudatta, portrait qu’elle admire, ensuite. Les femmes peintres représentaient aux rois leur amour étendu sur une large couche blanche comme le fit la belle princesse Navamalika.

 

Ce caractère séduisant et raffiné de l’art de l’Inde antique fut la cause de l’interdiction faite aux moines bouddhistes de s’attarder dans les lieux décorés d’images et de représenter des hommes et des femmes sur les murs des monastères, la décoration florale étant seule autorisée. Pourtant l’effet de cette défense ne fut que de courte durée. La religion de Bouddha pour se conformer aux exigences de la vie finit par adopter les images peintes comme moyen de propagation religieuse. Le Bouddhisme confirme l’art en admettant que la présence d’un tableau dans une maison était de bon augure et que l’art pourrait amener au Dharma et à l’émancipation.

 

La conception de l’art en Inde pourrait être résumé en citant ces lignes de Shri Aurobindo, philosophe indien (Calcutta 1872-1950) : « L’art le plus haut et le plus parfait est celui qui non seulement satisfait aux besoins physiques du sens esthétique, aux lois de la beauté formelle aux exigences émotives de l’humanité, à la fidèle représentation de la vie et de la réalité extérieure –ce que fait le meilleur art occidental- mais aussi va plus loin que tout cela et exprime la vérité spirituelle intérieure, la réalité plus profonde et non apparente des choses, la joie de Dieu dans le monde, sa beauté et son attirait et la manifestation de la force et de l’énergie divines dans la création phénoménale ».

 

Pour les Hindous, la beauté (Sundara) est un des aspects de Dieu, au même titre que la vérité, la bonté, la connaissance, la puissance etc.… et l’homme peut chercher, et trouver Dieu dans le Beau.

 

Nacer Boudjou

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