Les Icônes en Turquie Byzantine:« Querelle des images ou iconoclasme ».

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Plusieurs raisons emplissent le forum de la « querelle des icône ou des images » dans la Turquie au temps des Byzantins. Constantinople fut principalement le véritable théâtre de ces escarmouches théologico-artistique. Elles reflètent la tension culturelle, idéologique, qu’entretient cette société en quête de son identité, de son être intérieur, en vivant parfaitement sa spiritualité, et l’art fut le grand perdant.

 

En ce temps-là, vers le milieu du VIIème siècle apr. J.C. Byzance était le carrefour des civilisations à la fois occidentales et orientales. Sachant que plusieurs territoires longent les rives de la Méditerranée et ceux des fins fonds du Caucase et du désert arabique étaient sous la houlette de Constantinople. Elle était traversée de toute part par des mouvements de pensées qui s’entrecroisent et se disputent pacifiquement et parfois violemment l’espace culturel.

 

Iconophobes  d’inspiration manichéenne

 

Deux périodes de ces luttes les plus sanglantes sont notées avec soin dans les annales de l’Histoire de la Turquie byzantine. Celle-ci sont appelées « Querelle des images ou iconoclasme ». Cela s’est soldé par la destruction de toutes le icônes, les mosaïques, les fresques, les statues ornant les intérieurs des églises, des monastères, des palais impériaux et toutes les demeures privées Les opérations initialement lancées visant les maestas, ont finit par déborder sur l’art profane, peinture ou sculpture traitant des sujets libres, irréligieux.

 

Tout découle de la crainte de voir le peuple converti au christianisme retourner au paganisme en se prosternant devant les idoles, ou de se vouer à des interprétations superstitieuses des icônes,  appelées l’iconolâtrie ou en se confiant à de saintes images. N’oubliant pas qu’à cette époque l’école platonicienne et aristotélicienne redéploie ses efforts pour se soustraire au Nouveau testament considéré par elle comme un hégémonisme fait de subjectivisme et d’irrationalisme. La tentative de survivance des sectes iconophobes  d’inspiration manichéenne et du paulinisme primitif, y compris le nestorianisme et le monophysisme. Tous les Panthéons, Hellènes, Assyriens, s’organisèrent pour résister à la religion officielle, mal diffusée, mal enseignée. Devant ces alternatives, seul le judaïsme radical occupait le haut du pavé de l’espace théologico-culturel, en s’annonçant comme le grand inspirateur du retour à l’Ancien testament. L’Islam n’intervient qu’à la deuxième période, vers 843 environ pour orienter l’ordre spirituel iconoclaste de l’église orientale. Vu l’immaturité théologique, philosophique et artistique de certains moines, car ce n’est que vers 379-385 que le christianisme est proclamé religion d’Etat par Théodose premier (Empereur de Byzance) ont cédé devant les propos des juifs qu’argumentaient l’austérité artistique par des textes sacrés d’une faible teneur, voici : « Tu ne fabriqueras pas d’images taillées ni aucune figure de ce qui est en haut et en bas sur la terre ». Le deuxième « Tu ne fabriqueras pas d’images sculptées… Tu ne te prosternera pas devant elles et tu ne leur rendras pas de culte ». On sait maintenant que ces textes d’un grand ostracisme, visaient à inculquer au peuple élu l’idée de l’unité, de la transcendance et de la spiritualité divines et à la prémunir contre la séduction exercée par l’idolâtrie des populations voisines, les Assyriens, les Grecs, et les Egyptiens. Ces textes saisies à la lettre par des moines, des empereurs byzantins ont servi de références idéologiques pour organiser des campagnes punitives contre les iconomaques,  « iconoclastes », « iconophobes » les adversaires des images, ou encore « iconophiles » et « iconodules » leurs partisans.

 

Les prémices de la « querelle des Icônes »

 

C’est au début du IIème  siècle apr. J.C. que la querelle des icônes commençait à prendre forme. Plusieurs actes inhumains défraient la chronique de 300 à 311, le 36ème canon du Synode d’Elvire, interdit l’exposition des images à l’intérieur des lieux de culte. Vers le milieu du IIIème siècle, Eusèbe de Césarée refusa à Constantina (Flavia Julia), fille de Constance Chlore épouse de Licianus, empereur d’Orient, et sœur de Constantin le Grand, de lui expédier une image pieuse qu’elle lui avait demandée auparavant. Epiphane, évêque de Constantina (Alkias Salamis) Chypre, déchira un rideau brodé d’une image qu’il trouve pendue dans une église. En Syrie, une attaque contre la vénération des images fut montée en 488 par Xenaïas le monophysite, évêque de Mambourg. Au VIème siècle, des émeutes entre Iconoclastes - iconodoules  éclatèrent à Edesse et à Antioche. Même période, en Occident latin, un évêque de Narbonne jugea bon de draper une représentation du Christ sur la croix et son confrère de Serenus de Marseille brisa ôta toutes les images qu’il trouva dans les lieux de prière de son diocèse.

 

Première période au VIIIème siècle

 

Sous le règne de Léon III, l’Isaurien d’ascendance syrienne, empereur byzantin de l’Orient (717-741). En l’an 726, il fait déposer l’image du Christ qui surmonte la porte de bronze du palais impérial de Constantinople et il la remplace par une simple croix. Il promulguait un édit interdisant l’utilisation des œuvres d’art à l’intérieur des maisons de Dieu. Toutes les représentations artistiques sont passées au fil de l’épée, y compris les miniatures qui rehaussent les manuscrits arrachées, dans leur pages. Cette doctrine satanique fut combattue avec force par des moines campés dans l’orthodoxie. Tous les évêques, les moines, croyants opposés au programme de Léon III ont payé de leur refus par des persécutions et emprisonnements. Cela a continué même sous le règne de Constantin V Copronyme (718-775) et Léon V l’Arménien (813-820). Tout culmine avec l’application des décrets du concile iconoclaste d’Hiéreia en 754. Par la suite, les réactions des moines sont virulentes, ils s’organisèrent et l’iconoclasme a été condamné par le septième concile œcuménique de Nicée en l’an 787. L’orthodoxie a ramené le calme dans les esprits. Les partisans des images avaient remporté une victoire momentanée. Ils ont reconquis le terrain de la tolérance et des idées permissives à l’encontre de la création, artistique. Joseph de Volokolamsk s’exprima ainsi : « De l’image visible, l’esprit s’élance vers le divin. Ce n’est pas l’objet, l’icône matérielle qui est vénérée, mais la beauté par ressemblance que l’icône, transmet mystérieusement ». Nicéphore réduit sa position à cette simple expression d’une grande portée : « La vue conduit à l’image ». L’impératrice Irène, vers 797, restaura la tradition des icônes. Sa décision est sanctionnée par le deuxième concile de Nicée en l’an 787.

 

Deuxième période au IXème siècle

 

De nouveau l’iconoclasme est condamné par les empereurs byzantins : Armorien ou Phrygien (820-867) : Michel II, Théophile, Michel III en entraînant une rupture temporaire avec Rome, l’iconoclasme fut la cause de la disparition des trésors universels inestimables. Il suscita la création d’un art inspiré de la flore, de la faune et de la géométrie, qui n’est pas sans valeur (à défaut de la figuration ont leur beauté).

 

La fin de cette querelle intestine fut suivie dans le monde orthodoxe d’une renaissance culturelle dont l’âme fut Photios, patriarche de Constantinople, vers 877-886. Le conflit interne de l’empire d’Orient se termina par un compromis favorable aux partisans des images à trois dimensions : la sculpture les bas-reliefs, continuaient d’être prohibées par contre, celles ayant deux dimensions ; peintures, mosaïques seraient considérées non comme des objets d’adoration en elle-même, mais comme des symboles de personnes humaines, angéliques ou divines qu’elles représentent. Ce compromis au sein de l’empire d’Orient supprima la raison de rupture entre les patriarche de Constantinople et de Rome.

 

Théophile, empereur byzantin Amorien (829-842), rivalisant avec le faste des résidences des califes Omeyyades ou Abbassides, avait fait décorer les murs des pavillons édifiés autour de son palais de divers ornements, d’animaux et d’arbres, de trophées et de boucliers et de représentations de statues, les empereurs accompagnés des membres de leurs familles continuent à être figures en effigies.

 

Théodora, veuve de l’empereur Théophile, continua l’œuvre de son défunt époux avoua hautement sa fidélité aux images le 11 mars 843, à sainte Sophie, toute la cour et le peuple assistèrent à un office en l’honneur de la restitution des images ; cette date est demeurée celle d’une grande fête de l’église orientale, la « fête de l’orthodoxie ».

 

Ainsi ces deux périodes de l’iconoclasme en Turquie byzantine ont plongé le peuple dans l’ignorance totale, en écartant les valeurs esthétiques de toutes les œuvres inspirées du sacré. L’art pris en otage par les moines et les empereurs a connu une régression, avant son éclosion. A la lumière des idées réformatrices des orthodoxes et de la tolérance survenues vers les IXème  siècle. La société s’est lancée de nouveau dans les prospections et des découvertes des espaces les plus cléments.

 

Nacer Boudjou

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