Goya: Un peintre humaniste

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Depuis quelques semaines, la télévision nationale a pris l’heureuse initiative de programmer un téléfilm, en plusieurs épisodes, consacré à l’artiste-peintre espagnol du 18ème et 19ème siècle, Francisco Goya. Heureuse initiative, c’est le cas de le dire. Une certaine distance par rapport aux créations artistiques et esthétiques. Privilégiant une vision du monde quelque peu mécaniste d’aucuns semblent ignorer, pour ne pas dire sous-estimer l’importance des arts dans la formation de la conscience collective.

 

Le vécu de Goya, sa pratique sur le champ artistique et esthétique confortent cette initiative de l’ENTV et contribuent pleinement à l’écriture d’une des pages de l’histoire du peuple espagnol.

 

Goya est venu au monde en l’an 1746 dans la ville de Saragosse (Aragon) en Espagne, fils de José Goya et de Gracia Lucientes. Tout jeune, il s’adonna à l’art, et reçu le baptême de feu de la création par son maître José Luzan, qui lui a donné les premières règles du dessin. Son passage à l’académie des beaux-arts de Saragosse lui a été bénéfique pour sa solide formation artistique. Influencé par le néo-classicisme romain, il partit en Italie et en France à la découverte des acteurs de ce courant qui défrayait la chronique artistique de l’époque.

 

En octobre 1771, Goya reçut sa première commande de fresque à l’église Notre-Dame Del-Pilar à Saragosse qui représente « L’adoration du nom de Dieu ». L’œuvre atteste la fidélité aux lignes baroque et au stylo de Corrado Giaquinto, son second maître à Saragosse. Son retour à la ville natale, est très fructueuse, il réalise pour le compte de la chartreuse d’Aula Dei de grands tableaux témoignant de sa formation à la fois baroque et née classique italienne.

 

En 1773, Francisco Goya découvre les charme de Madrid et prend Joséfa Bayen comme femme. Il est très choyé par ses beaux-frères qui sont artistes, notamment Francisco qu’il prit comme maître. Une année après il exécute une série de cartons de tapisseries pour ma Real Fabrica de tapices. Durant presque un quart de siècle, il réalisa une grande quantité de cartons, pour la plupart inspirés des œuvres de Michel-Ange. Leur thématique est  inspirée de scènes champêtres : la chasse, la pêche etc.

 

Nommé peintre du roi

 

En juillet 1786, Goya fut nommé peintre du roi. Il commença la série des portraits des responsables de la finance de San Carlos. Il devient alors le peintre à la mode de la société madrilène.

En 1789, il est promu « Pintor de Camara » du nouveau roi Charles IV, dont il fait, ainsi que la reine Marie-Louise, un nombre inestimable d’effigies officielles

Il fut maître incontesté du portrait espagnol, sa palette est dominé par les nuances de gris et des tons mêlés de vert.

 

Goya est comblé d’honneurs et de récompenses, mais sa première admiration pour cette société aristocratique décadente et corrompue cède le pas à une critique acerbe, de plus en plus amère. Son pinceau, agile à capter le frémissement de la lumière, le soyeux d’un tissu, nous livre impitoyablement la vanité ou la sottise de ses modèles, dont Charles IV et sa famille, en particulier.

 

Isolé dans « la nuit des sons ».

 

L’année 1792 ne fut pas favorables à sa santé ; il tomba malade plusieurs mois, devint sourd, coupé du monde, isolé dans « la nuit des sons ». Sa façon de peindre et sa manière de vivre ont été troublées par les séquelles laissées par sa maladie. Toutes ses œuvres sont hantées par des scènes hallucinantes, supplices, sabbats de sorcières, créatures grotesques animés, vision déjà expressionniste du monde, (procession des flagellants, scène d’inquisition, asile de fous). Néanmoins, une originalité pressante se dégage de son œuvre.

 

En 1795, il remplaça son beau-père Francisco Bayen à la tête de l’académie de peinture, poste que sa mauvaise santé l’obligea à abandonner deux ans plus tard.

Trois ans après, Francisco de Goya exécuta d’un jet la décoration du petit ermitage San Antonio de la Florida, qui reste une des œuvres marquantes de sa maturité plastique. Sous la coupole, il façonna "le miracle de la résurrection d’un mort par Saint Antoine, sous les yeux d’une foule bigarrée ».

 

En octobre 1799, Goya est hissé au rang de premier peintre du roi. Encore une fois sa renommée a atteint les cimes de l’honorabilité. Il évolua sans façon dans la cour royale, ébaucha des portraits de la progéniture de sa majesté Charles IV. Son œuvre dénote la somptuosité du coloris, le chatoiement des soies. Par contre le reflet des bijoux et des croix évitent toute monotonie et donnent mouvement et vie à un groupe figé en costume d’apparat. La composition est celle d’une frise avec plusieurs groupes de personnages autour de la reine Marie-Louise.

 

En 1806, un fait divers donne à Goya l’occasion de manifester son intérêt pour le réalisme populaire : la capture du bandit Maragato. La rupture avec l’école baroque, et le néo-classicisme est consommée pour de bon. L’œuvre comprend six petits panneaux. Cet événement, qui est unique, est restitué avec vigueur suivant une succession des scènes aisément lisibles qui annonce le procédé de la bande dessinée.

 

Pendant les années de guerre qui ont eut lieu de 1800 à 1808 opposant les Espagnols aux forces Napoléoniennes, le talent de Goya portraitiste connaît son apogée. Il est animé par un besoin de fixer les événements que vit le peuple espagnol, et de lui rendre justice en quelque sorte. Goya manifesta son intérêt pour la gravure, mode d’expression plus direct et rapide. Il travaille les thèmes des « désastres de la guerre » qui est une forte condamnation des agissements inhumains des troupes françaises.

 

Quelques années s’étaient écoulées, il peint deux grands tableaux : le dos et le très de Mayo (le 2 et le 3 mai 1808). Le dernier tableau est conservé au Musée du Prado à Madrid, dont la facture est très libre : les contrastes des tons entre des bruns profonds et le jaune et blanc éclatants du supplicié donnent à ce tableau une violence annonciatrice de l’art moderne.

 

En mars 1814, l’accalmie est revenue, les décombres de la guerre sont enlevés, les blessures pansées, les morts enterrés. Le Roi Ferdinand VII prend trône, et proclame la Restauration. Goya put justifier suffisamment son attitude pour rester « Pintor de Camara » comme il était auparavant sous le règne du roi Charles IV. Dans ses portraits royaux ainsi que dans d’autres, brossés juste après la Restauration, une gamme dominante des tons sombres s’ajoute à de violentes tâches de couleurs, rouge, jaune et bleue.

 

Violents contrastes de couleurs

 

Vers 1819, Goya se retire dans une vieille maison que le peuple baptise « Ka quinta des Sordo » (la maison du sourd). Toute espérance l’a abandonné ; sur les murs de la maison, il exécute une série de fresque, « les peintures noires », qui reflètent encore ses tourments, visions hallucinées traduites par de violents contrastes de couleurs qui seuls construisent les volumes.

 

Goya en tant que libéral convaincu fut victime en 1823 du revirement de la politique espagnole. Ferdinand VII, qui avait accepté la constitution de 1820 rétablit le pouvoir royal, soutenu par l’expédition du Duc d’Angoulême. Tous les libéraux censés s’opposer à la décision émanant de l’auteur de la Restauration furent poursuivis et persécutés ; Goya trouva refuge chez le prêtre Don José de Duasso. Puis quitta l’Espagne pour Bordeaux (France), où il y demeura jusqu’à sa mort, survenue le 16 avril 1828. Ses dernières années furent marquées par une longue suite d’études de jeunes femmes du peuple, « La laitière de Bordeaux » est l’exemple le plus édifiant.

Ceci dégage l’aspect le plus gracieux et le plus délicat de l’art de Francisco Goya ainsi que l’aboutissement de sa technique. Par contre la « Nonne » exécutée à la même période, témoigne une vigueur abrupte et simplificatrice qui prédit le courant le plus en vu au 19ème et au 20ème siècle.

 

Nacer Boudjou

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