Les femmes mécènes et « peintresses »

Publié le






La création artistique n’aurait pas évolué, ni même existé sans l’aide certaine des virtuoses du pinceau, des ‘’princesses’’, des égéries et des femmes illustres. Au moment où les arts montent aux nues, se libèrent, se structurent, laissant cours aux fantastiques réalisations picturales, elles se sont transformées en véritables Amazones de l’art, pour porter secours aux créateurs cloisonnés dans leur atelier. Toutes ces femmes sont de noble lignée, impératrice, baronnes, comtesses, marquises…

Ces aristocrates ont non seulement aidé les artistes pécuniairement ou matériellement, mais elles ont surtout contribué à l’avènement et à la maturation des nouveaux courants picturaux, en exerçant toutes formes de motivation et d’encouragement, telle commande d’œuvres aux artistes grisés par des horizons obscurs et le handicap de ne pouvoir trouver de clients. Elles sont également de grandes collectionneuses d’œuvres les plus prisées par le public avide du nouveau et initiatrices d’une panoplie de projets d’édification de palais, demeures somptueuses de souverains, d’édifices publics, de salons, de galerie, et de cercles de la libre pensée.

Beaucoup d’anathèmes sont jetés sur les femmes par des sectaires et des iconoclastes, qui les taxent d’esprits maléfiques, de jeteuses de sorts, leur promettant des bûchers. Cela n’a pas réduit d’un iota la ferveur et l’énergie déployée pour insuffler le courage et la ténacité aux grands maîtres des siècles écoulés. Leur rôle est primordial dans la diffusion des arts dans leurs contrées et empires, en établissant des réseaux de ventes et de collections d’œuvres issues de différentes écoles artistiques. Elles inspirent les talents en mettant à nu leur goût, leur style et leur perception, à travers les thèmes exécutés dans les fresques des intérieurs de leurs demeures.

Les peintresses

Elles sont également connues comme artistes-peintres, ‘’peintres’’, telles que : Sagarika, Madhava, la princesse Navamalika, elles étaient toutes des grandes créatrices de l’estampe hindoue. Leurs consœurs d’Europe, comme la Vénitienne Roslba, la Suissesse A. Kauffmann, les Françaises Mme Fragonard (dont le musée Jacquemart André expose aujourd’hui les portraits peints d’un coloris charmant et frais, Mme Creuse (qui a formé une pépinière de jeunes talents féminins). D’autres pays ont connu les mêmes expériences, nous ne pouvons les citer tous.

Le mécénat, son essor fulgurant date de la Renaissance italienne

Le mécénat a connu réellement son essor au XVème siècle, à la Renaissance italienne, à l’avènement de la catégorie humaine privilégiée, la bourgeoisie commerciale. Grâce à leur richesse cumulée, ils investissaient dans l’achat d’œuvres d’art, d’orfèvrerie, de tapis, de pièces de meubles, pour rendre leurs résidences confortables et attrayantes. Avant cette période glorieuse et prometteuse, les femmes ont défendu l’art contre son ensevelissement décidé par les ennemis des images, les iconoclastes en Turquie et en Grèce byzantines, vers le VIIIème siècle.

L’impératrice Irène, de la dynastie Isaurienne (716-802) a restauré la pratique de la peinture dans les monastères, chapelles, édifices publics et privés. Elle a su convaincre le deuxième concile de Nicée de trancher en faveur de sa contestation.

Après plusieurs années d’arbitraire, d’interdits mettant la création artistique dans un climat défavorable et astreignant, l’impératrice régente de Byzance, Théodora (867-1057), mettra en déroute les derniers nostalgiques iconophobes le 11 mars 843.

Nour Mahall et Jahan (lumière du palais et du monde), impératrices musulmanes des Moghols de l’Inde au XVIIème siècle, ont stimulé l’art de la miniature qui atteignit son apogée. Jahan fit construire le mausolée d’Itmou-ed-Doulah (son défunt père), à Agra, province Uttar Pradesh, qui est l’une des merveilles architecturales funéraires de ce règne, malgré ses dimensions relativement limitées.

La reine de Suède, elle aussi, contribua à dynamiser les arts. Christine, née en 1626, fut l’une des plus grandes collectionneuses d’œuvres d’art. Elle conserva jalousement dans son propre palais royal des peintures, sculptures, bibelots, monnaies, médailles, argenterie… Sa collection atteignit près d’une cinquantaine de pièce, tous genres confondus, essentiellement composée d’œuvres de provenance d’Italie, d’Allemagne de Hollande et de bien d’autres pays de haute culture artistique.

Jeanne Antoinette Poisson, marquise de Pompadour

Les femmes mécènes françaises sont sans doute plus nombreuses, elles manifestent un goût particulier à la conservation des œuvres d’art et à l’aide portée aux grands maîtres. Les plus distinguées sont Jeanne Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV (1743-1774). Elle apprit plusieurs disciplines artistiques notamment la gravure, avec des artistes les plus prestigieux. Plusieurs salons littéraires s’ouvrirent à elle, où elle rencontra les hommes de lettres, les encyclopédistes et les artistes qu’elle devait aduler et protéger. C’est dans l’aménagement et la décoration de ses diverses résidences qu’elle donna la mesure de son goût ; s’entourant des meubles et des objets d’art les plus précieux. Van Loo lui fit des allégories et des « Turqueries ». Tous les murs de sa résidence s’ornaient des boiseries les plus délicates, de tapisseries dont elle choisissait elle-même les thèmes.

Jeanne Bécu, la deuxième maîtresse du même roi de France, comtesse du Barry, manifeste un goût personnel sensible aux tendances nouvelles d’un style qui allait en crescendo, du rococo pour inscrire les lignes simples au néo-classicisme qui devait s’affermir à la fin du siècle. Les tendances se concrétisèrent dans l’élaboration du pavillon neuf qu’elle fit édifier dans sa propriété foncière de Louveciennes. Son trésor recèle des œuvres picturales flamandes et néerlandaises.

D’autres femmes françaises sont à signaler telles que Catherine de Médicis, florentine de naissance, épouse du roi Henri II, qui protégea les arts en soutenant les créateurs plasticiens. L’inventaire de ses collections comporte plusieurs chefs-d’œuvre, allant de la peinture et de la tapisserie aux médaillons…

Sans oublier Mme Geoffrin, née Marie-Thérèse Rodet, qui donna de grandes possibilités aux artistes pour faire connaître leurs plus récentes productions. Son salon parisien fut, surtout à partir de 1749, un lieu qui favorisa toutes rencontres et échanges entre différentes personnalités. Tout étranger de qualité, de passage à Paris ne manquait point de rendre hommage aux qualités bienfaitrices de Marie-Thérèse. Elle était liée d’amitié avec S. Poniatowski, roi de Pologne et avec Catherine II, impératrice de Russie.

Charlotte, baronne de Londres

Les Allemandes, pour leur part, ont été sensibilisées très tôt à l’émergence et à la croissance de l’expression plastique. Charlotte issue de la famille Rothschild, épouse du baron Nathaniel de Londres, s’intéresse à la peinture avec une grande liberté de jugement ; son éclectisme et sa passion pour l’art se manifestèrent par son goût pour les artistes contemporains. D’Italie, elle rapporta une quantité d’œuvres remarquables telle que la « Vierge » de Ghirlandaio et divers panneaux décoratifs. Le XVIIIème siècle occupe une grande place dans le choix de sa collection, elle s’y intéressa avec fougue. On ne peut faire allusion aux Rothschild sans citer la multitude de fondations culturelles et philanthropiques que l’humanité leur doit.

Isabelle la Catholique, reine de Castille

En Espagne, ce fut Isabelle la Catholique, reine de Castille (1474-1504), épouse de Ferdinand d’Argon, qui joua un rôle majeur dans l’affirmation de l’art en Ibérie. Une galaxie de peintres, de miniaturistes, de mosaïstes… irradiait dans son sillage. C’est de son époque que date l’incomparable « Missel » conservé à la chapelle royale de Grenade, exécuté par F. Flores en 1946. Elle s’appropria des œuvres de provenances multiples, qui furent dispersées après sa mort. C’est avec Isabelle que débuta le mécénat artistique et notamment cette prédilection pour la peinture, qui deviendra une tradition à la Cour Royale d’Espagne.









Catherine II de Russie

En Russie tsariste, vers le XVIIème siècle, Catherine II a donné aux activités artistiques une prodigieuse impulsion et mit au point une splendide collection de peintures. Elle s’est fait bâtir une aile appelée « l’Ermitage » pour y loger sa collection de chefs-d’œuvre de Rembrandt, Rubens, Poussin, Watteau… Elle a acquis les collections Gotskiwki, du Compte Brühl de Dresde. Diderot, critique d’art de renom international, l’aida à s’emparer de l’un des plus célèbres cabinets d’Europe, appartenant à Crozat. Dans sa ferveur d’être comblée par le plaisir que procure l’art, elle s’empara de la collection Walpole, du Compte Baudouin et des commandes arrachées aux artistes contemporains : Van Loo, Reynolds… L’héritage qu’elle a laissé se résume en une des plus belles et somptueuses galeries d’Europe et d’Asie, qui constitue aujourd’hui le fonds essentiel de l’Ermitage. Isabelle d’este Gonzague, marquise italienne de Mantoue

On ne peut clore cet article sans citer Isabelle d’este Gonzague, marquise italienne de Mantoue, politicienne de renom, érudite exigeante et protectrice des arts. Elle a mis un foyer à la disposition de l’intelligentsia de l’époque. Sa résidence « Studiola » est rehaussée par les compositions allégoriques des peintres Mantegna et G. Bellini. Elle cueillit une moisson d’œuvres les rares, qu’elle logea dans la « Grotta » du château, et tous ses appartements furent confiés aux virtuoses du pinceau L. Lombruno, F.D.Dossi, G.Romano, ainsi que Corrège et Titien.

Nacer Boudjou

Archives

Publié dans Arts

Commenter cet article