Vendredi 28 août 5 28 /08 /Août 21:35



Pour la petite histoire, notons que tous les pays méditerranéens se sont  adonnés à la piraterie. En premier lieu, les grecs, favorisés par la géographie de leur pays éclaté en une centaine d’îles et  par le ruban littoral où ils installèrent leurs comptoirs pour la pratique du cabotage. La Méditerranée orientale était sous leur contrôle. Leurs ennemis naturels, les phéniciens, possédaient quant à eux la majeure partie des cités côtières de la Méditerranée. Dès leurs  premières prises en Méditerranée, le trafic des esclaves devint l'activité essentielle de ces pirates  

 

 Jeannel note : « C’est dans les pillages et les violences de peuple à peuple, en dehors de toute espèce de droit des gens, que l’on peut retrouver l’origine de la grande lutte entre Rome et Carthage. Une fois la lutte ouverte la piraterie fut remplacée par l’état de guerre ».

 

La technique du brigandage en mer était pratiquée au su et au vu de tout le monde. Les pirates les plus redoutés étaient ceux de Cilicie qui régnaient en maîtres dans le “ Golfe d’or ”, en mer Egée. Il a fallu l'arrivée de Pompée, général romain, en 67 de notre ère, pour mettre fin à cette pratique. Plutarque a écrit à ce sujet : « La piraterie  devint un métier honorable et propre à flatter l’ambition ».

 

Opérations de piraterie en vogue

 

Tout au cours des siècles qui suivirent, la piraterie continua d’exister, bien que certains souverains en aient pénalisé les auteurs. La prospérité de l’époque des croisades provoqua une recrudescence de ce métier en mer Méditerranée. Ces spécialistes du pillage en mer, s’embarquaient des côtes de Barbarie, du détroit de Gibraltar, et naviguaient vers la frontière égyptienne. L’exil des Maures d’Andalousie contribua au renforcement des opérations de piraterie. Les chevaliers de Malte, héritiers des croisés, prêtèrent souvent main forte aux cités Méditerranéennes chrétiennes pour se défendre des pirates des cités barbaresques. La piraterie, conçue comme un métier, a particulièrement attiré les européens, chrétiens de naissance, vivant sous le joug ottoman, tels les portugais, les espagnols, les flamands, les allemands, les français, les grecs, les russes, ainsi que de simples aventuriers et des esclaves renégats convertis à l’islam. …

 

Aroudj Barberousse fut le premier à avoir inauguré l’ordre des grands pirates barbaresques (1473- 1518). Fils d’un potier grec, chrétien de Mytilène, il se convertit à  l'islam et travailla pour le compte du sultan de Constantinople. Puis il devint pirate indépendant en choisissant Tunis comme port d'attache. Il lutta contre Ferdinand V d’Aragon et Charles Quint. C’est au cours d’une expédition dirigée par le marquis de Comores, gouverneur espagnol de la ville d'Oran (Algérie), que Aroudj Barberousse périt.

 

L'ère des pirates Barbaresques

 

Son frère, Khair-eddine Barberousse (1476-1546), lui succéda. Il fut le véritable génie de la piraterie depuis son avènement en mer Méditerranée. Le sultan de Constantinople le nomma gouverneur d’Alger. Quelques années plus tard il obtint le titre de “ Grand Amiral de toutes les flottes ottomanes ”. Il regroupa sous ses ordres plusieurs pirates célèbres : Draguât, Sinan, “ juif de Smyrne ”, Aydin Hassan, renégat  de Sardaigne qui, enlevé tout enfant de son village natal par des renégats, fut l’un des défenseurs de la régence en 1541. Khair-eddine avait plus d’une centaine de navires, dont plus de 60 galères, construits selon sa conception propre. Il prit le poste d’ambassadeur de Soliman auprès du roi de France, François Ier, à Marseille, et il finit le reste de ses jours à Constantinople. On raconte que « pendant bien des années après sa mort, pas un navire turc ne quitta la Corne d’or sans une prière et un salut au plus grand des marins turcs et au plus puissant des pirates de la Méditerranée ».

 

Draguât, né en Anatolie de parents chrétiens, capturé par les espagnols, enchaîné durant quatre ans dans un navire et racheté par Khair-eddine, succéda à ce dernier. Il prit comme poste de commandement général en Méditerranée l’île de Djerba (Tunisie). L'île des Lotophages était la propriété de la famille Doria Amiral Andrea, placée  sous l’autorité de Charles Quint. Il procéda à la fortification de l’île au point d’en faire « une des plus inaccessibles tanières qui ait jamais abrité des pirates » (Cf.Gosset). Pour consolider ses positions et afin de contrer les espagnols, Draguât fonda la régence de Tripoli. Ses activités de pirate ne durèrent pas très longtemps, il fut tué en 1565 au siège de Malte, en compagnie du renégat croate Piali-Pacha, autre « transfuge de la croix au croissant ».

 

C’est le calabrais Ulluch Ali ou Ochiali ou encore Eudj Ali qui le remplaça. Il était lui aussi un renégat  « qui avait pris le turban pour cacher sa teigne ». Ochiali fut nommé gouverneur d’Alger, en remplacement du fils de Khair-eddine, Hassan. Avec le calabrais Ochiali, en 1570, le glas de la piraterie barbaresque avait sonné.

 

C’est Mourad Raïs, dit-on, qui fut le précurseur de la piraterie salétine, de Salé au Maroc. Ce marin pirate avait quitté Alger en 1585, entouré de ses trois galiotes, pour une cause hors de la Méditerranée, en Atlantique. Mourad Raïs fut le premier grand pirate barbaresque indépendant. Né de parents albanais de confession chrétienne, il fut capturé à l’âge de 12 ans par un corsaire algérien. Dans sa course en Atlantique, il fit escale à Salé, puis se dirigea vers les îles Canaries, atteignant Lanzarote. Selon les chroniqueurs de l'époque, il fut le seul pirate à avoir oser franchir le détroit de Gibraltar. Tout porte à croire qu’il représentait le trait d’union entre les pirates de la régence d’Alger, qui écumaient la vaste étendue de la Méditerranée, et cette nouvelle formation de navigateurs de l’océan qui, au cours de l’histoire marine, seront connus sous le nom de corsaires de Salé. Mourad Raïs, ce précurseur de la piraterie à Salé, acheva sa carrière de pirate comme Amiral d’Alger.

 

Un autre pirate mérite d’être cité, tant ses exploits sont célèbres. Il s’empara de marins anglais, français et espagnols ; il détourna les uns sur le port d’Alger, les autres sur Tétouan. Sidi Abdallah Ben Aicha ou Ben Aïssa tout court, était surnommé par ses compagnons "Benache". En  l'espace d’une dizaine d’années, vers 1684, il fut gratifié du titre de “ général des vaisseaux de Salé ”. Il fut souvent secondé dans ses courses par son frère Abder-Rahman. Il finit tout naturellement par entraîner son fils Mohamed Ar Raïs dans son sillage de pirate redoutable. En 1696, Abder-Rahman voulut réaliser une opération de piratage en Méditerranée en s’attaquant à la flotte française. Il fut contraint d’abandonner l’opération et finit par s’échouer à Bougie. A la suite de hauts faits, Moulay Ismaïl confia sa fameuse ambassade à la cour de France à Sidi Abdallah Ben Aicha. En 1699, il finit par rentrer de France. Moulay Affet, fils de Moulay Ismaïl, le soumit à d’effroyables tortures. Puis il finit par rentrer en grâce auprès du souverain. Il usa de ses connaissances pour servir d’intermédiaire aux pères rédempteurs du  rocher des captifs. Malgré tous les supplices endurés par Sidi Abdallah Ben Aicha, son fils Mohamed-Ar- Raïs  continua durant quelques années encore à écumer la mer sans égaler, loin s'en faut, la réputation du père.

 

Les pirates et les raïs commandant les vaisseaux salétins furent  nombreux et on ne peut les énumérer tous. On citera toutefois  le raïs Ali al-Hakem, qui s’était arrogé  le titre de “ vice amiral des vaisseaux de Salé ”, le raïs Fennich, bras droit de Ben Aicha, le raïs Roussay commandant en 1693 un navire bien équipé, avec cent hommes d’équipage, le raïs Meïze dit “ le brave ”, Mohamed Et-Tadj qui  prit femme à Salé et qui évoluait en Méditerranée, tout en respectant le pacte signé entre Salé et la France, entré en vigueur en 1683. On évoquera encore le raïs  Mohamed Hadj Candil. Renégat d’origine française, il tomba aux mains des marins d’un navire français et fut envoyé aux galères. Libéré le 2 septembre 1688 en échange du capitaine Duval, lui même capturé le 28 février 1686 par Al Bustandji, corsaire d’Alger, et conduit à Salé, il reprit la mer, le 12 mai 1695, aux environs de Minorque. Il se fit encore une fois arraisonner par le vaisseau marseillais “ le Glorieux- Saint- Joseph ”. Hadj Candil ne fut remis en liberté qu’en échange d’une française, captive à Mekhnès, courtisée par le fils aîné du sultan Moulay Zidan.

 

D’autres aux origines locales méritent d’être cités : Alratche, naviguant pour le compte de Jan Jansz de Haarlem, amiral de Salé, Hassan Ibrahim (1636), raïs Escarier (haskouri) qui commandait un navire de prise en 1654. Ali raïs Marchick, opérant pour le compte de la régence d’Alger, Courtebey, fils d’Ahmed al-Cortobi, Ali Baudry ou al Hadj Ibrahim, raïs barbaresque qui échoua en rentrant à Salé en 1695.

 

Quand la corporation des pirates fut administrée par le pouvoir central des sultans, la flotte salétine est devenue marine d’Etat. On y retrouvait les noms de raïs barbaresques dont quelques-uns s’étaient fait connaître hors des frontières. Ainsi le raïs Abou Abdallah Mohamed Larbi Al-Mestary (ou larby Mistery) de la tribu des Beni Mestara, fut chargé du poste d’ambassadeur en Angleterre par le sultan « pour réparer ses  bateaux corsaires et les gréer à neuf » ; il revint « rapportant des agrès pour deux vaisseaux, des canons de bronze, etc.…) ». Le Sultan, en signe de reconnaissance, lui attribua le titre de “ Gouverneur de la Place de Salé ”, titre nouveau dans la tradition de la marine marocaine en vue de rehausser la corporation des raïs. Ali Perez (ou Piris) lui, descendant des moriscos, fut chargé d’une ambassade auprès de la cour de France. Il dut s’arrêter au port de Marseille, le roi refusant de le recevoir « parce que son ambassade ne paraissait pas nécessaire ». Citons aussi le raïs Salah, nommé “ amiral du Maroc ” en 1769,  le raïs Laschmi Misteri, commandant de navires très bien équipés et le raïs Omar qui, en mai 1767, captura dans le détroit de Gibraltar trois bâtiments français et fut pour cette opération révoqué par le sultan, pour violation du traité de paix signé le 28 mai 1767.

 

 

Brigandage maritime en Méditerranée

 

Il serait  juste de redresser le tort porté à la piraterie barbaresque, accusée d’être la seule à avoir pratiqué le brigandage maritime en Méditerranée. « Les meilleurs auteurs, écrit Mas Latrie, sont tous d’accord pour reconnaître que la piraterie se développait aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans. Elle était absolument et réciproquement prescrite par les chrétiens et les arabes. Elle a été le fléau permanent et irrémédiable du Moyen-âge. Il faut ici rejeter ces préjugés historiques qui mettent au compte seul des Arabes les déprédations des corsaires de la Méditerranée. Le mal est universel (…) Si les chrétiens nous paraissent avoir plus souffert que la piraterie musulmane, c’est qu’ils avaient un commerce plus considérable et des côtes moins faciles à défendre; que leur histoire générale est mieux connue que celles des Arabes ».

 

Dans l’organisation de toutes les opérations de pillage en haute mer, l’appât du gain  facile, par le pillage, la capture et la vente de captifs furent les véritables alibis de la piraterie. Mais la piraterie tissait aussi, de part et d’autre de la Méditerranée, son étendard religieux pour préparer la guerre sainte. Il serait donc totalement faux de prétendre que seuls les musulmans de la côte barbaresque ont eu le monopole de ce honteux trafic. Mouette a écrit en ce sens : « Les génois déshonorèrent leur commerce en trafiquant des chrétiens comme des musulmans et en faisant la traite des blanches pour approvisionner de circassiennes les harems d’Egypte et du Maghreb. En plein XVIIe  siècle, on voyait à Gênes de riches armateurs se faisant servir par des esclaves barbaresques ».

 

Les pirates Hollandais au service des régences Barbaresques

 

Les Juifs et les Hornacheros d’Andalousie furent souvent les principaux commanditaires de la piraterie barbaresque. Avec l’évolution des techniques de piraterie, la Hollande, par le biais de coreligionnaires expulsés d’Espagne, se retrouva jouant le rôle d’intermédiaire de la république indépendante des pirates de Salé. Tous les écumeurs de la Méditerranée, dans les premiers temps de la fondation de cette république, y eurent droit de cité. On nommera entres autres les pirates de la Mamora, ou le hollandais Cleas Gerritz Compaen, surnommé “ terreur des mers ”. Certains marins européens, capturés, se transformèrent en renégats au service de la piraterie de Salé. On signale par ailleurs, un autre hollandais, renégat de surcroît, du nom de Jan Jansz, de son vrai nom Jean Janssen, appelé John Barber ou tout simplement capitaine John. Les pirates barbaresques l’appelaient familièrement Morat Raïs et parfois Caïd Morato ou Morato Arraez. Né à Haarlem, il avait commencé à pratiquer la course pour le compte du gouvernement hollandais, il se constitua ensuite en pirate indépendant. En 1618, il fut capturé à Lanzarote par les corsaires barbaresques qui l’amenèrent à Alger où il apostasia. A son tour, il fut sous les ordres du grand pirate de la régence d’Alger Soliman Raïs. En 1619, à la mort de son commandant, il prit pied à Salé en se rendant utile, par ses qualités exceptionnelles, à la république des pirates. Pour gagner la confiance de ses nouveaux amis, et alors qu’il avait femme et enfants en Hollande, il prit pour épouse  une mauresque de Salé. Voyant son dévouement à la piraterie de Salé, le souverain de l’époque, Moulay Zidan, le nomma Amiral de  la ville. Ses titres, son intégration à part entière à la société des marins marocains augmentaient son prestige. Il accomplit des exploits foudroyants, doubla ses incursions en Islande en 1627, puis  en Irlande. Pour des raisons que nous ignorons, Morat Raïs, l’Amiral de Salé, se fixa avec armes et bagages à Alger. Mais sans descendre de son bateau. C'est environ vers cette époque qu’il fut fait prisonnier par les chevaliers de Malte. Libéré en 1640, le pirate hollandais retourna au Maroc et se mit sous l’ordre du sultan qui lui confia le commandement de la kasbah d’Ouadaï, près de Salé. Il termina ainsi ses derniers jours, dans une sorte de retraite dorée.

 

Raïs renégats d’origines diverses

 

Une brochette de raïs renégats d’origines diverses pratiquaient le brigandage en haute mer pour le compte des armateurs salétins. Raïs Chafar, renégat anglais (1630), Mami Raïs, renégat hollandais (1636), Chaban Raïs, renégat portugais commandant en 1646 d'un navire d’Alger, Raïs Ahmed al Cortobi, “ homme corpulent ”, renégat d’origine espagnole, Ali Campos, renégat espagnol, Venetia, renégat italien, corsaire audacieux de Salé.

 

La période où la piraterie était sous contrôle étatique, compta un grand nombre de renégats et de raïs d’origines barbaresque et ottomane : Salem Trabelsi, Joseph Tripolini, Amera Tripolissy et Juseph Trabolissy, d’origine Tripolitaine ; Acmet Mustagany et Larbi al Giry (ou al Gziri), d’origine algérienne ; Achmet al Couar, Achmet Turqui et Ali Saboungi d’origine Turque. On compte aussi parmi eux d’authentiques marocains, Ben Hassoun Aououad, d’une grande famille salétine, al Hadj Abderahmane Bargach, al Hadj Abderahmane Brital, contemporains d'un certain renégat, Mohamed Al Sinchouly (ou Al Sinchully ou Sinchury).

 

Nacer Boudjou

 

 

 

 

Publié dans : MARINE
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