Benghazi: « Le Jardin des Hespérides »

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Benghazi  est la principale ville de la Cyrénaïque, située dans le pays de Barka, sur le cordon littoral, en partie isolée de la terre ferme par des lagunes. Le port est orienté vers le nord-ouest. Toute la ville est blanche, contrastée par la couleur verte des palmiers longeant le front de mer. Benghazi est isolée du reste du pays, victime de la sécheresse des environs, et du fait qu’elle est éloignée des régions fertiles des plateaux d’Al Mardj et du Djebel Akhdar.

 

Son nom dérive d’un Saint, Sidi Ghazi inhumé au même lieu. La ville moderne est construite sur le site de l’antique Euhéspéride ou Hesperis et Bérénicie qui avaient pris forme au temps de Ptolémée. Colonie grecque au Ve siècle avant notre ère, dont le nom Bérénicie ou Bérénice avait fleuri. Ses ruines ont servi de matériaux pour édifier la ville de Benghazi. Lemaire, consul de France à Tripoli, écrit en 1703 : « la fameuse ville, qui est devenue à présent un village, ne paraît pas avoir été superbe en bâtisses de marbre ; j’y ai seulement vu quelques petites colonnes de marbre, de jaspe et de granit ».

 

La ville de Bérénicie, qui existait encore sous l’administration de Justinien ne paraît pas avoir dépassé en superficie les limites actuelles de Benghazi, dont le voisinage bordé d’un lac salé, de précipices au fond desquels on aperçoit de beaux tapis de verdure, rappelle les Jardins des Hespérides gardés par des dragons crachant le feu.

 

Union rituelle de Zeus avec Héra

 

D’après la mythologie grecque, c’est dans ce lieu mythique, d’abondance et de fertilité que Zeus aurait célébré son union rituelle avec Héra, qu’Héraclès  dans sa version de sa descente aux enfers, vint chercher les pommes d’or des Hespérides, fruits d’immortalité et symboles de fécondité divine. Dans la mythologie grecque, les pommes d'or du jardin des Hespérides désignent les pommes données par Gaïa à Héra comme cadeau de noces et conservées par les Hespérides, filles d'Atlas dans un jardin aux confins du monde.

 

On trouve également dans le voisinage de Benghazi d’innombrables grottes, dont l'une contient une nappe d’eau fraîche. Les habitants croient que cette eau vient des entrailles de la terre, et que d’après les scientifiques, ce n’est que la partie ruisselante de la rivière souterraine « Léthé » ou « Lathon », que Pline, Ptolémée et Strabon situent dans le voisinage du jardin des Hespérides. Au dire des poètes, le Léthé disparaissait et reparaissait alternativement. Strabon dit que cette rivière se jetait dans le port des Hespérides. On croit reconnaître près de la grotte citée un petit ruisseau qui communique, par l’intermédiaire du lac avec le port de Benghazi. Il est probable qu’avant la liaison du lac salé avec le port, la rivière était plus large et qu’elle permettait aux navires d’y aborder. Le lac de Benghazi  serait alors le lac Tritonis de Strabon où il y avait une île avec un temple de Vénus.

 

La population de la  ville actuelle de Benghazi  est due en partie à l’immigration vers le XVe siècle de Tripolitains pour les activités commerciales, d'Andalous, de Crétois qui prennent demeure après la conquête de leur île par les Grecs en 1897, et enfin des juifs d’origine tripolitaine, des Européens et des tribus des oasis et de la Tripolitaine. Au XIXe siècle, la population atteint 5.000 habitants, vers la fin du XIXe siècle 15.000, avec les Italiens, les Maltais et les Juifs. En 1938, elle atteint le chiffre record de 67.000 habitants avec l’arrivée des Turcs.

 

Marquée par la civilisation grecque

 

Benghazi est marquée par la civilisation grecque dans l’origine de son fondement même. Située à proximité des limites des territoires de l’Empire Hellénistique, elle a subi des influences qui lui avaient donné une dimension considérable, dans le domaine de l’architecture, des arts décoratifs, de la sculpture et de la littérature.

 

Cyrène

 

Jusqu’à ce jour, la mythologie grecque est présente, comme le donnent à penser certains objets que des équipes d’archéologie découvrent encore dans l’ancienne cité Cyrène. Shahat de son nom actuel, est la cité antique de la Cyrénaïque, à laquelle elle a donné son nom. Elle est située à l’est de Benghazi, fondée par les grecs en 631 avant notre ère, dépendante d’Alexandre le Grand qui l’annexa pour l’intégrer au royaume d’Egypte. En 96 avant notre ère elle subit la domination romaine. Toute l’agglomération de la cité se trouve à une quinzaine de kilomètres de la mer et à plus de 600 mètres d’altitude, jouissant d’un excellent climat méditerranéen.

 

Pindare le poète grec (518-438 avant notre ère) disait qu’elle était « une Citée fondée sur un trône d’or ». Ville resplendissante, riche de ses cultures et de ses activités commerciales, elle fut le foyer des philosophes, des poètes, des mathématiciens et des savants. L’une des grandes villes du monde antique, après Athènes, Corinthe et Syracuse, avant la fondation d’Alexandrie d’Egypte. Elle se développa autour de deux pôles, le sanctuaire d’Apollon et l’Agora. Le sanctuaire d’Apollon honore le Dieu Delphes dont l’oracle avait indiqué la route de la Libye à Battos et à ses compagnons venus des Cyclades. Une fois installés sur les terres fertiles de la Libye, les Cyrénéens eurent à cœur de faire de leur sanctuaire le symbole de leur réussite.

 

Autour de ce temple et de celui de sa sœur jumelle Artémis, les Cyrénéens dressaient des tables sacrificielles pleines de quartiers de viandes fumantes et décorées de guirlandes. La cérémonie de recueillement se termine avec beaucoup de gaieté, danses et chants. Un cénotaphe est élevé en hommage à Battos, fondateur, seul à être mis sous terre dans la ville.

 

Lemaire, consul de France à Tripoli, visita en 1706 les ruines de Cyrène, il exposa le résultat de ses recherches : «  Cyrène, dit-il, a été une grande et superbe ville, à en juger par les édifices dont les débris paraissent être quelque chose de grand. J’ai vu dix statues d’un très bon goût, toutes drapées à la manière des Arabes d’aujourd’hui, de la hauteur de cinq pieds et demi (…) les plus belles maisons étaient, selon toute apparence, autour de la fontaine ».

 

Toutes les habitations de la cité étaient aménagées dans la roche de la montagne. Un ruisseau passait au milieu du vallon. Les morts étaient enterrés dans des tombeaux taillés dans le roc en forme de chambres funéraires.

 

Appollonia

 

Près de Cyrène, sur la côte, le port d’Appollonia, en partie ensablé, fut le poumon de sa métropole dans l’intérieur des terres, et son lien avec les pays Méditerranéens. Autrefois, il pouvait recevoir jusqu’à vingt bâtiments. L’entrée de ce port est élevée sur les ruines d’un ancien édifice, le palais du Bey, surmonté de tours garnies de quelques pièces d’artillerie.

 

Nacer Boudjou

 

 

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