Le Silbo Gomero: Une langue sifflée du peuple Guanche (Igwanciyen)

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Seule l'île de la Gomera dans les Îles Canaries possède encore une langue sifflée, le Silbo qui est l'équivalent sifflé de l'espagnol local et des bribes de la vieille langué Berbère, le Guanche. Cette langue sifflée était en voie de disparition mais depuis une dizaine d'années, les derniers siffleurs, aidés des associations culturelles se battent pour la faire revivre à travers les nouvelles générations de petits gomeros. Ils ont développé tout un programme d'enseignement obligatoire dans les écoles primaires de l'île. Cette volonté de sauvegarder leur patrimoine culturel et naturel provient du caractère de cette île volcanique encore préservée où les sommets de 1000 m, isolent les villages les uns des autres, au creux de leurs vallées.

 

Les promoteurs du Silbo

 

La langue sifflée sera nommée patrimoine immatériel de l'UNESCO. En effet, les associations locales ont déposé un nouveau dossier pour la sauvegarde du Silbo auprès de l'UNESCO.  Aidées par la linguiste Colette Grinevald pour faire reconnaître les langues sifflées et musiques parlantes comme des langues en danger. C'est dans le petit village de Chipude que vit le siffleur, le professeur Isidro Ortiz. Il a développé une méthode pédagogique d'apprentissage de la langue sifflée et l'enseigne dans le sud de L'île. Il est aussi maestro de Chacaras et de tambour qui sont les instruments accompagnant les danses folkloriques. Il enseigne à des classes de 7 et 12 ans. Le coordinateur du Silbo sur l'île est Eugenio Darias (professeur d'espagnol au Colegio de San Sebastian), la capitale de la Gomera. Depuis février 2003, il a été nommé par le gouvernement pour organiser l'enseignement du Silbo et les manifestations culturelles liées au Silbo. Un autre maestro de Silbo est Lino Rodriguez. Quant à Manuel Carreiras, professeur en psychologie il a réalisé la première imagerie cérébrale d'une personne comprenant le Silbo. Ramon Trujilo et son associé Marcial Morera, professeurs de linguistique.

 

Les langues sifflées sont répandues dans le monde entier, elles ont la complexité des langages parlés mais permettent des communications à plus grande distance (comme dans les Pyrénées ou à Kuskoy en Turquie) ou bien en se fondant dans les bruits de la forêt pour la chasse (comme en Guyane ou au Brésil) ou les rendez-vous amoureux secrets (chez les Kickapoo au Mexique). Elles interviennent aussi dans les rites religieux et tous les moments forts de la vie et de la mort. Elles cumulent ainsi les rôles sociaux dévolus au langage et à la musique. Tout peut se dire en langue sifflée comme en langue parlée comme en atteste des extraits de Silbo (espagnol sifflé de l'île de La Gomera aux Canaries).

 

Menacées comme la culture des peuples

 

Ces langues attestent des liens entre langues et musiques, entre nature et culture. L'étude de leur évolution, de leurs points communs avec les régularités rythmiques universelles (que l'on retrouve dans toutes les musiques du monde), de leur proximité avec certains sifflements animaux (oiseaux et dauphins) nous montre que beaucoup d'autres informations peuvent être tirées de ces langues si particulières. Elles sont souvent malheureusement menacées comme la culture des peuples qui les parlent. Pourtant elles détiennent des informations vivantes sur notre nature humaine et nos origines. Leur situation souligne la nécessité pour notre génération de travailler à rétablir un mode de vie plus en accord avec notre nature afin de garder la possibilité de comprendre qui nous sommes.

 

Diversité des langues sifflées

 

On distingue deux types de langages sifflés : ceux pour les langues à dominante tonale (langues à ton comme le chinois : langues sifflées Mazateco du Mexique ou Banen du Cameroun), dans ce cas le sifflement des tons est aussi important que celui des voyelles ; et ceux pour les langues non tonales comme le Silbo (ci dessus) ou le béarnais ossalien des Pyrénées dont la technique et le décodage est plus explicite.

 

L'étude de leur évolution et de leurs points communs avec les régularités rythmiques universelles (que l'on retrouve dans toutes les musiques du monde), de leur proximité avec certains sifflements animaux (oiseaux et dauphins) permet déjà de porter un regard nouveau sur la diversité linguistique et sur les caractères communs à toutes les langues qui définissent la faculté de langage à l'origine du développement des cultures humaines. Nous pensons, entre autres permettre aux scientifiques de dégager de nouveau indices de comparaisons entre les langues ; de contribuer à comprendre le rôle des rythmes du langage qui servent aux bébés pour apprendre leur langue maternelle; de contribuer ainsi à préciser certains liens implicites entre langage, musique et mythes.

 

Nacer Boudjou

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

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