Le peuple Guanche (Igwanciyen) des Îles Canaries

Publié le

Berbères de l’Atlantique

L'archipel des Canaries fait partie de l'Espagne et de l'Union Européenne. Il est composé de 7 îles : Grande Canarie, Tenerife, La Gomera, El Hierro, La Palma, Lanzarote et Fuerte Ventura. La datation au carbone fait remonter les premiers peuplements à 200 av. J.-C., mais il est possible qu'elles aient été habitées avant. L'origine des premiers habitants, qui se donnent le nom de Guanches (Igwanciyen) en Berbère, demeure l'objet de spéculations. On parle d'émigrants celtiques ou nordiques. Mais il est probable que les Berbères, venus de l'Afrique voisine, aient été les premiers à s'installer. Au Moyen-âge, différentes tribus, souvent ennemies, se partagent les îles. La seule île de Tenerife ne compte pas moins de neuf petits royaumes. Les Guanches vivaient en majorité dans des grottes, tels les Berbères des Matmatas de Tunisie ou ceux des Aurès en Algérie.  Ils pratiquaient certaines cultures, la chasse et la cueillette.


Population

 

Jean de Béthencourt, gentilhomme normand travaillant pour le roi d'Espagne qui redécouvrit l'archipel en 1402-1404 y trouva une population, les Guanches, depuis très longtemps installés dans ces îles. Leur aspect physique diffère sensiblement de ce que l'on est en droit de s'attendre à trouver à ces latitudes: les Guanches sont en effet décrits comme étant de race blanche, blonds aux yeux bleus et de taille plutôt élevée pour l'époque (1.80 m environ). Les Guanches vivaient dans des grottes, et leur niveau technique n’était guère supérieur à celui des hommes de Cro-Magnon. Ils utilisaient le javelot de bois et la hache de pierre. Ils ignoraient l’usage des métaux et la charrue.

 

Les premiers colons espagnols du début du XVe siècle eurent tôt fait de les massacrer. Un génocide que pratiquaient couramment les conquistadors sous la bénédiction de la sainte croix sur les Amérindiens. Les îles avaient déjà été découvertes par les Européens pendant l'Antiquité puisque Pline l'Ancien les a décrites et leur a donné leur nom (dérivé du latin "canis", chien, en raison du grand nombre de chiens sauvages qu'elles abritaient). Elles étaient également connues des Berbères Numides, des Phéniciens, des Carthaginois et sans doutes des navigateurs Egyptiens.

 

Mystères entourant ce peuple perdu dans l'Atlantique

 

Un des nombreux mystères entourant ce peuple perdu dans l'Atlantique est son ignorance de la navigation. Il est très rare, sinon unique qu'un peuple d'îliens n'ait pas une bonne connaissance de la navigation maritime. Certains ont évidemment envisagé l'hypothèse qu'ils pourraient être des descendants des Atlantes qui se seraient réfugiés sur les hauts sommets de leur île pour échapper au cataclysme. Un autre mystère encore: les Guanches embaumaient leurs morts. Dans l'île de Fer (île de Hierro) ont été aménagées des grottes sépulcrales où les Guanches déposaient leurs morts embaumés près d'autels pyramidaux ou tronconiques identiques à ceux du Mexique. Un millier de momies furent trouvées dans la grotte du Barranco de Herque, dans des niches, comme au Pérou. On peut voir ces momies, avec tous les objets nécessaires à leur existence dans l'au-delà, au musée de Las Palmas. Ce procédé, très inhabituel pour des peuplades vivant à l'âge néolithique (qui pratiquent généralement l'inhumation) fait immanquablement penser à d'autres peuples plus ou moins en rapport avec l'Atlantide: les Egyptiens ou les Incas. La redécouverte de pyramides à degrés à Ténériffe ( dont le style est très proche des pyramides méso-américaines ) continue d'entretenir le mystère.

 

Les survivants de l'Atlantide

 

Pour les tenants de la thèse de l'Atlantide atlantique, les archipels des Canaries et des Açores constitueraient les ultimes vestiges du continent englouti. Qu'on soit d'accord ou pas avec cette hypothèse, il faut reconnaître que l'origine des premiers Canariens pose un réel problème ethnologique. Ainsi, quand les navigateurs français débarquèrent en 1406 pour la première fois aux îles Canaries, ils se trouvèrent en présence d'indigènes au teint clair et de taille haute, qui se désignaient eux-mêmes sous le terme de Guanches, mot qui veut dire " homme ". Lorsqu'il fut possible de comprendre leur langue, les Français ne furent pas peu étonnés de voir que ces Guanches se croyaient seuls au monde, persuadés d'être les derniers survivants d'une terrible catastrophe qui, plusieurs millénaires auparavant, avait anéanti l'humanité toute entière.

 

Pendant près de 60 ans, les Français vécurent en harmonie avec les populations locales. Au début, cependant, le peuple Guanche s'opposa à cette incursion étrangère. Avant que Jean de Bethencourt chambellan de Charles VI, puisse étendre son hégémonie sur les Canaries, ses troupes eurent à faire face à la résistance désespérée des Guanches qui préféraient la mort à la servitude. Dans ces combats, les Français reconnurent le courage et la bonne foi de ces indigènes. Jean de Béthencourt racontera d'ailleurs lui-même que ses soldats s'étant emparés d'un groupe de femmes réfugiées dans une grotte de Fuerteventura, ils virent l'une d'elles étrangler son enfant pour qu'il ne tombât pas entre les mains des envahisseurs.

 

Réduction du peuple Guanche

 

La conquête de l'archipel des Canaries par les Espagnols, en 1478, acheva de réduire ce peuple à l'impuissance. Dans ce même temps, une épouvantable épidémie, appelée par les Espagnols " modorra ", décima les Guanches qui n'avaient pas accepté la défaite. Dès lors, les survivants se virent offrir le baptême et leurs noms désormais hispanisés se confondirent bientôt avec ceux des conquérants. Des mariages, enfin, perpétuèrent cette confusion et il naquit de ces unions de enfants fiers comme des Espagnols et mélancoliques comme des Guanches.

 

Les ethnologues anciens et modernes qui ont étudié la nature de cette race Guanche ont distingué deux types bien distincts. L'un, le plus répandu, de taille haute supérieure à 1,80 m, imberbe, aux yeux et à la peau claire, et au front de penseur. L'autre, de taille plus réduite, avec une peau sensiblement plus brune, des yeux de jais et un profil convexe qui révélerait un origine sémite. Il y a encore, mais de façon très localisée, à Gomera, des individus de courte taille et à tête large.

 

Les Français d'abord, puis les Espagnols, furent très étonnés d'observer ce peuple Guanche aux mœurs si archaïques, mais héritiers d'une civilisation évoluée et originale. Tout en ignorant l'usage des métaux et des tissus et n'utilisant que des outils en pierre, ils connaissaient en revanche l'écriture, l'astronomie et appréciaient la poésie. Leur législation, encore, était très élaborée et leur religion avait des rites compliqués. L'alphabet des Guanches, fort heureusement recueilli par les premiers missionnaires envoyés aux Canaries, ressemble aux alphabets des langues sémitiques (Phénicien, Carthaginois, Hébreu). Mais on a découvert à plusieurs reprises dans les îles de l'archipel, des inscriptions en caractères inconnus. Lors d'un voyage effectué sur place, Robert Charroux a pu photographier une des ces inscriptions alphabétiformes à La Caleta (île Hierro).

 
Similitude linguistique


En tout état de cause, les linguistes ont pu d'ores et déjà établir certaines connexions entre le Guanche et les dialectes parlés par les Touaregs et par les Berbères en général. Des traces d'influence arabe semblent certaines. Il ne fait aucun doute, pour le moins, que le monde antique connut l'existence des Guanches. Ainsi, le roi de Mauritanie, Juba II, qui vivait au Ier siècle de notre ère, nous parle des îles habitées par cet peuple. II vante leur nombreuse population et leur prospérité. L'île actuelle de Ténériffe, aux riches plantations de palmiers dattiers, était appelée jadis " Junonia ". Plus loin encore dans les siècles, Platon lui-même décrit les Guanches comme de grands hommes blonds, mais il leur prête aussi une maîtrise incomparable dans l'art de traiter les métaux et d'édifier les cités. Ce qui est incontestablement à l'opposé des possibilités Guanches du XVème siècle, qui n'utilisaient plus qu'un outillage d'os, de pierre ou de bois, et aménageaient des grottes pour y habiter.

 

En rapport encore avec d'anciennes relations entre les Guanches et des peuplades du Sahara, le colonel Braghine cite une trouvaille près de San Miguel, dans l'île de Ténériffe, d'une soixantaine de momies, environnées d'un grand nombre de poteries et de peaux de lion. Or, souligne cet auteur, " ce qui a plongé les savants dans une grande perplexité, c'est que le lion n'a jamais existé sur ces îles ! "  (L'énigme de l'Atlantide, 1952).

 

Le rapprochement linguistique du Guanche et de l'arabe constituerait pour plusieurs auteurs une preuve de l'origine atlante de la population des Canaries. Les Touaregs avec qui ils auraient été en rapport, ancêtres eux-mêmes des Garamantes, seraient les descendants de ce " peuple de la mer " refoulé de la Vallée du Nil par les soldats du Pharaon Ramsès Il au XIIIe siècle avant notre ère.

 

Récemment enfin, des anthropologues ont fait observer une prédominance du groupe sanguin O parmi les Canariens de souche. Or, avec eux se signalent les Basques et .les Corses. Si il est à peine besoin de souligner combien le " mystère " basque n'a toujours pas été élucidé, on se souviendra que les Corses furent entraînés dans l'immense déferlement des envahisseurs venus du Nord.





Statue équestre de l'Île de Corvo

 

Parmi les preuves matérielles invoquées par les atlantophiles pour identifier les archipels de l'Atlantique comme les ruines émergentes du continent platonicien, il est de tradition de rappeler l'existence d'une ancienne statue qui se serait élevée à Corvo, l'île la plus septentrionale des Açores. Ce qui en faisait tout l'attrait, c'est qu'il s'agissait d'un cavalier pointant son index en direction de l'Ouest, comme s'il indiquait la direction de l'Amérique... ou de l'Atlantide.

 

On sait en quelle circonstance cette statue disparut, grâce à un passage de la Chronique du règne du roi du Portugal Don Joao, écrite en 1560 par Damiao de Goes : " L'île de Corvo est appelée par les marins l'île de l'Indicateur parce qu'elle leur sert à se diriger. En effet, au sommet de cette île, il existait une statue représentant un cavalier monté sur un cheval sans selle; il était tête nue, et qui portait sur ses épaules un manteau comme en portent les Maures. D'une main, il tenait la crinière de sa monture et de l'autre, il montrait la direction de l'Ouest. Quand le roi Don Manuel eut été prévenu de l'existence de cette statue, il chargea le peintre de la cour, Senhor Duarte D'Armas, de se rendre aux Açores pour en faire le tableau grandeur nature. Après qu'il eut reçu te tableau, le souverain chargea un homme de confiance de rapporter la statue à Lisbonne. Mais cet homme raconta que la foudre en tombant sur la statue, l'avait brisée; il ne pouvait donc en ramener que des fragments : la tête du cavalier, sa main droite, deux jambes et un morceau de hanche du cheval. Or, toute cette histoire n'était qu'un mensonge: la statue avait été brisée par la négligence des hommes chargés de la détacher de son piédestal. Quoiqu'il en soit, les morceaux furent remis au roi mais on ignore ce qu'il en advint. "

 

Dans ce même temps, un autre chroniqueur portugais confirma les faits. II s'agissait de Jean de Barros, celui qu'on appela le Tite-Live portugais, auteur d'une " Histoire portugaise des Indes occidentales " (éditée à Lisbonne en 1778-1788). Or, quelques observateurs actuels tentent de prendre en défaut la tradition. Suivant les arguments d'un journaliste portugais, Robert Charroux, dans son ouvrage " Le Livre des Mondes oubliés ", doute qu'il ait pu exister une statue sur l'île de Corvo: " Corvo, dit-il, n'est qu'un îlot. En cherchant bien dans la montagne, il a été possible de découvrir un rocher un peu plus tourmenté que les autres dans sa forme, mais n'ayant ni de près ni de loin l'apparence d'une statue, ni celle d'un cheval et encore moins d'un cavalier. (...) Un peu en contrebas, un autre rocher, ressemblant approximativement à une borne, pourrait être la "marque" qui, selon la tradition, accompagne et précise la direction donnée par le chevalier. (...) Il nous a paru intéressant de faire un sort à cette légende, en laissant toutefois planer un doute favorable à !'assertion de Jean de Barros : s'il y a eu statue au XVIe siècle, de nos jours elle a disparu et rien ne permet de situer l'endroit où elle avait pu être érigée. "

 

Le bal des conquérants

 

Le capitaine génois Lancerotto Malocello débarqua vers la fin du XIIIe siècle sur l'île qui porte aujourd'hui son nom (Lanzarote). Utopistes à la recherche du légendaire Río de Oro (fleuve d'or) censé couler à la latitude des Canaries, missionnaires et marchands d'esclaves passaient ou s'y installaient. Mais celles-ci ne font leur apparition sur la carte qu'après le passage d'une mission italo-portugaise en 1341. En 1402, le Normand Jean de Béthencourt s'établit aux Canaries. Fort du soutien de l'Espagne, il entreprend de les conquérir. Un siècle de colonialisme honteux s'ensuit, marqué par les massacres et l'asservissement de nombreux Guanches. Le traité d'Alcáçovas, en 1479, fait des Canaries une possession de l'Espagne. Défiant l'Espagne, les premières troupes marocaines occupaient Lanzarote en 1569 et 1586. Sir Francis Drake fait donner de la canonnière devant Las Palmas en 1595. La ville est détruite par une flotte hollandaise en 1599. Sous la conduite de l'amiral Robert Blake, les Anglais finissent par battre les Espagnols à Tenerife. Mais ces derniers résistent et, en 1821,

 

  • Les Îles Canaries deviennent une province espagnole.

         Les Canariens partent pour l’Amérique latine (Venezuela)
         Arrestation des Canariens républicains par les nationalistes franquistes.

 

Santa Cruz de Tenerife est choisie comme capitale. La culture de la canne à sucre, de la vigne, de la banane, l'élevage de la cochenille, qui fournit le carmin, connaissent des fortunes diverses. Le blocus maritime imposé par la Grande-Bretagne pendant la Première Guerre mondiale porte un coup fatal au commerce de la banane. Les Canariens partent en masse pour l'Amérique latine à la recherche d'une vie meilleure.

En 1936, la guerre civile éclate en Espagne. Pour l'empêcher de mener à bien son projet de coup d'état, la République espagnole envoya le général Franco aux îles Canaries ; celui-ci s'en empara. Les nationalistes franquistes arrêtèrent tous les sympathisants canariens de la cause républicaine.

 

Après la Deuxième Guerre mondiale, la misère pousse à nouveau des milliers de Canariens à fuir, cette fois clandestinement et à destination principalement du Venezuela. Au début des années 1960, le général Franco décide d'ouvrir grand la porte au tourisme. Le miracle économique s'accompagne de transformations, moins heureuses, de la physionomie des Canaries. Des millions d'adorateurs du soleil s'y rendent chaque année. Les îles Canaries sont une comunidad autónoma (région autonome) depuis 1982, et la Coalición Canaria a joué un rôle important dans la victoire du Partido Popular, parti de droite, aux élections de 1996.

  • Héritage musical et les arts plastiques des Canaries

    Le timple accompagne le tajaraste (danse Guanche)
    Peintures rupestres dans les cuevas
    Gaspar de Quevedo, peintre Guanche du XVIIe siecle
    Valentin Sanz Carta, XIXe siècle
    Manuel Gonzalez Mendez, chef de file de l’impressionnisme
    César Manrique XXe siècle

Musique

 

Symbole de l'héritage musical des Canariens, le timple est un instrument rappelant l'ukulele polynésien. Il est possible qu'il ait été introduit dans les îles par les esclaves berbères que les envahisseurs normands firent venir pour travailler la terre au XVe siècle. Le timple a pas mal bourlingué et il a aujourd'hui sa place dans le répertoire musical de Cuba et d'autres pays d'Amérique latine. Lors des traditionnelles fiestas, il accompagne la danse, que ce soient l'isa, la folía, ou, si vous avez de la chance, la tajaraste, seule danse, dit-on, qui provient des Guanches.

Arts plastiques

De nombreuses cuevas (grottes), éparpillées dans les îles, sont ornées de peintures rupestres réalisées par les Guanches aux XIIIe et XIVe siècles (Barranco de Balos, Agaete, Gáldar, Belmaco, Zarza et El Julán, par exemple). Les représentations humaines et animales prédominent. La conquête espagnole ne favorisa pas l'essor artistique. Le premier grand peintre canarien, Gaspar de Quevedo, originaire de Tenerife, apparut au XVIIe siècle. Valentín Sanz Carta fut le premier artiste à peindre son pays, au XIXe siècle. Au début du siècle suivant, Manuel González Méndez (1843-1909) fut le chef de file de l'impressionnisme dans l'archipel.

 

Tous les grands courants artistiques européens touchèrent les Canaries. Parmi les peintres abstraits, César Manrique (1919-1992) fut mondialement reconnu. Ses oeuvres pleines d'imagination et les efforts qu'il déploya pour sauver la culture canarienne face au bulldozer du tourisme de masse lui ont valu l'estime de tous ses compatriotes.

Littérature

On ne connaît pas de textes écrits provenant des Guanches, mais l'historien italien Leonardo Torriani a traduit leurs ballades. Benito Pérez Galdós (1843-1920), qui grandit à La Palmas et s'installa à Madrid en 1862, est considéré par certains comme le plus grand romancier espagnol depuis Cervantès. L'un des plus grands écrivains canariens du XXe siècle, Isaac de Vega, est notamment l'auteur de Fetasa, un essai bouleversant sur l'aliénation et la solitude.

 

Nacer Boudjou

 

 

 

 

Publié dans Histoire

Commenter cet article

anonyme 30/09/2016 16:42

nacer boudjou votre article est tres tres subjectif

brouillard bernard 04/01/2010 20:23


nous sommes allés en voyage dans les iles,gde canarie fuerteventura,lanzarote en 2009.très curieux nous avons appréciés la beauté,la richesse de la nature,les personnes que ns avons rencontrés ont
été très chaleureuses en harmonie avec l'environnement.sur les poteries guanches il y avait des signes et je n'ai pas pu savoir leur origine et ce qu'il veulent dire.alphabet ou langage propre au
guanches.merci si vs pouvez m'aider.