Le Burnous, emblème des Berbères

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Le Burnous, burnoose, burnouse, Abournous... avant qu’il ne devienne un costume d’apparat dans les fêtes, les mariages, portés par des femmes, il a connu un long cheminement à travers des siècles.

Identification

« Burnous : du berbère : bournous, manteau de laine, à capuche et sans manche, porté par les Berbères, Imazighan, venu d’Afrique au début du XIXe S., inspire les créateurs de mode. Dès 1831, les élégantes dames adoptent ce vêtement traditionnel. Réalisé, à l’origine, dans une étoffe de poils de chameau blanche, avec un capuchon froncé garni de franges ou de glands, le burnous, est confectionné en cachemire, en taffetas ou en laine.

A une époque où la largeur des jupes empêche le port d’un manteau, il a l’usage d’un vêtement long de dessus. Dans la revue La Mode en 1839, un journaliste vante cette nouveauté, qui « tient chaud sans froisser les toilettes, surtout le bas des robes toujours chargé de garnitures ».

« Très porté jusque dans les années 1870, le burnous réapparaîtra chaque fois que la mode cherchera une inspiration originale. » Extrait de "Les Convulsionnaires de Tanger’’ (1837-1838) Eugène Delacroix


Vision enfantine


« Papa il avait un chapeau et un burnous et en fait il aime bien le burnous par rapport au chapeau. Ce burnous il était marron raide en laine, il traînait par terre, toujours maman après papa : Fais attention, tiens ton burnous. Et mon papa il aime bien son burnous parce que c’est à son père, à mon grand-père, pour lui c’est souvenir. Ce burnous il le met dans des fêtes ou dans des mariages. Mon papa il était petit alors quand il met le burnous je le vois comme un chef de famille et un lion pour moi. J’ai envie de le voir. Comme j’étais petite je touchais son burnous, j’ai l’impression comme un chat doux, ça sent bon. Mon père il est de l’Algérie, il est né en Algérie à Ain Temoucheint en 1940. » « Le père de Houaria »,
extrait de l'Exposition -A nos pères! Ah! Nos pères! À Saint-Dizier, octobre 2001

 

Zone géographique


La population de l’Afrique du nord (Tamazgha) appartient dans sa très grande majorité aux peuples berbères, les Imazighan – au singulier Amazigh – « les hommes libres ». Une formule lapidaire, qu’on prête à Ibn Khaldoun (1332-1406) mais qui est de l’historien marocain Lahsen el-Youssi, auteur à la fin du XVIIe siècle d’Al Mouhadarât, définit ainsi l’homme berbère et son espace, de la Libye à la Mauritanie : « halq el rouous, akl el couscous, lebs el burnous » : crânes rasés, mangeurs de couscous, porteurs de burnous ».

Le Burnous, qui était à l’origine un habit exclusivement masculin, est porté aujourd’hui par la femme et fait partie de sa garde-robe. Cet habit représente aujourd’hui une source d’inspiration pour les stylistes modélistes tunisiens.

On croit savoir que la Cape : de l’italien cappa. Vêtement de dessus sans manche qui enveloppe le corps. Muni ou non d’un capuchon, elle s’attache à l’encolure dérive du burnous. La cape est adoptée, courte et jetée sur les épaules, sous Henri II (dans la première moitié du XVIe S). Elle se rallonge aux XVIIe et XVIIIe S. On la confectionne en coton, en laine ou en soie, parfois en fourrure pour les femmes ; elle est bordé de ruchés et garni d’un vaste capuchon. La cape revient à l’honneur, au début du XXe S., comme tenue de sport et de voyage. Noire, elle agrémente aussi l’habit de soirée masculin. On la retrouve sur les infirmières de la première guerre mondiale, avec ses bretelles croisées sur la poitrine, et sur les agents de police à bicyclette, les célèbres « hirondelles ».


Origine


Etymologie : abe¨nus, "burnous", sans doute issu du latin burra/burrus, "pièce de laine grossière". Dans le cas de ce terme qui désigne un vêtement emblématique des Berbères, deux indices linguistiques orientent vers l’origine latine : la présence d’un ¨ emphatique, non conditionné, trahit la ré interprétation d’une réalisation étrangère au berbère : le r géminé du latin devant voyelle ouverte a ou postérieure u a été perçu comme une emphatisée et a dû subir un processus de dissimilation : /rr/ > /¨¨/ > /¨n/.

Par ailleurs, au plan Schuchardt 1909, 1918 ; Wagner 1936. qui a donné le mot français "bure’’. Lexicologique, la séquence quadri-consonantique BRNS est à la fois totalement isolée – elle ne donne naissance à aucune autre forme lexicale –, et non acceptable comme racine élémentaire berbère : il ne pourrait s’agir que d’une forme expressive, dérivée ou onomatopéique, dont on ne perçoit pas le processus de formation.

En Petite Kabylie on le désigne sous le nom de Abidhi, pluriel Ibidha ou Ibidhiyan. Au Maroc, il est désigné sous le vocable Azenar.


Préhistoire


Les hommes protoberbères sont fins et élancés. Ils vont souvent torse nu, une jupe pagne touchant aux genoux, parfois fendue sur le devant. Ils portent aussi une peau de bête autour des reins, ou attachée plus haut, au niveau des épaules, comme une cape. Ces capes manteaux ont parfois un capuchon et on pense, immédiatement, au burnous de nos Berbères montagnards. C’est exactement ce vêtement, confectionné dans du cuir, que portaient, il n’y a pas longtemps encore, les Touaregs de L’Air :

II existe des habits bien plus riches et élaborés, avec foison de volants, festons, effilochures, passementeries, d’accessoires divers accrochés ça et là, une richesse vestimentaire qui est celle des tenues d’apparat. Les hommes et les femmes portaient des toques garnies de plumes quand celles-ci n’étaient pas fixées dans les cheveux.

Pour ce qui est des tenues des anciens, nous avons appris des témoignages des voyageurs, historiens, géographes et autres militaires de l’époque et des fouilles contemporaines, que les Libyens portaient un casque, parfois de forme oblongue et pointue, agrémentée de plumes ou de crins de cheval, des chevillières et des chaussures en plus d’une longue cape couleur rouge ou terre battue évoquant certains burnous ocres.

Le burnous qui est sûrement le vestige de cette très lointaine époque et le mot lui-même est à rapprocher du Latin: Pirnus, désignant une cape antique avec capuche sans équivalent en Orient, mais omniprésente en Afrique du Nord, puis en Europe antique, médiévale et actuelle où des moines continuent d’en porter par dessus leurs chasubles en hiver.


A Carthage


Les mercenaires des armées carthaginoises étaient des Africains, des Espagnols, des Gaulois, des Baléares... Les fantassins d’Afrique portaient sur leur crâne rasé une calotte rouge. Un étroit collier de barbe, des tatouages bleus, donnaient à leur visage sombre un aspect sauvage. Leur corps était couvert d’une chemise de laine blanche, serrée à la taille et ne dépassant pas les genoux. Sur leurs épaules était jeté un burnous de laine, de peau de bouc ou de lion. Leur armement consistait en une longue lance, complétée par un arc et des flèches. Ils portaient un bouclier de peau. Par la suite Hannibal les arma à la romaine avec les dépouilles ramassées sur les champs de bataille.


Régions de tissage


Le burnous en poil de chameaux : C’est la spécialité presque exclusive de la région de Messaâd en Algérie, d’une très grande qualité et d’une extrême finesse, le burnous est très léger. Il est produit par des femmes à domicile ou sous leurs tentes de nomades. C’est une activité féminine pratiquée à domicile.

Le burnous blanc est produit dans les régions de Zaccar, Hassi Bahbah et Ain Oussera. La région de Tébessa est aussi renommée dans le tissage et la confection de Kachabia et de Burnous. Cette production remonte à l’époque Phénicienne. La Kachabia et le Burnous, en plus du fait qu’ils tiennent très chaud, sont un symbole de notabilité.


Coutumes


« Une fois la mariée chaussée de Babouches Tikourbiyine et embellie par quelques retouches esthétiques le rituel du henné prend fin, vient ensuite l’étape de départ ; le père de la mariée invite sa fille à marcher sur la pan de sa cape (Burnous dit Azenar) jusqu’à sa monture : la mule qui la transportera à sa nouvelle demeure portera derrière la mariée un petit garçon pendant qu’une vielle femme suit en tenant la mule par sa queue. Le cortège accompagnateur protégé par les envoyés du mari doit vaincre la résistance livrée par les habitants du Ksar d’origine de la mariée qui s’opposent énergiquement à son départ. »
(Rite des Berbères Marocains)

Chansons :

« L’assistance a été agréablement surprise par la présentation sur la scène par Abdenour Abdeslam, d’un ancien chanteur qu’aucun (quasiment) dans la salle ne connaissait physiquement, hormis de la voix à travers les ondes de la Chaîne II de la radio nationale, notamment pour sa très belle chanson "Idjayid jeddi abarnus" (grand-père m’a confié son burnous…), éditée en 1975. Il s’agit, vous l’avez deviné, de Ali Hali, ce chanteur de la région de Boghni, dont on ne se rassasie jamais de sa belle voix, et qui va bientôt nous revenir, selon lui, avec l’édition de ses anciens chansons et surtout de nouvelles. »

Contes : Djeha-Hodja Nasreddin et son burnous


Le banquet et le burnous


  « Vite ! Tu vas être en retard pour le banquet de Khalid ! Plusieurs personnes ont donné ce conseil à Djeha-Hodja Nasreddin comme il rentrait chez lui, après avoir travaillé dans son vignoble. -Ils ont raison, a admis Djeha-Hodja Nasreddin, ajoutant : - Je serai en retard pour le dîner, à moins que je n’y aille maintenant – tel que je suis.

Il a redirigé son âne vers la maison de Khalid. Arrivé là, il l’attacha à un pieu dans la cour de Khalid. Toujours sûr d’être le bienvenu, il a distribué sourires et plaisanteries à droite et à gauche. Il était tellement content qu’il n’a pas remarqué que personne ne l’écoutait ! Bien plus étrange encore, quand le potage fut servi, Khalid conduisit les autres hommes à table, ne prêtant aucune attention à Djeha-Hodja Nasreddin.

  Oh Khalid Effendi ! Dit gaiement Djeha-Hodja Nasreddin. J’ai constaté une excellente récolte dans votre vignoble.

Occupé avec des invités mieux habillés, Khalil semblait ne pas avoir entendu. Djeha-Hodja Nasreddin regarda attentivement les invités. Chaque homme portait ses vêtements les plus beaux. Alors Djeha-Hodja Nasreddin regarda ses propres mains, durcies par le travail dans le vignoble. Il regarda ses propres vêtements rapiécés. Tranquillement, il s’esquiva, détacha son âne et rejoignit sa maison.

  De l’eau chaude et du savon, ordonna t-il à sa femme. Mes nouvelles chaussures ! Mon turban le plus beau ! Mon beau burnous blanc ! Ajouta t-il. Djeha-Hodja Nasreddin était devenu un homme nouveau, que sa femme admirait, ne l’ayant pas vu, depuis des années, aussi bien paré. Arrivant à la maison de Khalid, un domestique le salua et le conduisit dans la pièce du banquet. Khalid l’escorta à la meilleure place. Il fut bien servi et tous les hommes lui souriaient et ne prêtaient attention qu’à lui.

Au moment le plus propice, Djeha-Hodja Nasreddin prit le morceau de viande le meilleur et, au lieu de le porter à sa bouche, ouvrant son burnous, il plaça la viande dans une poche intérieure.

  Mange, burnous, mange ! Dit Djeha-Hodja Nasreddin, qui fit suivre la viande par une poignée de pilaf, un morceau de fromage et une figue. - Mange, burnous, mange ! Répétait Djeha-Hodja Nasreddin à chaque bouchée introduite dans la poche intérieure du burnous. Les invités se sont arrêtés de manger pour regarder Djeha-Hodja Nasreddin alimentant son burnous.

  Dites-moi, Djeha-Hodja Nasreddin Effendi, lui dit Khalid, que signifie cette façon de parler à votre burnous et de lui donner à manger. - Quand je suis entré ici avec mes vieux habits, il n’y avait pas de place pour moi à cette table. Mais quand je suis revenu, paré de nouveaux habits, rien n’était trop beau pour moi. Cela montre que c’était le burnous, et non pas moi, que vous avez invité à votre banquet. 

Un matin, ses voisins interrogèrent Djeha-Hodja Nasreddin, lui demandant quel était ce tapage qui, la nuit dernière, venait de sa maison : - Cela ressemblait à quelque chose qui dégringolait un escalier. Que s’est–il donc passé ? - Ce n’est rien, dit Djeha-Hodja Nasreddin, juste mon burnous que ma femme avait jeté au bas de l’escalier. -Mais un vêtement ne fait pas tant de bruit ! Rétorquèrent les voisins. - C’est que moi, j’étais dedans, répondit Djeha-Hodja Nasreddin. »


Anthropologie 


Dominique Champault mentionne concernant les poupées des fillettes belbala (Sahara algérien) que de « très rares poupées sont masculines et portent burnous (manteau d’homme), turban et, au côté, un petit sabre de bois. »(1969 : 345). « Selon une communication personnelle que m’a transmise Dominique Champault en novembre 1991, ces poupées-hommes belbala sont faites d’un os simple et non en forme de croix. Il n’est probablement pas trop hasardeux de mettre ces poupées-hommes belbala en rapport avec les poupées-jeunes mariés des filles ghrib et chaamba. »

En ce qui concerne la période de l’année pendant laquelle les filles belbala jouent avec leurs poupées, Dominique Champault écrit que « comme dans la croyance populaire belbala la manipulation des poupées appelle la pluie, on ne joue en principe à la poupée qu’en automne au moment où la pluie est désirée » (1969 : 140).



Nacer Boudjou

Publié dans Patrimoine

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