Jean-Pierre Llabador (dit El Bobo), « Ghazaouet à fleur de l’âme »

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Nominations aux victoires de la musique !

Jean-Pierre Llabador (dit El Bobo) est nominé aux Victoires de la Musique 2008 dans la catégorie Album Jazz et comme artiste de l'année avec son album « Give Me Five » ! Alors si vous êtes un professionnel du jazz et du spectacle, votez pour lui en masse afin qu'il obtienne la récompense suprême ! Encore bravo Bobo ! Retrouvez-le sur son myspace.



J’ai rencontré un frère, un compatriote, un enfant du pays, en la personne de Jean-Pierre Llabador, un musicien-compositeur de Jazz hors paire ; qui a ouvert ses yeux à Ghazaouet, en Oranie, plus précisément à l’ouest d’Algérie. A rappeler que c’est Christian Houlez, Reflexologue résidant à Montpellier qui m’ a arrangé l’entrevue purement culturelle.

 

L’enfant de Ghazaouet

 

« A l’indépendance de l’Algérie, sans gaité du cœur, et avec beaucoup de remords, nous dûmes prendre le large pour Sète en France. Depuis nous avons pris demeure à Montpellier. Nous sommes victimes de deux extrémismes, celui du FLN, représenté par sa branche radicale et des ultras l’OAS et consorts. Pourtant les négociateurs des Accords d’Evian qui peu parmi eux sont de ce monde aujourd’hui, ont prévu une république qui prendrait en charge toutes les communautés issues de divers pays durant le long cheminement de l’histoire tourmentée. Maintenant, les ouvriers, les petits employés Sardes, les Corses, les Siciliens, les Maltais, les Espagnols, les Juifs Sépharades… qui ont fait du pays de mon enfance leur propre patrie et qui ont contribué à l’économie par toute production : vin, poisson, agriculture… ont été chassés manu militari.  » m’a-t-il confié.

 

Ce moment de réminiscence et d’échanges amicaux est ponctué par des rasades de café. Je me trouvais bercé par une atmosphère de détente et de plaisir car mon interlocuteur est non des moindres. Une brise fraiche soufflait sur les rideaux de son salon où des tableaux signés par des authentiques artistes qu’il a rencontrés au gré de ses concerts et voyages nous renvoient de furtives impressions de plénitude.

 

Et de continuer « Ma mère était originaire d’Oran, quant à mon père, il était pharmacien. Il tenait la « Pharmacie Moderne » de la ville de Ghazaouet. D’ailleurs, il était l’ami de Ferhat Abbas. Et cela lui  a valu le plasticage de sa pharmacie par l’OAS. » A (Lire le livre sur « Nemours » ouvrage très documenté écrit par Mr Francis Llabador, savant et Pharmacien à Nemours.)

 

Octave Llabador, maire de Nemours-Ghazaouet

 

L’enfant de Nemours-Ghazaouet s’attarda longtemps à relater la vie exceptionnelle de son grand-père : « Il s’appelle Octave Llabador, né à Nemours, Ghazaouet, le 17 mai 1877 où il décédera  le 10 novembre 1939. Il appartenait à une famille très distinguée, venue s'établir Nemours dès 1852. Son père, Edouard-François Llabador, fut conseiller municipal. Apres de brillantes études secondaires au Collège de Tlemcen et au Lycée d'Oran, il décrocha en 1899, son diplôme de licencie en droit à la Faculté d'Alger et vint prendre domicile à Nemours, sa ville natale. »

La biographie de son grand-père mérite fort bien d’être connue. Il était agent de la Compagnie de Navigation Mixte, courtier maritime… Il contribua par son travail au développement des affaires maritimes. Il créa la première usine de salaisons et de conserves. Il fut correspondant de « L'Echo d'Oran » depuis 1901. Il ne cessa, par ses articles d’apporter une aide précieuse à l'essor du port de Nemours dont il fut l'animateur. Il a publié en outre un opuscule sur « Nemours et son avenir commercial» (Oran, 1909) et une étude documentée sur « Nemours, port du Maroc oriental» (Oran, 1928).

Puis, en tant que citoyen engagé dans les affaires de la cité, il fut élu conseiller municipal. En 1929, il fut proclamé maire « ses concitoyens ayant 

                                         Octave Llabador, ancien maire de Nemours-Ghazaouet (Grand-père de Jean-Pierre Llabador)

tenu à mettre à la tête des affaires de la ville, l'homme qui, pendant 30 ans, s'était consacré tout entier a l'essor, de sa ville natale et dont les hautes qualités morales avaient pu être justement appréciées ».
De 1929 à 1935 il exerça ses fonctions municipales avec loyauté et venait en aide aux plus démunis. (Il versait ses indemnités de premier magistrat au fonds de bienfaisance communal). Profondément dévoué à Nemours, il voua sa belle activité à la réalisation des projets ferroviaires et portuaires. Nemours lui doit notamment la construction du chemin de fer Nemours-Zoudj-el-Beghal, la construction du nouvel Hôtel des Postes, malheureusement, l’aplanissement de la partie Ouest des remparts (la ville fut amputée d’un pan de son histoire locale).

Il s’éclipsa après une assez longue maladie. Ses funérailles eurent lieu le 11 novembre 1939, au milieu d'une foule attristée et qui lui doit beaucoup. Sur son tombeau dans le cimetière de Nemours-Ghazaouet, on peut lire l’épitaphe suivante : « La mort ne doit pas être un oubli total et définitif des services rendus par un citoyen à son pays (…) Et de rappeler ici et à tous qu’il a consacré les trente meilleures années de sa vie laborieuse au bien de son pays natal, Nemours, qui a été doté d’un port et d’un chemin de fer pendant les six années de sa magistrature municipale de 1929 à 1935...» extrait du Blog de Lalla Ghazwana.

 

Du grand-père au père et au fils, une famille d’origine espagnole qui a tout donné à ce pays meurtri par une guerre coloniale. Le jazzman n’a rien oublié de tout cela, bien qu’il fasse la part des choses et que les moments de déchirure, sont loin et l’avenir est devant. Une gêne, une sorte de pudeur propre à la noblesse familiale l’empêchait de délier davantage sa langue, car il a tant de chose à dire sur ses arrières-parents qui ont marqué d’une encre indélébile Ghazaouet, cette ville côtière de l’ouest d’Algérie.

 

Les sujets d’histoire liées au pays natal, l’Algérie en l’occurrence m’ont fait retarder le développement de l’objet de ma visite, qui est de prendre des contacts avec des artistes : peintres, musiciens, dramaturges, écrivains du Languedoc-Roussillon, en vu de les programmer dans des manifestations culturelles en Lorraine.

 

« Mas Les Deux Frères »

 

Tout est attachant. Sa maison se trouvant à Castelnau-le-Lez à Montpellier où je me suis rendu, porte un nom évocateur « Mas Les Deux Frères », en souvenir de deux rochers haut de 25 m, à l'entrée de la passe de Ghazaouet, appelé aussi Ghazouana, Djemaa-El-Ghazaouet, Touent ou Nemours en période coloniale. Autant de noms pour une seule et même cité.

Une légende recueillie par Abdourrahmane Mehabi et Youcef Boua, élèves du Collège « Capitaine Ziani » sur ses deux rochers insolites, méritent un détour : « Il y a très longtemps, deux frères gardaient leurs moutons sur le sommet d'une montagne, dans la région de Ghazaouet. Tout à coup, ils virent un serpent, et n'ayant pas le choix, ils durent le tuer; brusquement, le reptile se transforma en une vieille et
Les Deux Frères

méchante femme ayant de pouvoirs surnaturels et réduisit les deux jeunes hommes en statues de pierre. Alors, à chaque fois que les deux frères pleuraient, la mer se mettait en colère et provoquait un Tsunami.  Et depuis, les « Deux Frères » se dressent à l'entrée de la rade du port de Ad-Fratès, Ghzaouana, Nemours, Ghazaouet comme deux gardiens ... pour l'éternité... »

 

Quand Jean-Pierre Llabador prit sa  guitare c’est un ravissement, son visage s’illumina, et la vie vaut la peine d’être vécue. Les larmes du cœur séchèrent, des projets et des passerelles avec sa ville natale Ghazaouet située à quelques encablures de Sète pourraient voir le jour dans un très proche avenir.

 

Compositeur original et fécond

 

Le maestro de Montpellier n’est pas une mince affaire, on  n’a pas à traiter avec un vulgaire troubadour. Il est diplômé de l'Université Montpellier III en littérature anglaise et philosophie. Du surcroît, il a fait des études au Conservatoire de Montpellier, diplômé du M.I. - Guitar Institute of Technology - (Los Angeles) avec 2 mentions spéciales.

 

Ensuite, il fonde avec son frère Jean-Claude dans les années 70, le groupe « Coïncidence » (2 albums, tournées européennes). Se produit au début des années 80 sur de nombreuses scènes nationales et internationales (concerts et festivals, plateaux radios/TV avec notamment Johnny Hallyday - Formule 1+1/Maritie et Gilbert Carpentier/TF1, Champs Elysées/Michel Drucker…). Il participe également, à cette époque, à de multiples séances d'enregistrement pour de nombreux artistes.

 

Depuis 1984, il se consacre au jazz, apparaissant sur toutes les scènes nationales et internationales (Europe, Afrique, Qatar, Arabie Saoudite…) avec ses différentes formations, du duo à l'orchestre, attestant ainsi de son goût affirmé pour la scène. Il a également codirigé avec René Bosc, l'Orchestre de Jazz du Languedoc Roussillon. Avec ses onze albums en leader à ce jour, grave et fait entendre régulièrement l'évolution de sa créativité. Il participe également aux projets de différents chefs d'orchestre et musiciens, notamment depuis 2003 au
« Louis Petrucciani Collectif » et depuis 2005, au groupe «Nozmu Blackfoot » du vibraphoniste Michel Munoz. En 2004, il crée le groupe « New-incidence » avec Pascal Corriu et, en Partition sur Ghazaouet

compagnie de Chloé Monin et Romain Preuss, fonde le trio « Chloé’s Garden». En 2005, il réunit Olivier Hutman au piano, Francesco Castellani au trombone, Louis Petrucciani à la contrebasse et Bruno Ziarelli à la batterie pour un nouveau quintet, qui s’est notamment produit aux Internationales de la Guitare à Montpellier (reportage « Journal de la culture » d’ARTE). En 2007, avec cette formation, il signe son nouvel album « Give me Five » (MGI records – MGR 1022/Mosaic Music Distribution ).  « …Guitariste remarquable qui, de surcroît, possède l'étoffe d'un compositeur original et fécond… qu'il exerce son art en quartette, quintette, big band ou duo, J-Pierre apporte avec constance et dans les registres les plus divers, la preuve de son admirable talent… Finesse d'écriture, arrangements subtils et impeccablement exécutés: une musique somptueuse de lyrisme, d'invention et de cohésion… Aujourd’hui, son aisance, sa musicalité, son inspiration et sa maîtrise instrumentale ont atteint le niveau des Grands. Llabador est au sommet de son art. Indispensable. »  écrit C. Oberg dans Jazz Magazine.

 

J’ai pris la route après lui avoir serré fortement la main et dans l’espoir de nous nous revoir sitôt pour une programmation culturelle.

 

Nacer Boudjou

09 août 2009

Sources : Zohra Maldji-Salah du Blog de Lalla Ghazwana

 

 

 

 

 

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saad arabi 10/05/2016 17:09

je cherche le livre que Octave Llabador , si quelqu'un peut le prêter ou le procurer je lui serai très reconnaissant .Merci

mokeddem omar 30/05/2010 16:53


bonj moi je vis a ghazaouet depuis 55 ans je connais l'histoire de ma ville et j'ai toujours ete fascine par ces gens qui ont marque l'histoire de mon pays et surtout la famille labador, je
m'interresse a la musique moi même j'ai fait un peu de gittare et je souhaiterais bien voir un jour l'orchestre de jazz de Mr LABADOR ,