La guitare se rebiffe

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La guitare se rebiffe

 

D’un jeu moins difficile que celui du luth, la guitare va être l’instrument favori des jongleurs et ménestrels l’utilisant pour accompagner le chant et soutenir les danseurs. En Flandres et en Allemagne aux XIVème  et XVème siècles, le saint sacrement est porté au travers des villes au son des violes, des guitares, des psaltérions. Tárrega ouvre à l’instrument des perspectives insoupçonnables et tous les guitaristes modernes se reconnaissent comme ses héritiers. Joaquim Rodrigo, enfin se range au premier rang des musiciens espagnols avec le « Concerto de Aranjuez » 1939, pour guitare et orchestre.

 

Au contraire de ce que l'on méditerait aisément actuellement, la guitare n'est pas un instrument d'invention récente. Si l'on en croit l'étymologie de son nom : chitarra, guitarra, quinterne, guiterrelle… descendrait même de la cithare dans l'Antiquité au Proche-Orient, notamment en Egypte. Ses origines pourraient remonter au luth chaldéo-assyrien. Selon d’autres sources, elle dérivait de la cithare romaine, venue d’Assyrie et de Grèce. Elle fut introduite en Espagne par les Maures au VIIIème  siècle.

                                                                                                                                                                                                                

A côté de ce roi des instruments que longtemps était le luth, la guitare occupe une place importante, certes, mais loin d'être dérisoire. Elle n’arrête de se manifester dans les milieux épris de sonorités liturgiques, de musique d'intimité. Son succès s'est affirmée au cours de diverses périodes. Ensuite, elle est rentrée dans l'ombre, elle n'en brille pas moins avec autant d'éclat, plus tard.

                                                                                                                                     

A quelque côté que l'on se place, c'est en effet une réalité musicale singulière que représente la guitare. Susceptible de satisfaire aux exigences des plus grands virtuoses, elle reste capable de résonner mélodieusement entre les mains d'interprètes moins expérimentés. Or, dans les siècles passés comme de nos jours, ceux-ci sont de loin les plus nombreux! Il n'est que de contempler le magnifique portrait de « Mademoiselle de Beaujolais » conservé au Musée de Tours, les esquisses de Watteau ou les innombrables princesses du XVIIIème siècle qui se font peindre jouant de la guitare.

 

Tout comme le luth, il existe des types différents de guitares en usage dans le monde entier. La guitare est un instrument formée d’une caisse de résonance de forme ovale, étranglée en son milieu et au fond plat. La caisse est munie d’un manche long terminé par une tête plate où se trouvent les chevilles. Les cordes de boyau se fixent comme celles du luth sur un cordier fixé sur la table d’harmonie.

 

Espagne, berceau de la guitare

 

C’est en Espagne et au sud-ouest de la France vers le Xème et XIème  siècle que la guitare désignée sous l’appellation guitare mauresque s’est développée et laissée une riche iconographie. Elle figure dans de nombreuses miniatures, remarquablement celles qui ornent le précieux manuscrit des  « Cantigas de Santa Maria » composées par le roi Alphonse X le Sage au XIIIème siècle. Elle figure également dans de nombreuses cathédrales gothiques, placée entre les mains  des anges musiciens.

 

Sous quelle forme que ce soit, la guitare est très appréciée dans le Moyen Age. Jongleurs et ménestrels l’utilisent pour accompagner le chant et soutenir les danseurs. Par ailleurs, il est recommandé aux filles d’en jouer, car, dit-on « elle adoucit les cœurs ». Le roi Charles V possède une guitare garnie d’argent. En Flandres et en Allemagne aux XIV-XVème siècle, le saint sacrement est porté au travers des villes au son des violes, des guitares, des psaltérions.

 

D’un jeu moins difficile que celui du luth en raison de son petit nombre de cordes, la guitare va être l’instrument favori. « Sitôt levé, ma guitare je la touche », avoue Ronsard. C’est tout naturellement en Espagne, berceau de l’instrument, que sont édités les premiers essais d’œuvres pour guitare, composées par Alonso Mudarra, 1546, Miguel de Fuenllana, 1579, puis en Italie, en France et en Allemagne. Le répertoire proposé aux guitaristes est très proche de celui des luthistes ; il comprend essentiellement des transcriptions de chansons pour voix accompagnées ou purement instrumentales et des danses : Fantaisies et pièces religieuses ( motets, psaumes et airs spirituels). Le style d’écriture se rapproche visiblement de celui du luth, mais avec une nette volonté de simplification.

 

La guitare accompagnant les chœurs

 


La guitare au XVIIe et XVIIIe siècle en usage nous est familière, Elle a pratiquement acquis sa forme moderne : le cheviller en forme de crochet a disparu au profit de la tète plate. La caisse de résonance reste toutefois moins volumineuse. Elle apparait également associée aux instruments d’archets et même à l’orchestre. L. Boccherini 1743-1805, avait modifié douze de ses quintettes afin d’introduire une partie de guitare et écrit la première symphonie avec guitare obligée. Napoléon Coste 1806-1883 laisse un répertoire de soixante dix œuvres. Vers 1820, Schubert n’hésitera pas à lui confier l’accompagnement de chœurs d’hommes laissant le choix entre le piano-forte et la guitare.

 

La mort de Tárrega 1909 marque, à plus d’un titre, une date importante dans l’histoire de la guitare. Avec lui disparait non seulement le meilleur interprète de tous les temps, comme l’écrit un de ses disciples, mais encore une certaine conception de l’instrument et de la littérature qui lui est destinée ; l’œuvre du virtuose-compositeur est désormais achevée. Tárrega ouvre à l’instrument des perspectives insoupçonnables et tous les guitaristes modernes se reconnaissent comme ses héritiers. Par son enseignement et celui de ses élèves les plus directes, tels : Miguel Llobet et Emilio Pujol. Il est à la base du vaste mouvement artistique dont nous recueillons maintenant ses fruits. Miguel Llobet 1875-1938, grand virtuose est sans doute le plus célèbre des élèves de Tárrega, se fixe à Paris en 1904. Il se lie avec Albaniz, Ravel et Debussy et s’assimilant leur culture musicale, révélant les orientations modernes de la guitare. Son œuvre comprend essentiellement des transcriptions et des harmonisations de chants populaires catalans.

 

En dépit de ces brillants interprètes, la guitare va connaitre dans la fin du siècle une crise qui l’atteint dans son essence même. Elle est, donc entait considérée comme un instrument populaire réservée aux divertissements, l’accompagnement des chanteurs et des danseurs. L’illustre guitariste Andres Segovia 1894 insiste pourtant sur le fait qu’il serait injuste de limiter l’office de ce merveilleux instrument au simple accompagnement du folklore, des danses et des chants. L’objectif essentiel qu’il aille s’efforcer d’atteindre est donc la création  d’un répertoire original. Il s’adresse aux compositeurs : Frederico Moreno Torroba 1891, Manuel de Fella « Hommage pour le tombeau de Debussy », où il reprend une phrase de « Soirée dans Grenade ». Joaquim Rodrigo 1902, enfin qui se place au premier rang des musiciens espagnols avec le « Concerto de Aranjuez » 1939 pour guitare et orchestre.

 

A partir des années  1920, des musiciens recommencent à s’intéresser à l’instrument et à l’introduire dans leurs œuvres : A. Schoenberg, P. Boulez comme la plupart  des grands conservateurs internationaux la considèrent  l’égal des autres instruments. Des cercles pour le développement de la guitare sont enfin fondés dans nombre de villes. De jeunes virtuoses attirèrent le public tel Narciso Yepes 1928 révélé par le film « jeux interdits » et sa célèbre « Romance » et Alexandre Lagoya, les solistes : Manitas de Plata, Paco Ibanez et les chanteurs français qui ne sont pas des moindres : Maxime Le Forestier, Georges Brassens, Enrico Macias. La guitare électrique après avoir été longtemps réservée à la musique jazz (Django Reinhardt, Charlie Christian) ou de variétés, commence à retenir l’attention des compositeurs.

 

Nacer BOUDJOU

Publié au Jeudi de Luxembourg

Publié dans Chanson

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syboule 17/07/2009 15:26

la classe cet article !! bravo pour la documentation