Ali SAYAD, porteur du geste ancestral - « De Ait Yenni à la Lorraine, il n’y a qu’un pas »

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Ali sayyad est « l’Amouhar et l’amousnawa ( targui et savant) » aime-t-il le dire. Du fait il a passé un certain nombre d’années aux Aurès, au Hoggar et dans les diverses contrées du sud. Ses souliers rangés dans une case « Choses d’ici et d’ailleurs » à Longlaville (Lorraine) contiennent encore du sable.

 

Il est porteur du geste ancestral, exprimé à travers les divers métiers artisanaux. Il a créé ou plutôt a fait transhumer un atelier d’orfèvrerie berbère de Ait Yenni en France. Un savoir-faire millinéraire que les peuples méditerranéens, africains cultivent et perpétuent. Pareillement, aux littératures populaires sauvegardées dans l’oralité et se réalisant dans les écritures modernes : les logiciels, les langages d’appoint, virtuels et numériques.


Le métier de l’écrivain public qu’il exerce aujourd’hui à la mairie de Mont Saint Martin n’est pas étranger à sa démarche ou à sa méthodologie d’insertion sociale des oubliés d’une certaine administration. Mahatma Gandhi, Kateb Yacine, Ousmane Sembene (cinéaste sénégalais) n’ont-ils pas étaient eux aussi écrivains publics ?


Il est tout d’abord pour ceux qui ne le connaissent pas, un des premiers à avoir codifier la langue berbère avec Feu Mammeri au CRAPE à Alger, où il était chercheur en anthropologie. Avec Mouloud Mammeri dans la conjoncture dure des années 70 un noyau attirant les férues de la langue et de la culture berbère s’est constitué. Il est à rappeler qu’à l’époque, le nom de « berbère » constituait un délit. En outre, les recherches scientifiques et culturelles étaient sous contrôle de la sécurité militaire du colonel Boukhourouba ( Salah Vespa, les gamins de Dar Nakhla, Rouget étaient les acolytes de ce dernier).


Nonobstant, en contournant la vigilance de la police politique, des chanteurs, des hommes de culture engagés dans l’Amazighité ont bradé les interdits tels que Idir, Ferhat, Tagrawla, Ben Mohamed, Maksa, le premier romancier d’expression berbère, Rachid Aliche, les Saadi (Hand et Saïd), les linguistes Amar Mezdad, Ramdane Achab, Yahyaoui, Rachid Tigziri, Amar Zantar, Nacer Boudjou, Mustapha Khamou, les historiens, Malika Hached, Slimane Hachi, les militants berbères. Ensuite à l’ouverture démocratique due au printemps berbère de 1980, aux enfants terribles de 1988, ils ont fondé des ligues de droit de l’homme, des partis démocratiques, républicains. La conjoncture actuelle les maintient dans le mouvement culturel berbère, du citoyen, des fondations et des associations. Erudit, maîtrisant la culture berbère, la linguistique, la sociologie culturelle, l’anthropologie et la littérature berbère et française. Ali sayyad est de tous ces combats malgré son exil forcé.  Il a publié un nombre important d’articles d’études et a assuré la bibliographie analytique de l’Afrique du Nord et Sahara dans la revue ’’Libyca’’ (publication du CRAPE). A supervisé ’’Amawal’’, ainsi que ’’Tajerrumt T Mazight’’. A publié : Habitats traditionnels et structures familiales, Rites de naissances, Stratégie matrimoniale chez les Aït Yenni. Bulletin d’Etudes Berbères « Tissuraf » Université, Paris 8, Agenda berbére 1982, Asaka de l’association Ait Yenni Solidarité, revue Berbère de l’ACB. Il a fait l’objet aussi de productions d’émissions de Radio de 1959 à 1975 : Au coin du feu (contes), pièces théâtrales en 1969 ( adaptation en kabyle de la « La colline oubliée » de feu Mouloud Mammeri), « Les Vautours », Askardeche « littérature » avec Saïd Himi. Il a préfacé le premier disque de Idir « Vava Y nou Va », et les disques et CD de Noura « Les femmes kabyles », Cherif Kheddam, Hachlef, feu Meksa (décédé dans un Commissariat de police).


Il sillonne la France, pour conférer le monde berbère, L’illettrisme. Les évènements de par le monde ne le laissent pas hors du combat démocratique, en particulier en algérie. Ce pays où les islamistes obscurantistes, et le régime de la junte militaire ont érigé une spirale de violence et un cimetière à ciel ouvert. Le mouvement citoyen contestataire, algérien en lutte contre ce désordre est la résultante positive et pourquoi pas une alternative tant attendue ? « Nul n’est resté indifférent à cet arbitraire à cette nonchalance politique. Les partis politiques démocratiques, les personnalités politiques indépendantes ainsi que l’ensemble des artistes et d’intellectuels n’ont jamais cautionné un pays où l’on torture à huis clos, où l’on tue des jeunes à la fleur de l’âge, les « jeunes espoir de demain » rabâché dans les chartes révolutionnaires, où l’on ne porte pas secours aux familles SDF, déplacées, logées dans les oueds et les abords des égouts ( inondation de Bab El Oued). Où sont les mots de compassion ? Où est le discours d’espoir ? Où sont les mesures d’apaisement ? Où est le projet politique à la mesure d’un pays potentiellement riche de sa diversité, de sa culture de l’énergie des jeunes. » A-t-il exprimé lors de la journée de Solidarité internationale « Kabylie, terre d’Algérie » à Longlaville (Lorraine).


Ali sayyad a fondé un espace culturel du nom de ’’Espace Kahina’’, princesse berbère, 4e siècle de notre ère, peu après le règne de Constantin (byzantin). Elle a fédéré toutes les tribus touarègues du Hoggar, Tassili, aux contrées : Libye, Mali, Niger. Dont Alain Barrière a composé une chanson « Et je t’appelle Antinéa ». Elle a inspiré aussi l’écrivain Bernard Benoît pour écrire « l’Atlantide ». Certes, Antinéa est une légende, mais elle est surtout une vérité historique.

Dix sept siècles après, deux chercheurs : Maurice Reygasse, français et Prorok américain ont mis à jour en 1925, une vaste nécropole, contenant onze sépultures dans le lieu dit Abelessa au Hoggar, non loin du Tassili. Les ossements de cette reine reposent au Musée de Bardo d’Alger. Le père, De Foucauld, missionnaire, spécialiste de la littérature Tamachakht, lui a consacré plusieurs écrits. L’espace ’’Antinéa’’ installé à Longlaville, en Lorraine est un lieu d’échanges de dialogues, de débats, de rencontres. Toutes les expressions ou les activités se conjuguent, se multiplient pour une homogénéité dans une différence fédérative et complémentaire. Il regroupe les hommes de culture dans une communion, en oeuvrant pour l’avènement des vraies valeurs humaines. Il abrite par ailleurs trois associations : 6 A ( Association pour l’Accueil et l’Amitié des Artistes et Artisanat d’Art), l’Académie des Belles Lettres amazighes, elle a en chantier, un dictionnaire Pana kabyle, Des Mots pour l’Ecrire ( initiation à l’écriture, aide, médiation, lutte contre la discrimination, et favorise l’insertion identitaire, l’intégration des populations exclues, boudées par la bêtise humaine). L’Association est implantée au Bassin de Longwy, la Loraine bastion de forces ouvrières, forces antifascistes. Terreau des immigrants, notamment des kabyles. Slimane Azzem y a vécu. D’ailleurs, un hommage lui sera consacré par la municipalité et la communauté Nord Africaine. Les cimaises de l’espace Antinéa ont accroché les peintures de Raymond Amouyal, peintre espagnol, les photos de Michel Olmi. Egalement une Quinzaine sur la Pologne a eu lieu.


NB. Je reviendrai sur cette Espace prochainement.


Nacer Boudjou

Journaliste-plasticien

Publié dans Culture

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