Krishnamurti : « La vérité est en nous »

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« Ne laissez pas les mots penser à votre place. Ayez une parole habitée. »

Par Nacer Boudjou

 

Angoisse de la vie, du quotidien : chômage, cataclysme, maladie, la mort… de tout temps l’homme a inventé des antidotes, des thérapies pour se protéger et se guérir de ce qui pèse sur sa conscience. Des croyances primitives des troglodytes, aux religions monothéistes qui se traduisent par des inquisitions, de autodafés… en passant par les effervescences commerciales, creusant les trous dans les poches des incrédules à la veille des fêtes religieuses, même en période de récession.

 

« La croyance n'est qu'un mot, une pensée, c'est une chose absolument destructrice. Celle-ci divise les gens, les endurcit, les pousse à se haïr réciproquement, à cultiver la guerre d'une façon détournée. » a noté (Jiddu Krishnamurti / 1895-1986)

 

Ceci étant, on manipule les religions, on s’en sert pour l’ascension sociale, à l’accès aux hauts postes de responsabilité. On croit régler les conflits en se plaçant du coté de dieu. On a vu de toutes les couleurs. Parfois des états laïques sont entraînés dans la frénésie religieuse tête baissée. Les messes des Papes en grande pompe, Lourdes, le chemin de Compostelle, Dame Fatima, la procession vers les mausolées des saints, les sacrifices, l’auto flagellation… Les kamikazes qui se font sautés au nom de dieu, les émirs autoproclamés, les KKK extrémistes… Saint Nicola, le Père Noël, Saint Sylvestre, Sainte Barbe, Sainte Cécile, Saint Sépulcre, Saint Fiacre, la Galette des Rois mages, Les Crêpes…Cela fait tourner la tète.

 

Jiddu Krishnamurti, sage et penseur inclassable, né en Inde, dans une famille de brahmanes de dix enfants a réfléchi sur la question en dissociant la spiritualité, le mysticisme de la religiosité. Que le divin existe ne nous-même, on peut l’atteindre par notre force intérieur. Ce penseur faisait partie de la Société Théosophique. Il est remarqué à l'âge de 14 ans par le théosophe Charles W. Leadbeater. La Société Théosophique voit alors en lui une incarnation de « l'Instructeur Mondial », le Seigneur Maitraya, ainsi que l'avait annoncé Helena Petrovna Blavatsky en 1889. Annie Besant, présidente de la section européenne de la Société Théosophique, prend alors en main son éducation, en Inde, à Londres et même à Paris et l'installe à la tête de l'Ordre International de l'Etoile d'Orient à l'âge de 16 ans. Il devient vite un penseur de grande envergure, ne relevant d'aucune religion ou doctrine philosophique. Il ne croit pas à l'existence des Maîtres, et déteste être l'élu que les théosophes veulent faire de lui. Il récuse donc avec fermeté son rôle messianique et annonce en 1929, devant un auditoire de 3000 personnes, la dissolution de l'Ordre de l'Etoile d'Orient, provoquant une grande confusion dans le mouvement théosophique. Pour lui, « la vérité ne passe par aucune organisation, religion, secte ou philosophie. » Toute sa vie durant, il rejette le rôle de gourou qu'on veut lui faire jouer. Il crée plusieurs écoles à travers le monde et attire un nombreux public lors de ses conférences ou causeries dans le monde entier. Il refuse cependant toute autorité ou disciples. Son enseignement consiste à « vouloir rendre les hommes complètement libres. » L'une de ses convictions de base est que les transformations de la société ne peuvent s'accomplir sans une transformation de la conscience de chaque individu. « La vérité est en nous », même si, pour la rechercher « une collaboration amicale sans aucune autorité est préconisée ». L'important est donc « la connaissance de soi, libérée des contraintes et des limites de la religion et du nationalisme. L'homme a créé les représentations religieuses pour satisfaire un besoin de sécurité. Il prône la mise en doute de toute parole émanant d'une autorité, quelle qu'elle soit. » Il voyage beaucoup pour enseigner sa pensée, aux Etats-Unis, où il réside et meurt, en Angleterre, en Suisse (rencontres estivales de Saanen), en Inde. Les textes de ses conférences ont été rassemblés dans une soixantaine de volumes.

Citations de Krishnamurti :

« La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit : aucune religion, aucune secte. Tel est mon point de vue : et je le maintiens d'une façon absolue et inconditionnelle. La Vérité, étant illimitée, inconditionnée, inapprochable par quelque sentier que ce soit, ne peut pas être organisée. On ne devrait donc pas créer d'organisations qui incitent les hommes à suivre un chemin particulier. Si vous comprenez bien cela dès le début, vous verrez à quel point il est impossible d'organiser une croyance. Une croyance est une question purement individuelle, et vous ne pouvez ni ne devez l'organiser. Si on le fait, elle devient une religion, une secte, une chose cristallisée, morte, que l'on impose à d'autres. C'est ce que tout le monde essaie de faire. La Vérité est ainsi rétrécie et transformée en un jouet pour ceux qui sont faibles, pour ceux dont le mécontentement n'est que momentané. »,(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / 1929)


« L'acceptation d'une croyance n'est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n'être rien du tout, d'être vide ? Et pourtant un récipient n'est utilisable que lorsqu'il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d'affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. »
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / La première et la dernière liberté / 1964)

« La peur est une souffrance. La peur est la non-acceptation de ce qui "est".
La peur n'existe que par rapport à quelque chose. C'est l'esprit qui crée la peur. Seule la connaissance de soi peut vous affranchir de la peur.
La connaissance de soi est le commencement de la sagesse et la fin de la peur."
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / La première et la dernière liberté / 1964)

« Je n'agis pas en tant que gourou; car, tout d'abord, je ne vous apporte aucune consolation; je ne vous dis pas ce que vous devriez faire; je ne fais que vous montrer quelque chose que vous êtes libre d'accepter ou de refuser. La vérité ne peut vous être donnée par personne. Il vous faut la découvrir. La compréhension vient avec la perception de ce qui "est". Parvenir à cet état où l'on perçoit instantanément la vérité est possible, et c'est la seule voie. »

(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / La première et la dernière liberté / 1964)

"Si nous voulons changer les conditions existantes, nous devons d'abord nous transformer nous-mêmes, c'est-à-dire devenir conscients de nos actions, de nos pensées, de nos sentiments dans notre vie quotidienne."
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / De l'Education / 1967)


"La méditation consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir avec eux. En cet état d'observation, on commence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. De cette lucidité naît le silence."

(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / Se libérer du connu / 1977)


"Ecartons les croyances, la foi, les dogmes, les rituels, les prières et toutes les activités de ce genre. On doit être totalement libre de ces choses pour avoir une perception claire et objective. Une perception subjective est généralement trompeuse. Toute conception même rationnelle, objective ou basée sur une expérience est verbale et on doit s'en méfier. Toute forme d'expérience est subjectivement conditionnée et par conséquent limitée et personnelle. Un idéal est une projection de la pensée, qui fuit la réalité."
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / Bulletin du Krishnamurti Foundation Trust Ltd / 1981)


"Vous divisez la vie en ce qui est sacré et ce qui ne l'est pas, en ce qui est immoral et ce qui est moral. Cette division engendre des malheurs et de la violence. Tout est sacré ou rien n'est sacré."
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986 / La Révolution du silence)


"Range le livre, la description, la tradition, l'autorité, et prend la route pour découvrir toi-même."
(Jiddu Krishnamurti / 1895-1986)


Bibliographie : La première et dernière liberté (1964), De l'éducation (1965/1970), De la connaissance de soi (1967), Se libérer du connu (1970), La révolution du silence (1970).

 

Liens :

 

Http://atheisme.free.fr
krishnamurti-france.org

Université de Paris 8 - Groupe de Recherche sur l'Enseignement de Krishnamurti : radio-canada.ca – Sages - Krishnamurti

 

 

 

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Isula 22/10/2009 23:54


Krishnamurti j'adore ! j'ai lu la première et dernière vérité.
Ce qu'il dit à propos de l'enfermement de la religion je l'ai gravé en mémoire. Je suis aussi d'accord pour dire que nous n'avons pas besoin d'une autorité, qu'il faut se faire confiance et
chercher en soi.