Nabil Belghoul,Reporter-photographe

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Nabil Belghoul nous a quittés depuis 40 jours. 40 jours de tristesse, de douleur et d’interrogations. Sa famille, ses amis et ses confrères se sont rencontrés, hier, à la maison de

la presse Tahar- Djaout, pour lui rendre hommage.

 

Tarek Hafid - (Alger Le Soir)

28/08/2005

 

Les lunettes noires de Souad cachent mal sa tristesse. La fiancée de Nabil —
ils
avaient prévu de célébrer leur mariage le 23 août — avoue

qu’elle ne croit toujours pas à sa mort en regardant les photos

exposées dans le hall d’entrée de la Maison de la presse.

“Aujourd’hui, je ressens une très forte nostalgie mêlée à un

puissant sentiment de fierté. Je suis fière d’avoir fait un bout

de chemin avec Nabil et de savoir aussi tout ce qu’il représente

pour les membres sa corporation. Le 23 août devait être

le plus beau jour de ma vie, mais il en a été autrement…”, dit

Souad d’une voix calme.

Ouahab, Yanis, Samir, Souhil, Malika, Omar, Bilal,

Ryadh… tous les photographes de presse se sont donné rendez-

vous pour commémorer la mémoire de Nabil. “Il était

incroyable. Un vrai professionnel. Et je ne dis pas ça parce

que c’était mon frangin”, déclare Yanis Belghoul sur un éclat

de rire. Atef, journaliste au quotidien El Djazaïr News est également

présent.

Lui aussi regarde les photos de Nabil prises lors d’un

reportage qu’ils avaient effectué ensemble dans les “villages

africains” de l’oued Tafna, près de Maghnia.

“En fait, nous n’avions pas prévu de nous rendre dans ces

villages. C’est au cours d’une sortie médiatique organisée par

la Gendarmerie nationale au niveau des frontières ouest du

pays que nous avons appris leur l’existence. Nabil voulait

absolument faire un reportage sur ces immigrants clandestins

malgré les mises en garde des habitants de la région. Il en a

fait une obsession. Nous avons donc faussé compagnie à

notre groupe pour nous y rendre avec un agriculteur du coin.

Il faut savoir que ces africains vivent en communauté. Il y a le

village, pour ne pas dire l’Etat, du Mali, celui du Sénégal et un

troisième du Cameroun”, note Atef en précisant qu’il leur a été

très difficile de travailler devant la méfiance des Africains.

“L’accès au village malien nous a été interdit par le chef de

tribu.

Nabil a donc décidé que nous devions nous rendre au village

sénégalais situé un peu plus loin. A peine arrivé sur

place, Nabil n’a pas hésité un instant et a commencé à photographier

tout ce qu’il voyait. Le responsable de la sécurité,

un grand gaillard, nous a interpellés. Il était curieux de savoir

ce que nous faisions là”, ajoute Atef. Nabil trouvera très vite

la parade en affirmant à leur interlocuteur qu’ils sont membres

d’une ONG humanitaire.

“Il avait trouvé la solution qui nous a permis de réaliser ce

reportage. Nabil a pris des photos absolument incroyables

des conditions de vie de ces gens-là.” Des aventures comme

celle-ci, Nabil Belghoul en a vécu des dizaines.

Pour la petite histoire, quelques semaines seulement

avant son décès, Nabil devait se rendre dans les territoires du

Sahara occidental occupés par le Maroc afin de couvrir l’intifada

du peuple sahraoui. Il faut savoir que cette partie du

monde est totalement fermée à la presse internationale,

encore plus à la presse algérienne. Ce voyage n’aura finalement

pas lieu pour des raisons purement techniques.

“Il ne faut surtout pas croire que Nabil était un casse-cou.

Non, c’était un véritable professionnel”, précise Ouahab

Hebbat, patron de New-Press.

Mais Ouahab ne peux cacher sa préoccupation au sujet de

la perte tragique de son fidèle ami. “Nabil était plus qu’un frère

pour moi. Je ne peux concevoir qu’il soit décédé des suites

d’une crise cardiaque. Nabil a évité de me le dire, mais je sais

aujourd’hui qu’il été passé à tabac quelques mois avant sa

mort. Il en a gardé des séquelles qui se sont avérées fatales.

D’ailleurs, c’est parce que sa mort a été jugée suspecte que

son corps a été autopsié. Mais nous attendons toujours les

résultats de cet examen…”, note Oauhab qui soutient que son

ami est une énième victime de la hogra.

 

T. H.

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