Abdelaziz Bouteflika à la conquête du Far West (2ème partie)

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Comité de soutien à Bouteflika


Sous la bannière de cet ex chef de l’Etat, le pôle « national-islamiste », actuelle majorité présidentielle, regroupe déjà le RND, Rassemblement national démocratique de Ahmed Ouyahya, les islamistes présumés « modérés » du Hamas et de Nahdha, et le groupe dissident ‘’Redressement’’ du FLN. Le MCB,
Mouvement Culturel Amazigh des Aurès qui a lancé un appel « Enfants de la Kahina, de Benboulaid, de Jugurtha et de Takfarinas, choisissez l’homme de la réconciliation nationale, M. Abdelaziz Bouteflika, dont l’histoire retiendra l’initiative louable de la visite qu’il a rendue à la famille du père de la Révolution, le chahid Mustapha Benboulaid, sa visite au tombeau du roi Massinissa, tombé dans l’oubli, ainsi que son initiative de constitutionnalisation de la langue amazighe. » Ironie de l’histoire, si Ben Boulaid entend cet appel, il se retournera deux fois dans sa tombe. Que Boutef aille d’abord se recueillir devant la sépulture du jeune Massinissa Guermah tué par la gendarmerie !

Un autre parti, UDR, l'Union pour la Démocratie et la République, récemment créé par Amara Benyounés, ancien numéro deux du RCD, et représentant de Bouteflika  pour la France s'est exprimé en faveur du vote, en appelant ses partisans à soutenir la candidature du président Bouteflika pour un second mandat « M. Abdelaziz Bouteflika est le seul concurrent susceptible par son ancrage populaire et son discours politique de consacrer le projet d’une Algérie moderne, démocratique et républicaine. »

 

Campagne électorale

 

Une campagne électorale sous couvert de violence  a déjà fait des dégâts. Des jeunes transportés dans des autobus, exhibant des portraits de Boutef, drapeaux nationaux, armes blanches ont saccagé des permanences des candidats, perturbé des meetings, incendié les  lieux où devaient se tenir des rassemblements. Quant à Boutef lui-même il jette l’anathème, insultes, graves accusations à l’encontre des journalistes, de la population kabyle et  incitations à la haine, ‘’Appel à la Fitna’’

 

·        Benflis, la coqueluche du FLN fossile et serviteur de Bouteflika

 

 « Benflis, déjà porté par un parti hybride, d'essence conservatrice (…) s'est opposé aux plus importantes initiatives de redressement national, a imposé l'article 120 qui est l'une des causes de l'explosion d'octobre 1985 » a-t-il noté le MDS de El Hachemi Cherif.

Il esquisse  autour de lui un pôle « démocrate-républicain » qui commence à prendre forme avec le FLN frondeur, le CCDR, Comité des citoyens pour la défense de la République du commandant Azeddine, de Abdelhak Bererhi, le FD de Sid Ahmed Ghozali, l’ANR de Rédha Malek, le MLD de Soufiane Djilali, sans doute le Wafa de Taleb Ibrahimi, plusieurs associations, et probablement le Rassemblement pour la culture et la démocratie de Saïd Saâdi.

 

·        Said Saâdi, l’homme de toutes les alternatives présidentielles

 

Saïd Saâdi, psychiatre et président du RCD dira au Foutour Essabah (Breakfast) que « si le boycott était susceptible de renverser la situation, il serait alors une carte à ne pas négliger. Or, Bouteflika ne renoncerait jamais au pouvoir, même si le taux de participation était de 2% . Donc, le boycott n’est qu’un chèque en blanc (offert au président). On pourrait, toutefois, parler d’ajournement, mais il faut dans ce cas faire recours au dialogue afin de trouver le meilleur moyen pour assurer une élection propre et intègre ».

Les ex-camarades du mouvement des citoyens, regroupés en coordination dite ‘’anti-dialoguiste’’, proche du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du Dr Said Saâdi, candidat, mènent campagne en faveur du vote en Kabylie. Leur argument est que « la non-participation de la Kabylie au vote profiterait indirectement au président Bouteflika, tout en pénalisant le chef du RCD, dont une bonne partie de l'électorat se trouve dans cette région, qui est en dissidence ouverte depuis le 18 avril 2001, date de l'assassinat du jeune lycéen Massinissa Guermah. »

 

·        Saâd Abdallah Djaballah,  la dérive totalitaire islamiste

 

Dans les années 70, dans son association «la Djamaâ islamique» : confrérie islamique, il s’était assigné comme objectif de s’opposer résolument au foisonnement d’idées colportées par les courants laïco-communistes, d’une part et œuvrer, sans retenue en vue de consolider et de donner une impulsion vigoureuse à la réhabilitation de la doctrine islamique parmi le peuple algérien. Nourri de cette haine envers une autre vision des choses, il fait savoir aux gens de Bgayet lors de sa campagne électorale que le berbère doit s’écrier en caractères arabes. En somme, il se hisse en académicien, en linguiste en calligraphe ce jeun homme né le 02 mai 1956 à Zéramna, dans la commune de Tamaloust, Wilaya de Skikda. Et pour se montrer qu’il est du côté des kabyles, il exhibe un poster des 123 martyrs du printemps noir de 2001.

Le représentant du courant islamiste qu'est Abdallah Djaballah  veut maintenir le système islamique par la caution électorale. Et cela pourrait entraîner de lourdes conséquences. La sous-estimation des dangers de l'islamisme est une responsabilité à ne pas négliger. N’oublions pas que la vraie raison d'être de l'islamisme est l'opposition fondamentale à la démocratie. Des exemples édifiants le montrent largement : hostilité à toute évolution du statut de la femme, à la réforme de l'école, de la justice, à la refondation de l'identité nationale.

 

·        Louisa Hanoune, première femme candidate à la magistrature suprême en Algérie.


Cette dame native de Chekfa à Jijel aura juste 50 ans à la veille du scrutin du 8 avril 2004, s’inscrit dans la lignée de l’extrême gauche française (
identique à la Lutte Ouvrière de Arlette Laguiller), et dans l’Internationale prolétarienne, ouvertement contre la mondialisation. Son rêve consiste à faire du PT un parti des «masses populaires». Militante féministe, elle s’installe à Alger en 1980 et intègre l’Organisation socialiste des travailleurs (OST, clandestin) en 1981. Incarcérée en 1983, elle est libérée en mai 1984. L’OST, dont elle devient présidente en 1990, se transforme en Parti des travailleurs. En 1991, elle prône le boycottage du scrutin législatif et affirme son opposition à l’annulation du premier tour. Partisane d’un « dialogue sans exclusive incluant le FIS », elle figure parmi les signataires du Contrat de Rome en 1995. En 1997, elle est élue députée. Son bagout et son franc-parler suscitent la sympathie. En 1999, elle ne parvient pas à réunir les 75 000 signatures nécessaires à sa candidature. Évidemment, sa base électorale est celle des « travailleurs ». Elle est la première femme candidate à la magistrature suprême en Algérie.


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Ali Faouzi Rebaïane, le serment de novembre 54


Né le 24 janvier 1955 à Alger, Rebaïane est le fils de la célèbre figure de la guerre de libération Fettouma Ouzeguane. Opticien de profession, lui aussi est incarcéré dans les années 1980 pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Condamné à treize ans de prison, il est libéré par une grâce présidentielle en avril 1987. Il présidera ensuite le Comité national contre la torture et les disparus. Ce combat pour les droits de l’homme l’incitera à fonder son propre parti, AHD 54 (Génération 1954), en mars 1991.

 
3 Rejet de l’élection du 8 avril 2004

 

Le MDS a réaffirmé en revanche son « rejet de ce processus électoraliste en tant qu'il ne porte dans son ventre que le danger d'une dérive totalitaire islamiste ou le maintien d'un statu quo qui ne fera qu'alimenter la crise ». Il a appelé tous «ceux trompés par Bouteflika à lui refuser leur soutien, de manière à éviter au pays une épreuve de force aux conséquences redoutables ». En cas de réélection de Bouteflika, l’inquiétude porterait sur l’éventuel prolongement de sa gestion monarchique de l’état algérien, ainsi que la continuité de sa gestion incompréhensible et répressive de la crise en Kabylie.

Plus grave, l’avenir de la presse indépendante, déjà fragilisée par les conséquences de la décennie noire, est en péril : le bâillonnement de la liberté d’expression, l’octroi de lourdes peines et d’amendes, considérables à des réprobations illégales.

 

La plupart de la presse a constaté l’absence de candidats dans cette course électorale avec des programmes en mesures de faire sortir le pays du chaos : un taux de chômage en augmentation, des investisseurs étrangers absents aux rendez-vous faute d’un système bancaire inapproprié, non conforme aux normes internationales. Rajoutant à cela une bureaucratie oppressante, obstacle pour un décollage économique.

 

4 la Kabylie mobilisée contre l'élection présidentielle du 8 avril.

 

La situation en Kabylie se dégrade en crescendo et plus encore depuis le début des événements du printemps noir, en avril 2001 (et le comble l’élection présidentielle se déroule en avril 2004 !). La Kabylie ne cesse d’être le dindon de la farce. Elle est la cible d’assassinats politiques, d’emprisonnements, d’isolation sur la scène politique nationale, et d’une propagande visant à réduire la personnalité des kabyles, les désignant comme indépendantistes  comme (ETA ou FLNC de l’Algérie).

Le mépris de la cause kabyle est tel que Bouteflika défie les populations locales en se déplaçant à Tizi Ouzou seulement à la veille de l’élection présidentielle. Faut-il rappeler l’incapacité du gouvernement à trouver des solutions pour permettre à cette région de sortir de la marginalisation et de l’oubli. Et de lui redonner la place qui revient à une région riche de toutes ses potentialités tant humaines que naturelles.

 

La tendance ‘’dialoguiste’’ des comités de village kabyles, dont les négociations avec le gouvernement ont été interrompues à cause d'un désaccord sur l'officialisation de la langue berbère est passée à l'action, dans le cadre de ce que ses animateurs qualifient de ‘’campagne anti-vote’’. « Tant que la plate-forme d'El Kseur* n'est pas totalement satisfaite, nous demeurons opposés à toutes les initiatives du pouvoir mafieux et assassin », expliquent les animateurs de ce mouvement, justifiant ainsi le choix du boycottage de la prochaine présidentielle.


Cependant, les partisans du boycottage ne sont plus aujourd'hui les seuls sur le terrain, comme en 2002. Le Front des Forces Socialistes (FFS) du leader historique Hocine Ait Ahmed, formation politique à ancrage populaire, a tranché depuis longtemps la question de l'élection présidentielle, en appelant au boycottage. Son président, qui a défendu l'idée d'une phase de transition politique, avec le report de l'échéance électorale jusqu'au mois de décembre, a qualifié le vote du 8 avril prochain de « mascarade dont le résultat est connu d'avance », à savoir la réélection du président en exercice Abdelaziz Bouteflika. «  L’exclusion de l’opposition réelle, la mise au pas de l’administration, le monopole exercé sur toutes les institutions de l’État, la dilapidation des biens publics, le harcèlement exercé sur la presse privée, la fermeture du champ politique et le maintien de l’État d’urgence », il vise également à asseoir un nouvel ordre politique. « En configurant une façade pluraliste, le pouvoir a choisi des candidats triés sur le volet dans le seul but de cautionner cette énième mascarade électorale. Il vise à imposer, une nouvelle fois, un chef d’État, recomposer le champ politique par le mensonge et la manipulation pour fabriquer une opposition factice et réaliser les pôles politiques et programmés par les laboratoires », note t-il le FFS à la réunion de son Conseil National. Le FFS réaffirme la nécessité de l’élection d’une assemblée constituante et appelle ses militants et ses élus à se mobiliser pour « élargir et consolider la dissidence citoyenne pacifique ».

 

Forum


L’Union des kabyles de France, UKF, s’est distinguée de son refus à l’élection présidentielle. Quant au MAK de Mhenni Farhat  « réitère son appel aux candidats à la présidentielle de ne pas faire campagne dans cette partie meurtrie du pays et de laisser les Kabyles boycotter dans la quiétude ce scrutin. Le peuple kabyle aspire à une consultation sur son avenir propre, son autodétermination plutôt que sur le renouvellement systémique et des chaînes politiques qui le ligotent à travers les diverses élections du pouvoir. »

Le MCB se joint aussi à ce camp de refus de la tenue du scrutin. Ainsi que l’ABK, Association des blessés de Kabylie qui dit en substance « Pourtant, depuis le soulèvement du Printemps noir qui a fait 123 morts et plusieurs centaines de blessés, la Kabylie n’a de cesse de crier haut et fort son refus de cautionner les parodies électorales algériennes qui n’ont pour finalité que la perpétuation d’un régime autoritaire, hostile aux revendications kabyles. »

 

Nacer Boudjou

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