Abdelaziz Bouteflika à la conquête du Far West (1ére partie)

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 « L’élection présidentielle du 8 avril 2004 est comparable au référendum organisé sous l’autorité française pour consacrer l’indépendance du pays. »

( Ose dire  Bouteflika  lors de son récent passage à Bgayet)

 

A quelques jours de l’élection présidentielle en Algérie, la question qu’on se pose : Faut-il voter ou non ? Et voter pour qui ? Pour quel candidat et pour quel programme politique ?

 

De prime abord, en Algérie, le paysage socio-politique et culturel ne correspond à  aucun connu sous des sphères proches de l’Algérie, nos voisins méditerranéens, cela sous-entend, l’Espagne, la France, l’Italie, (la Tunisie et le Maroc) à des degrés moindres. Où la gauche dispute avec la droite les siéges à pourvoir aux cantonales, aux régionales, au parlement et aux européennes. Où la liberté d’expression et toutes les libertés qui en découlent sont de vigueur. Et les droits de l’homme ont le droit de cité. Où une démocratie consacrée impulse le rythme de la vie citoyenne. Où les électeurs font confiance à leurs partis sociaux qui réalisent leurs aspirations. Ces électeurs expriment leurs convictions et leur engagement politique, en glissant leur bulletin dans les urnes.

Pour arriver à ce stade, ces  pays-là ont connu un islam expansionniste, envahisseur parti de la péninsule ibérique, pillages de leurs biens, incursions sarrasines, pirateries, razzias ottomanes, et aujourd’hui, la mobilisation des filles des travailleurs émigrés pour le port du foulard islamique en milieu scolaire, les cellules de kamikazes fanatiques à la solde de Ben Laden et consorts. Ces pays-là ont connu aussi l’Inquisition, l’autodafé, la vindicte populaire, la servitude, l’esclavagisme, le catéchisme, l’ordre ecclésiastique, le colonialisme, l’oligarchie, les pogroms, la discrimination, l’exploitation, l’occupation, l’extermination massive des populations, les camps de concentration, la déportation, les chambres à gaz… Ces pays-là en ont tirés des leçons, à travers des siècles, qui se traduisent par des chartes constitutionnelles républicaines, le pouvoir civil par les urnes, la liberté d’entreprendre, de s’organiser, la séparation du pouvoir religieux du politique, la sécularisation (laïcité) de la société, l’enseignement des sciences modernes, une économie dynamique, et la souveraineté.


La classe dirigeante de l’Algérie de 2004 est loin de faire des analyses concrètes. De jeter de nouvelles bases pour une société moderne, libérée de tous les carcans patriotiques, nationalistes, passéistes, obscurantistes… Sur lesquels paradent des faux héros de la guerre d’indépendance nationale, des caporaux- généraux des batailles perdues et imaginaires. Sa population sensée former une gauche rénovatrice ne se retrouve pas. Elle roule son gros caillou comme Sisyphe. Un contrepouvoir porteur d’une alternative possible n’a jamais pu s’organiser loin des machinations policières. Une classe sociale dépourvue d’une conscience culturelle, politique. Les forces éventuelles pour barrer la route à la bêtise humaine s’effritent. La diaspora, si elle n’est pas pourchassée, elle fuit son ombre, elle se vide de sa substance créatrice. Tandis que l’islamisme à la faveur des catastrophes naturelles : séismes, inondations… rameute les démunis en leur promettant l’apparition d’un Messie. En plus, cet Islam des enfers et des paradis perdus des Hourris*, des fleuves où le miel et le lait coulent à fleur de l’eau aromatique, est courtisé par les décideurs au détriment de la reconnaissance de l’identité linguistique et culturelle Amazighes. Et à la vue de tous, les conservateurs, les nationalistes gangrènent la société entière par leurs pratiques obsolètes. L’amnésie s’empare des mémoires collectives, aliène la personnalité individuelle.


Tout le parcours politique de la nation livrée à elle-même est de mauvaise augure. Les présidents qui se sont succédés n’ont inauguré que la médiocrité institutionnelle et une économie vagabonde. Leurs gouvernances se sont mises en longue queue, depuis l’avènement de la ‘’démocratie titubante’’ au lendemain du 5 octobre 1988 le  ‘’chahut des gamins’’ ?

 

1     Les présidents successifs

 

  • (Hadj-Colonel) Chadli Bendjedid, allié potentiel des islamistes

 

Ce résident de Bousfer se succède à lui-même après un bain de sang, sacrifiant des centaines de jeunes algériens à fleur de l’âge sur la place publique, en lâchant des chars, comme des fauves dans les cirques romains. Il plébiscite le FIS, parti islamiste d’essence fasciste, terroriste, nihiliste, né du terreau éféléniste ‘’Barbu-FLN’’. L’ex colonel Chadli concocte la victoire de ce parti de Abassi Madani avec la bénédiction de Sid Ahmed Ghozali, de Larbi Belkheir, respectivement chef du gouvernement et ministre de l’intérieur de l’époque, en truquant le découpage électoral, les listes électorales. L'Algérie a basculé dans le totalitarisme intégriste, lors des élections avortées du 26 décembre 1991.

 

  • Mohamed Boudiaf, de sa briqueterie de Kenitra à la Maison de Culture de Annaba

 

Le HCE institué après le coup d’état du 11 janvier 92 par l’oligarchie militaire fait appel à Mohamed Boudiaf vivotant de sa briqueterie au Maroc. Il vient à la rescousse des militaires et de leurs collaborateurs pour légitimer leur acte anticonstitutionnel et décider de l’avenir de la nation au bout du gouffre. Une nation qu’il ne connaît plus depuis son exil à l’Ouest. Puis, le 29 juin 1992, Boumaârafi Lembarek dit Abdelhak, sous-lieutenant du GIS sensé le protéger lui vide son chargeur dans la nuque dans une maison de culture à ‘’la Cité des Dieux’’ de Saint Augustin. C’est ainsi que finissent les héros de la guerre d’indépendance !

 

  • Ali Kafi, qui ne partage son whisky avec personne même avec Feu Abane Ramdane.

 

Ali Kafi, ex colonel de la même région, c’est à dire Annaba, succède à Boudiaf en juillet 1992. Revendiquant implicitement la paternité de la création des premières milices en 1994, il avait alors appelé les anciens combattants de la guerre de libération à s'engager dans la lutte contre le terrorisme-islamiste pour humilier les troupes de l’ANP, sous l’autorité du chef d'état-major, Mohamed Lamari, et le général major Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense, avec qui il siégeait au HCE. Et on connaît les exactions: kidnappings, exécutions extrajudiciaires, tortures… dont ils sont auteurs ces supplétifs (GLD, miliciens et patriotes pour asseoir leur crédibilité !) .

 

·        Liamine Zeroual et Betchine, le géniteur du RND (un bébé né avec une grosse moustache à la Boumediène)

 

Liamine Zeroual, ministre de la défense prend la place de Khaled Nezzar en juillet 1993. Le HCE (Haut Comité d’Etat) dont sa mission arrive à expiration en décembre 1993 organise une conférence nationale de consensus les 25 et 26 janvier 1994, qui décide  d’une période transitoire. Le HCS (Haut Conseil de Sécurité)  prend la relève et nomme ce général natif des Aurès, en tant que chef de l’Etat. Il organise le 16 novembre 1995, une élection présidentielle ‘’Multipartiste’’ dit-on !  Où des candidats légitimistes des partis d’opposition rentrent dans le bal électoraliste : Saïd Saadi, Nouredine Boukrouh, Mahfoud Nahnah. Sans surprise, le général Liamine Zeroual l’emporte avec 61,01 % des suffrages exprimées devant  des candidats qui ont joué aux clowns dans le ‘’Cirque Amar’’ : Nahnah 25, 58%, islamiste du parti HAMAS.

Le général Mohamed Betchine, conseiller de ce chef de l'Etat contrôle en effet le RND, le parti présidentiel créé sur mesure en 1995 pour l'élection de Liamine Zeroual. Il est fort de ses anciens réseaux, assuré de véritables «services» parallèles. Accusé d’instrumentaliser le pouvoir à des fins privées, puis par la presse de racket et d'enrichissement personnel. Hicham Aboud, qui fut chef de cabinet de Betchine, ancien commandant des services de sécurité, l'avait accusé d'avoir pratiqué la torture durant les événements d'octobre 1988. Il démissionne en entraînant avec lui  Liamine Zeroual qui rend le tablier le 11 septembre 1998.

 

  • Abdelaziz Bouteflika, le président des affaires étrangères en pays étranger.

 

Ce natif de Oujda (Maroc) a été proclamé officiellement président de la République algérienne avec 73,79% des voix. Le candidat officieux de la hiérarchie militaire, était seul en lice après le retrait des six autres prétendants qui avaient dénoncé la fraude généralisée : Ahmed Taleb Ibrahimi, indépendant soutenu par le FIS, Abdallah Djaballah, le candidat du Front des Forces Socialiste, Hocine Aït Ahmed, le réformiste Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, ancien Premier ministre et l'indépendant Youcef Khatib. Le ‘’canasson’’ de Nezzar est déjà considéré comme le favori, l'emporterait. Les Algériens ont largement craché sur les urnes. L'opposition a demandé l'annulation du scrutin où la participation est moins de 20%. En Kabylie, fief de l'opposition des socialistes et des libéraux berbères, elle n'aurait pas excédé 5%. La seule véritable surprise aura été le front commun des candidats et des électeurs affiché face à un pouvoir militaire accusé de manipuler les urnes.

 

2 Election présidentielle du 8 avril 2004.

 

·        Les  6 candidats

 

Quel scénario joueront les six candidats, ayant franchi l'obstacle du Conseil constitutionnel  sous Mohamed Bedjaoui ? Le président sortant Abdelaziz Bouteflika, d'Ali Benflis, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) et d'Abdellah Djaballah, président du Mouvement de la réforme nationale (MRN, islamiste), de Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des travailleurs (PT, extrême gauche), de Saïd Saâdi, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, et de Faouzi Rebaïne, leader de la petite formation politique Ahd (Serment) 54.

 

A cette élection participeront deux candidats issus du sérail Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis qui, l’un en tant que chef de l’Etat et l’autre en tant qu’ex chef du Gouvernement, portent la responsabilité des massacres du Printemps Noir de 2001 perpétrés par le corps de gendarmerie en Kabylie. Dans un état de droit, ces deux postulants à la magistrature suprême auraient eu à répondre de leurs actes. Quant aux autres candidats en lice, ils ne serviront qu’à légitimer la régénération de la secte dirigeante.

 

·        Abdelaziz Bouteflika et sa feuille de choux électorale

 

Le président sortant réprime sans garde-fous, fait peser des pressions terribles sur l'Etat et la société, dans le silence douteux des institutions et des appareils répressifs. Il signe à blanc des chèques  avec les émirs des  maquis islamistes, avec les partisans d'un Etat totalitaire. Il a le culot de dire ce qui suit : « Le 16 avril 1999, la majorité des électeurs m’avait accordé sa confiance pour mettre en œuvre un programme qui se résumait en trois objectifs essentiels à savoir, ramener la paix civile et promouvoir la réconciliation nationale, remettre l’Algérie au travail après les grandes difficultés qu’elle avait traversées, et enfin, rétablir la place de notre pays dans le concert des Nations. Cinq années durant, je me suis attelé avec vous, à restaurer la paix dans notre pays grâce à une lutte implacable contre le terrorisme, grâce à la Concorde civile et grâce à nos efforts constants pour promouvoir la réconciliation nationale. » Quelle majorité, à partir du moment les électeurs n’ont pas voté ou très peu et les candidats se sont retirés de la course présidentielle ? Quelle paix lorsqu’une Nation avec son armée, sa gendarmerie, sa police, ses moyens tant humains que matériels capitule devant une bande de voyous islamistes-terroristes, égorgeurs de bébés ? Lorsque ses mêmes forces militaires retournent leurs armes sur une population qui demande une justice et la reconnaissance génétique amazighe. Résultat un génocide en terre de Berbérie. Ce sanguinaire de Bouteflika est passible des tribunaux internationaux pour crime contre l’humanité, c’est un Nuremberg qu’il lui faut. Quatre grands chefs d’accusation sont retenus: plan concerté et complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce dernier crime, imprescriptible, est défini par la volonté systématique d’exterminer une population du seul fait de son appartenance ethnique.

 

Et de continuer son aboiement « Cinq années durant, nous avons également œuvré ensemble à transformer l’Algérie en un vaste chantier aux réalisations nombreuses et indéniables. » Il faut entendre, un vaste charnier, des centres pénitenciers, des hôpitaux sans équipements et médicaments, le retour des épidémies : le choléra, la peste, la variole qui anéantissent des populations entières, les jeunes qui fuient le pays, quémander la protection outre-mer et qu’on renvoie par charters, la prostitution qui envahissent les trottoirs, les familles sans-abri, le trafic de stupéfiants… Où est l’espoir tant attendu ?

 

« Chacun peut s’organiser et s’exprimer dans le cadre de ses droits civiques et politiques, dans le droit à la différence, dans le respect de l’autre et, toujours, dans le strict respect de la Constitution et des lois de la République (…) Il nous appartient d’œuvrer à son développement dans le respect du droit légitime à l’opposition, comme un canal d’alternance politique pacifique passant par le libre choix du peuple souverain.»  Cet intrus d’une élection ‘’Taiwan’’ a brouillé les pistes de l’opposition majoritaire en saccageant ses permanences, en mettant ses militants en prison, en renforçant un parti fossile au détriment des formations politiques qui ont un ancrage populaire.

 

Plus loin il souligne que « Les droits et libertés individuelles et collectives continueront d’être protégés par la Loi qui est au-dessus de tous et dans le cadre des droits et devoirs de chacun. Les efforts engagés ces dernières années déjà pour consolider le respect des droits de l’Homme seront poursuivies. » Est-ce vrai toutes ses phraséologies  déclamées par le petit président ? Quand on sait qu’il a commis des transgressions à l’encontre de la presse indépendante, des avocats, des députés, des enseignants, des éditeurs… que la police a tabassé, humilié, malmené,  contraints de payer des dettes inventées.

 

Concernant la question identitaire berbère: « Nous oeuvrerons également à promouvoir la culture et la langue amazighes que l’Algérie s’est constitutionnellement réappropriées. Les mesures déjà engagées dans le domaine de l’enseignement de la langue nationale amazighe seront mises en œuvre activement. La culture amazighe s’épanouira, prise en charge par l’Etat avec le concours de la société. Ce tabou enfin brisé, l’Algérie s’investira à faire de la dimension amazighe de son identité un facteur supplémentaire d’unité nationale et de rayonnement dans le Monde. Soucieux de réconcilier les Algériens avec eux-mêmes et de renforcer leur union sacrée, j’entends poursuivre par la voie du dialogue déjà entamé, le règlement définitif des séquelles des tragiques événements qui ont secoué la région de la Kabylie. J’entends le faire avec le soutien de toute la Nation pour panser les blessures des familles de nos victimes, rétablir la paix civile pour nos compatriotes dans cette région, et consolider l’unité et la stabilité nationales. »

                 

Tout est bien dit ! Nous en sommes où maintenant ? Le non-recevoir de la marche d’Alger, la plate-forme d’El kseur non satisfaite, la non-officialisation de la langue berbère, l’avortement du dialogue gouvernement-coordination des citoyens.

 

Quant à l’option islamique, elle est constante sinon évolutive « nous oeuvrerons davantage à promouvoir les valeurs de l’Islam, religion de l’Etat, religion de tolérance, de progrès, d’humanisme et de fraternité. » D’abord la religion n’est jamais une propriété de l’Etat, elle appartient à celui qui croit à une divinité et qui l’adore. La vie métaphysique céleste relève d’une liberté individuelle et cela nécessite aucun ministère. Pourquoi privilégier l’Islam, alors qu’il y’a d’autres croyances monothéistes (Christianisme, judaïsme) à l’instar de la Tunisie et du Maroc qui les consacrent, et que les citoyens algériens pratiquent en cachette. Et n’en déplaise aux directeurs de la conscience religieuse, il existe des athées, des agnostiques qui ne s’angoissent pas devant l’absence d’une déité quelconque. Quel humanisme, quelle fraternité, quelle tolérance quand on ouvre un journal, de voir que tous les attentats odieux commis contre des civils sont l’œuvre de musulmans (islamistes, fondamentalistes, fanatiques musulmans, intégristes, extrémistes, peu  importe, ils se prosternent tous devant Allah, et on ne fait pas d’amalgame) : Le Liban, le Kenya, le 11 septembre 2001, Madrid, l'Inde, Bali (plus belle île d'Indonésie, île tolérante, hindouiste), les attentats du GIA à Paris, l'avion d'Alger qui devait exploser au-dessus de Paris. Politique de la terreur à l'encontre des ‘’kafirs’’. Ces attentats qui heurtent nos sentiments d'humanité sont encouragés par les plus hautes autorités de l'islam, ayatollahs iraniens, imams saoudiens, émirs vivant en Angleterre, en Allemagne, des personnes qui ont étudié minutieusement le Coran (et qui dans le cas des Saoudiens le comprennent mieux que quiconque puisque leur langue est la plus proche de celle du Coran).


« Dans le
même sillage, la formation des imams sera renforcée tout comme seront réhabilités le rôle et la place des zaouïas au service de l’Islam et de la société. Nous continuerons aussi d’œuvrer à promouvoir le rayonnement de la civilisation arabo-musulmane dans notre pays et dans le Monde comme un patrimoine auquel le peuple algérien a tant contribué à travers les siècles. »
N’est-il pas vrai que c’est un Mollah qui s’adresse à ses fidèles ? A vrai dire, il nous manque que des imams pour propager davantage un islam dangereux ! Et qui mal manipulé explosera à tout moment sur des cibles visées. Notre diplomate et consultant des pays du Golfe développera ses zaouïas pour former des Talibans !

Nacer BOUDJOU

Publié dans Politique

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