Premiers Nord Africains (Algériens) en France

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Dès 1870, des Algériens servaient dans les régiments de spahis pour la défense de Paris. En 1905, viennent les premiers ouvriers algériens en France, surtout des Kabyles, originaires de Bgayet-Bejaia (Bougie) et de Tigzirt (Kabylie maritime). Ils s’étaient installés sur la rive nord de la Méditerranée, en travaillant principalement dans les huileries marseillaises (savonneries et docks). En 1912, on estime à 5 000 leur nombre, dont une majorité de Kabyles. 1 500 étaient employés dans les usines et les mines du Nord et du Pas-de-Calais, une autre partie était employée dans la région parisienne, à la raffinerie Say et à la construction du Métropolitain. Après 1913, le nombre d’immigrés Nord Africaine atteignait 30 000.


Durant la Grande Guerre (1914-18), soit plus de 132 000 Nord Africains travaillaient en remplacement des Français dans les fermes et les usines d’armement. Après le premier conflit mondial, la plupart des 100 000 hommes qui avaient souvent été amenés de force furent renvoyés sans plus d’égards. Leur nombre est alors passé à 36 300 en 1921, pour remonter à 69 800 en 1926. Malgré leur nombre corrélativement peu élevé par rapport aux autres populations d’immigrations, les Nord-africains sont officiellement 84 600 en 1936.


Recrutement


En Algérie, l’Etat procéda par réquisition au recrutement des travailleurs immigrés, conformément au (décret du 14 septembre 1915), fixant les pourcentages utiles, en arrêtant l’immigration individuelle libre. Ces travailleurs devaient obligatoirement se nourrir dans une cantine. Les récalcitrants étaient passibles du conseil de guerre. Ils se regroupaient souvent par affinité villageoise pour atténuer les souffrances de l’exil.


Des migrations d’ouvriers français musulmans d’Algérie, comme on les appelait alors, ou indigènes, au profit de Société des Aciéries de Lorraine, ont eu lieu avec le concours de hautes autorités militaires et municipales, dans des conditions vraiment attristants qui illustrent l’intérêt d’une réglementation des migrations ouvrières françaises. Cette migration a été organisée avec le concours de la fédération nationale des Nord-africains de France (une façade du Comité des Forges), le comité des Amitiés africaines « Dar el Askri » (organisme semi-officiel, qui fonctionne avec des concours militaires et qui siège place de la Régence , à Alger). Il a été fondé par le maréchal Franchet et d’Esperey et est présidé par le général Odry, la municipalité d’Alger, qui élue en 1935, avec l’étiquette « Croix de Feu », a comme maire M. Rozis, ancien directeur des Affaires des territoires du sud.


Arrivée en Lorraine


A leur arrivée en Moselle, ils sont visités par le médecin de la société, de façon d’ailleurs très sommaire (même les mutilés de guerre). Cette visite médicale, elle encore, est à leurs frais et non à la charge des employeurs. Selon les nécessités des entreprises de la société, ils furent dirigés d’office vers les usines ou les mines de Moselle. Là, on ne se soucia pas de leur métier : dans la mine, ils devinrent pelleteurs ou piocheurs. Il fallut acheter à crédit casque de mineur, lampe et outils, etc.

 

 

Il fait froid en Moselle, surtout pour des Algériens partis en sandales et vêtements de coton. Il y a eu des défections dès les premiers jours, et aussi des protestations. D’autant plus que ces travailleurs ne savaient pas quand ils seraient payés, quand ils pourraient envoyer à leur famille la manne tant attendue. Ils devaient loger dans les locaux, manger au réfectoire de la compagnie et ainsi reverser à la société la plus grosse partie de leur salaire. Ajoutons enfin la surprise de ces Algériens habitués au soleil, conduits à l’entrée des mines, emportant les brancards pour les accidents et s’enfonçant dans les galeries, piochant sans expérience pierre et minerai, revenant exténués au froid mordant pour manger une maigre nourriture.


Embauche


L’embauche sur place donnait souvent lieu à des exactions : « à Thionville, on a signalé, l’existence d’un personnage fort connu qui, chargé du recrutement de ses compatriotes par la direction d’une grande usine, exigeait de substantiels bakchich de la part de chaque candidat. Il fut maintenu dans ses fonctions, pendant plusieurs années, malgré les plaintes des ouvriers algériens. D’autre part, les Algériens qui se présentent dans les services sociaux spécialisés sont soumis à une série d’examens et de tests très rigoureux : interrogatoire minutieux, examen médical sévère, tests psychotechnique précèdent, en cas de réussite, une enquête policière qui peut durer plusieurs jours. »

 

 


On a noté, la méfiance des employeurs à l’égard des Algériens « évolués », dont le critère est à leurs yeux soit la scolarité de l’immigré, soit la possession du certificat d’études. Les indications données par les syndicats sur ce point se recoupent avec celles fournies par les employeurs : ceux-ci refusent plus ou moins systématiquement l’embauche aux Algériens munis du certificat d’études, dans la crainte qu’ils ne s’affirment comme « meneur » de leurs compatriotes.


Nacer BOUDJOU

 

2007, In archive

 

Publié dans Emigration

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