Quand Bouteflika congédie la laïcité et Enrico Macias

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Lorsque le 1er magistrat d’une nation aux antipodes du développement culturel, du progrès social, de la conscientisation de ses citoyens où l’illettrisme est en hausse, ses cadres techniques, intellectuels… s’ils ne sont pas sous terre sont pourchassés, ses journalistes, enseignants, étudiants, et ses chefs d’entreprises placés sous les verrous… le restant désespéré, est recyclé dans les services de l’état. Il ne fera que palabrer avec aisance, pour faire adopter sa charte de paix et de réconciliation « une amnistie générale déguisée. ».


Voyant à la loupe cette pratique inaugurée déjà par ses prédécesseurs ayant prôné un ‘’socialisme spécifique’’. Pour faire avaler des couleuvres aux analphabètes trilingues. Bouteflika a choisi le lycée Ibn Rochd à Blida. Il s’est exercé à la pédagogie en traitant des thèmes chers à ceux qui luttent contre l’obscurantisme et l’utopie islamiste « L’Algérie a vécu une guerre civile entre deux projets de sociétés : les défenseurs d’un Etat théocratique et les tenants d’un Etat laïc. » préluda-t-il.

1) Laïcité aux orties

Bouteflika remet en cause la laïcité, intégrée dans le système social des pays démocratiques, obtenue au prix des sacrifices consentis par des peuples après des révolutions populaires contre le féodalisme, la bourgeoisie, le colonialisme. Il découpe la tragédie nationale en deux parties, pour se placer en milieu et jouer l’arbitre. Une tactique qui fait classe dans un pays sans alternatives. En premier lieu, les seuls qui prônent la laïcité, non comprise encore en Algérie (alors qu’il s’agit de la séparation du pouvoir religieux du politique) est assimilée à l’athéisme, à l’idolâtrie, au paganisme… voir considérée simplement comme profane par les tenants de la religiosité et du conservatisme, sont les deux formations politiques, le RCD et le FFS, à des degrés moindres, le MDS, le PST, le PTT et quelques cercles universitaires, et médiatiques.

Dans un jeu de mots, jeu qu’il cultive au plus haut point pour noyer tous concepts nouveaux, Bouteflika modèle une préférence le maintien de la société algérienne dans le giron islamiste. La laïcité est toujours mal accueillie tant les pensées des dirigeants sont sclérosées « On est pas prêts à vivre dans un Etat théocratique comme on est pas prêts à vivre dans un Etat laïque. L’islam est la religion de l’Etat. » dira-t-il. Sa démarche sans être une idée inédite est calquée sur le ronronnement des confréries, des zaouïas, des sectes terrées à l’ombre des hammams.

2) Les pieds noirs sont les bienvenus ?

En plus de la perche tendue aux enfants des familles de harkis « Nous avons commis des erreurs à l’encontre des familles et des proches des harkis et n’avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancœur, portant ainsi un préjudice au pays » Bouteflika ratisse large, en rédigeant une lettre d’amour aux Pieds-noirs : « Nous voulons qu’ils viennent en Algérie la tête haute. » Néanmoins, il modèle sa feuille de route en ajoutant une mise en garde. « Ceux qui n’ont pas été impliqués dans une quelconque affaire et n’ont à rien à se reprocher sont les bienvenus en Algérie, mais nous restons vigilants »

3) Enrico Macias pourra-t-il venir à Constantine ?

Est-ce vrai ce clin d’œil adressé aux Pieds-noirs, quand on sait que la tournée en Algérie d’Enrico Macias a été annulée illico presto. Une tournée qui devait commencer le 16 mars 2000 par un grand concert à Constantine, la ville où il est né. Puis le recueillement devant la tombe de son beau-père, Raymond Leiris, chanteur du Malouf, assassiné par balles à Constantine pendant la guerre d’Algérie. Une manifestation artistique qui devait se prolonger jusqu’au 27 mars et marquer le premier retour du chanteur dont la famille avait quitté Constantine en 1961, comme la plupart des familles de l’importante communauté juive de la ville. Le lever de boucliers contre l’enfant d’Algérie, de Constantine, plus précisément, a été organisé par l’enfant de Laghouat, en l’occurrence Abdelaziz BelKhadem. Ce chapardeur de l’intégrité de la personne humaine a mobilisé ses troupes en lançant une campagne anti-Macias. Associant quarante-huit imams, le chef du parti islamiste Islah (réforme) des partis islamistes et des personnalités " historiques ". Le porte-parole de ce front anti juif (de l’anti sémitisme primaire) a formulé son refus de la venue du natif de Constantine, capitale de Jugurtha, en dénonçant la normalisation des relations entre Israël et le gouvernement algérien. « Je m’oppose à toute action pouvant contribuer à la normalisation des relations entre l’Algérie et Israël, qu’elle s’inscrive ou pas dans le sillage de la visite de Macias » disait-il alors.

4) Ainsi on devient ministre des affaires étrangères

Ces opposants à Enrico Macias « accusent le président Bouteflika de « maintenir des " contacts secrets " avec Tel-Aviv, depuis qu’il a rencontré des responsables israéliens aux obsèques du roi Hassan II du Maroc (…) cette affaire constitue un revers sérieux pour le président Bouteflika dans sa volonté de mener les Algériens vers la réconciliation et l’Algérie vers la décrispation et l’ouverture. » Françoise Germain-Robin, Journal l’Humanité, 6 mars 2000. Il faut savoir que c’est le président lui-même qui avait invité Enrico Macias et fait de son retour un événement symbolique de l’Algérie qu’il entend construire. Depuis Abdelaziz Belkhadem, 60 ans, considéré en Algérie comme un "islamo conservateur’’ s’arrache des galons. Il est nommé à la tête de la diplomatie algérienne dans le gouvernement d’Ali Benflis, ministre d’Etat, représentant personnel du 1er magistrat et secrétaire général du FLN. On croit savoir qu’il est donné favori comme candidat à l’élection présidentielle de 2007.

 

Nacer Boudjou

23 septembre 2005

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