7 avril 1987, assassinat de Maître Ali Mecili

Publié le

« Ali Mecili est-il assassiné sur ordre de la présidence de la République ? »

 

Les assassinats politiques s’alignent tellement, en longs convois humanitaires au secours des sinistrés de par le monde, qu’on finit par les oublier. En plus, ils soufflent vite, tels des ouragans, à peine captés, ainsi que les magouilles politiques qui se paradent. Ce qui fait, on oublie nos moments de douleur et par-là, on a oublié aussi la liquidation des pionniers du processus démocratique et de la liberté de la presse. J’entends par-là l’élimination le 7 avril 1987 de l’avocat Ali Mecili, à Paris dans le hall de son immeuble du boulevard Saint-Michel.

Il y a 18 ans à Paris, il y a eu mort d’homme à l’entrée d’un appartement en plein boulevard Saint-Michel. Un homme qui n’est pas des moindres. Deux mois plus tard, après son élimination physique, ce militant des droits de l’homme, en l’occurrence Maître Ali Mecili, la police judiciaire a arrêté un suspect Abdel Malek Amellou, un proxénète parisien d’origine algérienne, qui avait en sa possession un ordre de mission qui porte la griffe du capitaine Hassani, identifié officier de la Sécurité militaire algérienne (Police politique, ancêtre de la DRS). Déféré devant la justice, le tueur fut expulsé en procédure d’urgence vers l’Algérie, sur ordre de M. Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de l’époque.

« A l’époque j’étais chargé du dossier du Moyen-Orient au cabinet du général Lakhal Ayat, le directeur central de la Sécurité militaire (la DCSM). Je sais que les ordres sont venus de la présidence de la République. Le général Ayat a eu une réunion à la présidence avec Larbi Belkheir, qui était à l’époque directeur de cabinet du président Chadli et qui est aujourd’hui directeur de cabinet du président Bouteflika. Des instructions lui ont alors été données pour monter une opération contre Mecili. » a-t-il déclaré Hichem Aboud, ancien officier des services secrets algériens dans une interview qu’il a accordé au ‘’Le Nouvel Observateur’’ le 14 juin 2001.

Assassinat crapuleux

Les commanditaires de ce crime ont blâmé Ali Mecili le fait d’avoir en 1985 rapproché Aït Ahmed et Ben Bella, deux figures de la révolution algérienne. Le chef historique Hocine Aït Ahmed venait de reprendre le Front des Forces socialistes, le FFS, et Ben Bella, ex président de la République algérienne avait organisé le MDA, devenu un mouvement d’opposition. Par leur alliance tactique, ces deux leaders constituaient une menace aux yeux de l’oligarchie militaire. Il fallait les paralyser, en étouffant leur projet politique dans l’œuf. Toucher à l’un d’eux, c’est s’attaquer à leur légitimité historique et faire déchaîner les médias et l’opinion internationale. L’astuce pour les intimider était de s’en prendre à l’artisan de leur union.

Ce faisant, puisque aucun officier n’avait accepté cette mission, le capitaine Rachid Hassani doublé de zèle, appartenant à la gendarmerie, avait pris en main l’affaire. On pourrait en savoir plus dans les ouvrages écrits par Hocine Aït Ahmed ‘’L’affaire Mecili’’, et M. Naudy, dans ‘’Un crime d’États’’.

Depuis, l’affaire de l’assassinat s’est tassée et n’a jamais été classée. « En 1992, nous avons frôlé le non-lieu, et je me suis battue pour que le dossier ne soit pas fermé... C’est à la justice de décider. Je ne me vois pas porter plainte, je suis quand même prudente, et cela me semble difficile de partir à l’assaut, comme ça... » a-t-elle dit Mme Anne Mecili, l’épouse du défunt, dans une interview accordée à Algéria Interface le 6 juillet 2001.

Ali Mecili servait le FLN à l’époque du gouvernement provisoire, le GPRA, puis il a dû quitter Alger pour Tunis. On croit savoir qu’il y a reçu son affectation au MALG (Ministère algérien des liaisons générales, l’ancêtre des services secrets algériens). Cette expérience au sein du Malg lui a permis d’assister en fait à la dérive d’un service de renseignement. Quand les services du Malg sont revenus en Algérie, après l’indépendance, il a fini par les quitter. Puis, par le hasard des circonstances de la vie, il est retourné au sein des « services », mais pour servir cette fois son idéal et le mouvement d’opposition mis en place par Aït Ahmed. A ce moment, il emprunte le sentier du combat pour la justice, la démocratie et les droits de l’homme. Avec Aït Ahmed une dynamique démocratique est inaugurée. « C’était un duo qui fonctionnait de façon très efficace, donc dangereuse pour le pouvoir. » Ali Mecili écrivait dans le journal du FFS, Libre Algérie, que la ‘’sécurité militaire’’ était devenue un « État dans l’État. » Il a pressenti la dérive de ces ‘’escadrons de la mort’’. De surcroît, il avait une connaissance approfondie du système et des hommes.

En 1986, il était le premier à dénoncer la torture, les violations des droits de l’homme en Algérie. Il a été le premier à briser le tabou, à lever le voile sur la question. On connaît la suite de l’escalade de la violence, de la répression engendrée par les pouvoirs des bidasses. Il a lancé un cri entendu « d’un bout à l’autre du pays. Comme si l’onde de choc, provoquée par les tentatives de déstabilisation, de décomposition et la répression en Kabylie, avait aujourd’hui de profonds échos dans les villes et les villages de tout notre pays. La révolte d’un pays tout entier face à un régime qui ne sait répondre que par la terreur et la manipulation, à une revendication simple mais fondamentale : vivre dans la dignité. » souligna-t-il Aït Ahmed au 15ème anniversaire de l’assassinat de Ali Mecili, son compagnon de combat. Commission Droit Pénal, (commissions rogatoires-fonctionnement-Affaire Mecili) de l’ Assemblée Nationale Française.

Noël Mamère s’insurge

Le 12 juin 2000, Noël Mamère, Député de Gironde du parti des Verts, appelle l’attention de Mme le Garde des sceaux, ministre de la justice, sur à propos de l’affaire Ali Mecili : Des présomptions nombreuses ont mis en lumière la responsabilité de la sécurité militaire algérienne (SMA) dans l’assassinat de Maître Ali Mecili. Malgré les demandes répétées des avocats de la famille d’Ali Mecili, la commission rogatoire internationale pour interroger ce suspect délivrée seulement en mars 1988, n’a pas été exécutée. Plusieurs années d’instruction judiciaire n’ont pas permis de répondre à toutes les interrogations de la partie civile sur cet assassinat, sur les responsabilités des services algériens et français concernés. Or le dossier n’est pas juridiquement clos et l’instruction est bloquée par l’absence de réponse des autorités algériennes. Il lui demande ce qu’elle compte faire pour que les autorités françaises relancent la commission rogatoire internationale et invitent les autorités algériennes à y répondre conformément aux règles de l’entraide répressive internationale et aux conventions franco-algériennes en vigueur.

A la suite de la demande par Noël Mamère de l’établissement de la vérité sur l’assassinat de Ali Mecili, il s’avère que la demande d’entraide adressée en 1988 aux autorités algériennes est demeurée sans réponse mais également que l’instruction de ce dossier se poursuit. Le 4 septembre 1998, le juge d’instruction en charge de cette affaire a dressé une nouvelle commission rogatoire internationale aux autorités judiciaires algériennes. Cependant, à ce jour, aucune pièce d’exécution de cette demande d’entraide n’est parvenue aux autorités françaises. C’est la raison pour laquelle, les 29 octobre 1999 et 23 mai 2000, le ministre de la justice français a demandé aux autorités algériennes de lui faire connaître la nature des obstacles qui s’opposeraient à l’exécution de cette commission rogatoire. En substance, des demandes d’éclaircissement demeurent tel le silence des cimetières. Cela nous pousse à dire aux décideurs qu’il faut réviser leurs cours de Droit International. Et que leur collaboration avec leurs partenaires mondiaux avec le respect des accords internationaux de coopération judiciaire qui se doit n’est pas du pipeau !

Aït Ahmed plus que jamais  décidé à lever le secret sur cet assassinat

Aït Ahmed n’est pas resté de glace devant ce crime crapuleux, il a saisi toutes les instances internationales. Depuis, il y a eu divorce avec Ben Bella et le MDA (et le comble cet ex président déchu a soutenu le candidat Bouteflika aux présidentielles 2004). Une répression violente s’abat sur tous ceux qui veulent vivre dignement. Cet ordre fasciste et obscurantiste révèle au grand jour son vrai visage, il a transformé notre pays en propriété privée, faisant main basse sur ses richesses tant naturelles, énergétique et qu’humaines.

« Ton exécution, comme celle de Abbane Ramdane, Khider, Krim Belkacem , Mohamed Boudiaf, M’barek Mahiou, Lounès Matoub, pour ne citer qu’eux, a été le révélateur de la nature et des pratiques d’un régime qui tue quand il a peur. D’un régime qui a privé le peuple algérien de son droit à l’autodétermination en éradiquant ses libertés d’expression, d’organisation et de participation. Ton assassinat a été prémonitoire de cet octobre 1988 qui généra tant d’espoir mais qui fut aussi un octobre noir, comme l’anniversaire du Printemps 1980 fut un printemps noir. » a-t-il énoncé Aït Ahmed.

Et à nous d’ajouter, sa mort a été annonciatrice de ce que notre pays connaît aujourd’hui sans devoir jamais sortir de cet engrenage tragique : le génocide de la Kabylie en gommant de la vie des 123 martyrs de ‘’Tafsut Imazighen’’ du printemps noir 2001, de blessés, d’exilés, de suicidés et de familles vivant dans un deuil continuel.

Nacer Boudjou

In archive

 

 

Publié dans Politique

Commenter cet article