Bouteflika, ‘’Catherina’’ du pluralisme démocratique

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D’un meeting à un autre, à Skikda, à Sétif, à Constantine…, le bouffon de la ‘’DRS’’, ajuste ses discours en fonction du particularisme local. A Tizi Ouzou, il en est de même. La pacification effectuée par Ouyahia en courtisant les dialoguistes des fédérations (aarouchs) à leur tête Abrika, a été le balisage de la piste pour l’atterrissage du premier élu de la nation algérienne, l’allié Number One des islamistes. Il est venu exhorter l’électorat récalcitrant à se rendre aux urnes le 29 septembre.

L’invité du Djurdjura

Il a usé de la fibre sensible des kabyles en affirmant au stade de Tizi-Ouzou que « l'amazighité "coule dans nos veines" et "ne doit en aucun cas, ni en aucune manière, être l'apanage d'un quelconque groupuscule ou d'un parti politique ». Depuis quand l’amazighité coule dans les veines de ce mystérieux collaborateur des égorgeurs, des semeurs de la mort ? A-t-il pris une quelconque position en faveur de l’amazighité au cours de sa vie ? Jamais au grand jamais a ce que je sache. « C’est le pétrole du Golfe des émirs qui coule dans ses veines ».
Après des insultes bien nourries envers cette même population de berbères déterminée à aller de l’avant, frondeuse, car elle a été dénaturée, dépourvue de ses racines ancestrales, vidée de sa substance originelle. De surcroît désamazighizée, contrainte de retrouver son identité première. Les Imazighen ont fait de cette injustice, de cette frustration, un fer de lance à leur combat idéologique, philosophique, politique… dans une société plongée dans la tourmente. Ce faisant cela a abouti à des contestations fort musclées dans l’espace urbain. La réponse, c’était l’envoi des sections de bidasses pour « bouffer du kabyle ! ». Voilà où va la trésorerie de la nation, dans les armes de guerre contre la sagesse
la mansuétude kabyle.
Les marcheurs du 14 juin 2001 aux oubliettes

 

Au stade de la JSK, le ministre de la défense, Bouteflika, a oublié « dans ses poches » (expression que lui-même a utilisé lors d’un meeting) les 127 jeunes, fauchés par balles, des milliers de blessés à vie. Il était venu parader derrière ses calicots fleuris à l’emblème national. Ensuite, il a crachouillé en vu de rassembler les puzzles de la composante de le d’identité algérienne, en ajoutant que « l'Islam nous a arabisés, l'arabe est la langue de l'Islam, une religion qui nous a toujours unis dans les moments les plus difficiles de notre histoire ». Historien d’occasion ! Ce n’est pas l’Islam qui a arabisé les berbères, mais la politique de l’arabisation à outrance et l’interdit de s’affermir en tant qu’Imazighen. Un interdit institutionnalisé par l’arsenal du FLN et de l’ALN que la population amazighe a subi. Au Maroc, le peuple amazigh est moins arabisé, car l’appareil répressif est moindre, vu que la nature du pays constitue une barrière aux hordes arabo-islamiques.


Quant à l’unité du peuple algérien, elle s’est opérée au cours de l’histoire, car essentiellement, le peuple dans ses diverses composantes ethniques, religieuses : juives, animistes, chrétiennes… est nourrie de valeurs ancestrales humanistes. Le ciment entre communautés, familles est existant, si ce n’est les extrémismes ethniques, nationalistes, religieux n’ont hissé l’étendard de la haine et du crime.

 

Ce linguiste de Bouteflika a dispersé la manifestation aux portes d’Alger, dans le sang, en utilisant les bénéficiaires de la loi de la concorde civile. Alors que les citoyens marcheurs étaient encadrés par des délégués, porteurs d’une revendication citoyenne et légitime ‘’ La plateforme d’El Kseur’’. Ce mépris des règles élémentaires du droit, ce non-respect de la mémoire, constituent une insulte quotidienne aux victimes, à leurs parents et à l’ensemble des Kabyles et Algériens.

Les kabyles de la débrouillardise

On assiste à l’enrôlement de la philosophie du tribalisme de la brousse sous forme de petits groupes d’assemblées de village. Un noyautage de la démocratie squelettique des citoyens aux aguets est opérée par les agents formés dans les écoles de police à Ben Aknoun. Ces petits groupes sont contrôlés et collés à la hiérarchie de la loge ‘’Ait Ouyahia’’. Déjà, des rumeurs colportées par les bijoutiers de Ait Yani voient en Ouyahia, un futur président, si Belkhadem, le dauphin de Bouteflika s’éclipse, Brika, son chef de gouvernement, Benyounés, son ministre de l’intérieur, général Touati, chef d’état-major, Seriak, ministre des affaires étrangères… Tant que l’idéologie dominante proférée par les tenants du pouvoir en place, qui se solidifie, la donne pourrait être ainsi. Car l’ascension sociopolitique se fait par le rouage du clientélisme, de la débrouillardise, de l’anéantissement de soi, jusqu’à la perte des repères de la personnalité ancestrale. L’école de la démocratie a fait l’école buissonnière pour s’apprendre dans les maquis islamistes, dans les geôles des bourreaux républicains, ailleurs dans l’oubli.

 

Leçon d’histoire géographie


Le premier magistrat de l’état algérien a souligné que « tous les habitants de la Kabylie font partie du peuple algérien et ne sauraient reconnaître une autre patrie que l'Algérie. » Merci président de nous rappeler l’appartenance des citoyens de la Kabylie. On croyait que l’état algérien que vous représentiez a omis de compter cette région dans son développement socio-économique. Et c’est pour autant que la Kabylie est marginalisée, militarisée. Pourquoi la campagne anti-kabyle lancée durant plusieurs décennies ? Parce que les kabyles ne cautionnent pas des ordres érigés sur le piédestal de l’injustice, l’exclusion, la discrimination…


Il a qualifié la région de Kabylie de « cœur battant de l'Algérie ». Les Imazighen d’Algérie, de Libye ou du Maroc, n’ont pas attendu les officiels, pour revendiquer leur identité et promouvoir leur langue. Ce n’est pas par « Il faut franchir l'obstacle psychologique et dire que nous sommes Amazighs » de Bouteflika que les Imazighen sauront ce qu’ils sont.


Cirta, capitale de Massinissa et de Jugurtha


Bouteflika, a affirmé à Constantine, capitale de Massinissa et de Jugurtha, lors d'un meeting dans le cadre de la campagne pour le projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale que « dans "l'intérêt de l'Algérie" l'arabe demeurera la seule langue officielle », et qu’il « Il n'y a aucun pays au monde possédant deux langues officielles et il n'en sera jamais le cas en Algérie où la seule langue officielle est l'arabe ». Ceci, a-t-il poursuivi, « Je ne peux admettre des choses qui vont à l'encontre des intérêts de l'Algérie. Je dois mettre les points sur les i". » Un pavé dans la mare. Pourquoi ces révélations vomies par le chef d’état n’ont pas été dites à Tizi Ouzou ? La langue pratiquée en Islam n’est pas que l’arabe à ce que je sache. Elles sont plusieurs à être utilisé. Au Pakistan, le Sindhi et l’Ourdou.
La Constitution de l’état indien reconnaît officiellement 18 langues et il existe 1 600 langues mineures et dialectes. L'hindi prédomine dans le Nord et le tamoul dans le Sud, mais l'Assamais, le Bengali, le Gujurati, le Kannada, le Cachemiri, le Malayalam, le Marathi, l'Oriya, le Penjabi, le Sanskrit, le Télougou et l'Ourdou sont également fortement employés. L'anglais (anglo-indien) permet la communication entre les Indiens de langues différentes.


Après des accords avec les dialoguistes des aarouchs, on sait que le 17 décembre 1996, le Conseil national de transition (CNT), l’assemblée législative algérienne désignée, votait à l’unanimité une loi sur la  « généralisation de l’utilisation de la langue arabe » qui stipule notamment qu’à la date du 5 juillet 1998 (et en l’an 2000 pour l’enseignement supérieur) « les administrations publiques, les institutions, les entreprises et les associations, quelle que soit leur nature, sont tenues d’utiliser la seule langue arabe dans l’ensemble de leurs activités telles que la communication, la gestion administrative, financière, technique et artistique ».


On croit savoir que comme leurs anciens " maîtres " jacobins de l’Hexagone, les décideurs et les idéologues de l’arabisation, parmi eux Bouteflika, recherchent l’unification linguistique totale du pays (avec la disparition de Tamazight). Car cette langue témoigne d’une Algérie antérieure à la conquête arabe. Qu’il le veuille ou non l’enfant de Tlemcen, capitale du roi Berbère Yaghmoracen, la société algérienne est pluraliste : dans ses cantons, dans ses langues, dans ses conceptions du rapport au passé, à l’avenir, dans ses représentations de l’Occident ou du monde arabo-musulman. Jusqu’à présent, cette diversité tarde à être reconnue comme telle. La reconnaître dans l’intention de vivre coudes serrées entre diverses communautés favorisera l’unité du pays.


Bouteflika a jeté l’anathème sur les langues parlées : le Tachaouit, le Taqbaylit, le Tamzabit, le Tamashekht, le Tachnouit… en bref le berbère dans sa grande dimension, au moment même où celles-ci bénéficient pourtant de l’explosion des antennes paraboliques. Bref, l’arabisation tend à exclure toutes les langues, sauf une : celle précisément que seul le pouvoir parle, en l’occurrence l’arabe.


« Le retour périodique de ces mesures radicales témoigne de leur inefficacité, que les idéologues arabisants dénoncent comme un scandale. Mais qu’est-ce qui est vraiment choquant ? Que l’arabisation ne soit pas " totale ", ou qu’elle symbolise, pour une grande partie de la population, échec scolaire et gâchis ? La politique linguistique d’Alger obéit d’abord, depuis toujours, à des objectifs politiques. En revanche, et c’est regrettable, les autorités ne manifestent aucune préoccupation pédagogique, aucun souci de valoriser l’arabe en profondeur, par la recherche et la réflexion. Voici le vrai scandale : que le pouvoir ne s’efforce pas, dans un univers de langues qui reflète si profondément la pluralité de la société algérienne, à créer cet espace de tolérance, d’ouverture, d’efficacité et de respect des différences qui constitue le cadre même de la démocratie. » 
Arabisation et démagogie en Algérie, Gilbert Grandguillaume, Monde Diplomatique, février 1997.

A des degrés moindres, l’arabe des Syriens, des Jordaniens, des pays du Golfe ou de la Tunisie (bien le berbère n’a pas droit de cité), est un arabe naturel. C’est l’arabe des citoyens de ces pays. Il n’est pas le produit des projets politiques pour dépersonnaliser, vider les citoyens de leur identité. En Algérie, on détourne, on dévie le peuple de ce qu’il est intrinsèquement.


Boycott du référendum de l’amnésie


Tout ce plan de dénaturation se fait sur la toile de fond de la réconciliation. Une procédure pour initier l’impunité et anéantir le moindre espoir d’une paix durable. Tout se fait au détriment des fondements de la Justice globale et impartiale. 

Je tiens à préciser en mon âme et conscience que le boycott est un acte inéluctable pour briser le processus diabolique, inauguré par les alliés de l’islamisme politique, ces barons du régime, cette mafia, ces proxénètes, ces dealers, ces tortionnaires… Je demeure fidèle aux convictions politiques de mes aînés, de mes amis, de mes camarades, de mes collègues abandonnés dans leur sépulture, oubliés au-delà des mers.


Nacer Boudjou

26/09/2005

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