Khmaïes Tarnane, « Le rossignol andalous de Bizerte »

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Khemaïes Tarnane est né en 1894 à Bizerte, dans une famille d’origine andalouse cultivant l’art de la musique et de la chanson dans une ambiance soufie.

 

Dès les premières années de l’école primaire son âme fut acquise à la musique. Il apprit à se servir de divers instruments de musique : le nay traditionnel (sorte de flûte) la mandoline et le luth oriental (roi des instruments orientaux par excellence). Il s’exerça à jouer des mélodies égyptiennes en vogue à l’époque, sans se douter qu’un jour il créera son propre répertoire.

 


Tunis lui ouvre ses portes

 

En 1917 le public bizertois à peine familiarisé à son talent, Khemaïes quitta sa ville natale, pour Tunis où il se frayera son chemin. Il y rencontrera un nombre important de musiciens issus de divers pays. Certains deviendront de solides amis qui lui communiqueront la flamme de la création musicale. Ainsi, il arrivera à compléter sa formation musicale et son choix déterminé en la musique Malouf. Parmi les hommes marquants qu’il a rencontrés, on peut citer Cheikh Ahmed Touili, célèbre pour sa voix et ses connaissances du chant soufi et du malouf. Ce maître a déteint sur le jeune Khmaïes. Ce qui devait arriver arriva sans surprise, une troupe traditionnelle de musique vit le jour, avec des concerts produits au café M’rabet  de Tunis.

 

La rencontre fortuite avec Cheïkh Ali Darouich Al Halabi revêt un caractère pédagogique. Le Cheïkh lui  dispensa des notions sur la notation musicale et l’analyse des modes (maqams) et les rythmes. Il en bénéficia totalement pour entamer une carrière de compositeur alors qu’il dépassait déjà la quarantaine. Grâce à ses qualités musicales confirmées, il fut choisi pour faire partie de la troupe qui représenta la Tunisie au Premier Congrès de la Musique Arabe du Caire, invité par le Baron Rodolphe d’Erlanger sous l’impulsion du Roi Fouad 1er  d’Egypte.

 


« Al Rachidia »

 

En 1934, il prit part à la mise sur pied de la fondation de l’Association Musicale « Al Rachidia » qui lui confia l’apprentissage du malouf et des chansons du terroir aux membres de sa chorale. Par sa contribution, il se voit devenir la pièce maîtresse de cette jeune troupe, en tant que compositeur, interprète et instrumentiste. En 1940, Khemaïes est désigné en tant que chef de la commission chargée de consigner tout le patrimoine musical pour l’institut de la Rachidia.

Continuant son petit bonhomme de chemin, Khemaïes enseigna au Conservatoire National de la Musique, et dirigea la Chorale de la Radio Nationale. On peut dire sans aucune hésitation, que Khemaïes Ternane est une des personnalités musicales les plus marquantes de ce siècle en Tunisie. Il a renouvelé la chanson tunisienne tout en lui gardant son caractère authentique. Son savoir musical embrasse à la fois le patrimoine musical arabe dans sa dimension orientale et nord africaine. L’œuvre qu’il a léguée, mis à part quelques compositions de la première heure imprégnées d’esprit populaire, s’inscrit dans ce qu’il est convenu de nommer la musique savante. On dénombre des mouachahats, des qacids des chansons, des chants soufis. A ses débuts Khemaïes a composé dans la verve orientale pour adopter par la suite et d’une manière progressive, un nouveau style de composition basée sur les maqams (modes) purement tunisiens tels que le Mazmoum, Ramel Al Maya et Araq tunisien. Parmi ses toutes premières créations figure la chanson « Ya leymi yezini », qu’il avait composée dans le cadre d’un concours organisé par la Rachidia, une année après sa création en 1935. Sa voix chaude, entraînante et sa propre manière dans le chant improvisé, lui valent un grand nombre d’admirateurs et d’adeptes. Le talentueux s’est éteint au regret de tous les mélomanes à Tunis en 1964.

 

Nacer Boudjou

Article d’archive

 

 

 

 

 

Publié dans Chanson

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