Rêves et nostalgie orientalistes à Tanger

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Deux architectes de grande notoriété publique, que tout oppose, (particulièrement leur vision de l’orient), ont risqué d’inscrire en lettre d’or leur séjour à Tanger du siècle dernier, Pascal Coste et Antonio Gaudi sans limite qui n’a pas triomphé du temps et de l’espace, en demeurant l’architecte marseillais à l’ « orientalisme » croisé avec l’architecture provincialiste. Il est le porte parole de l’art officiel du second empire.

 

La Sagrada Familia de Barcelone

 

En mission en 1847 pour concevoir les plans d’un nouvel hôtel destiné au consulat de France, il séjourna une dizaine de jours à Tanger. Une fois rentré en France, son projet n’a pu tenir la route, s’avère néoclassique grandiose, et ne pourrait être financé. Antoine Gaudi, l’éminence grise de l’architecture catalane « inventeur d’un monde de pierres fantastiques » inquiétant, démiurge d’un univers végétal et minéral arrive à Tanger en 1891. Il découvre les éléments caractéristiques de l’esthétique de Tanger. La couleur blanche des maisons en forme cubique, la lumière crue, les minarets se détachant dans le ciel clair, la flore verdoyante. Il a reçu l’ordre de concevoir, la construction « d’un temple des missions franciscaine ». Il élabora des plans d’une cathédrale éléphantesque en fusionnant l’architecture de l’orient et celle de l’occident. Par l’art baroque mudéjar associé au style mauresque. Son projet resta dans les tiroirs, faute des difficultés budgétaires. Sa conception architecturale dépasse toutes les possibilités de la réalisation. Néanmoins, une partie du projet servit de matrice à la Sagrada Familia de Barcelone, en voie de construction depuis 1883.

 

La peinture Orientaliste

 


A la même époque romantique, la peinture monte au créneau, connaît le même essor que l’expression littéraire. Tanger a suscité l’émotion et la passion des artistes peintres. Et nourrit de la même sorte le génie de Delacroix et de Matisse. Grâce à leur présence, Tanger, a été dessinée extrêmement avant d’être pénétré profondément, connue de l’intérieur. Nulle part la réalité n’a fini par ressembler autant à l’art qu’elle a inspiré. Eugène Delacroix édifie l’art de « l’orientalisme » par ses premiers travaux à Tanger. Il rapporte 18 aquarelles, notes et éléments de son « journal », après son séjour de trois mois. Dans son atelier à Paris il en réalise les toiles les plus célèbres en transcendant par l’imaginaire du souvenir. Les esquisses de Shousboé, Pfugl traduisent parfaitement la réalité de l’époque. Henri Regnault, y fit édifier le premier atelier spécialement conçu. Il y travailla jusqu’à la fin de ses jours. Dehodencq, fait connaissance de Tanger en 1853, en est ému « à en perdre la tête ». Durant une dizaine d’années il fait le va-et-vient entre Cadix et Tanger. Il faut dire aussi que Lewis, un des maîtres de l’orientalise, a vécu dans la ville à la même époque (1832-1834). Quant à Tapiro, installe son atelier dans la vieille ville. Il est le chef de file de l’école orientaliste espagnole née du rayonnement de Fortuny qui avait, plus que Delacroix, fortement influencé Renault.

 

On ne peut citer tous ces peintres ayant séjourné à Tanger, tant la liste est longue. Brièvement, quelques uns sont à retenir : Blanchard et Benjamin Constant (Français), Degas, Nicolet, Portaels, Romberg (Belges), Sargents, Wooks USA), Bossoli (Italiens), Lavery (Anglais), Buchser (Suisse), Ladein (Autriche). Avec tous ces architectes ou peintres qui ont passé un court séjour ou vécu longtemps à Tanger, un artiste international s’est demandée pourquoi il n’y eut pas une « Ecole de Tanger », comme il y eut une « Ecole de Tétouan »,



pourquoi il n’y eut jamais, ici, une résidence d’artistes, comme il y eut la Villa Abd al Tif à Alger ? Pourquoi à part un nombre très limité d’entre eux (Tapiro, Dehodencq) ne revenaient pas assez souvent pour se ressourcer, s’imprégner de l’atmosphère Tangeroise ? Le Socco où la plupart des artistes ont séjourné continue de vivre malgré la grande nostalgie qui emplit l’air de Tanger. Drissi al Fenni y vit, peintre aquarelliste, travaille sur des tissu et huiles fluides, comme un mage à travers les agapanthes des jardins Ferbes. Un autre peintre a élu domicile dans le même quartier, il s’agit de José Luis Delgado-Guitart, fils du directeur de la poste espagnole, qui vit à Tarif, l’autre côté de la mer, et vient s’inspirer à loisir.

 

Nacer Boudjou

 

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