Blida : la citadelle des roses

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Le hasard de l’histoire a voulu que les Andalous et les Ouled Soltane se rencontrent pour bâtir une cité, en lutte contre les marécages et les convoiteurs venus de loin. C’est ainsi que Blida fut édifiée, sous la protection de Sidi Ahmed El Kebir et de Sidi Baba M’hamed.


Blida est blottie au piedmont de la face nord de l’Atlas Tellien, à la sortie des ravins souvent torrentueux, dont les eaux prennent source au pied du plus haut sommet du massif montagneux. Un mausolée culmine à 1625 mètres, à la gloire de Sidi Abdelkader El Djilani, le patron de Bagdad, l’un des plus grands Saints de l’Islam. Ces ravins, nommés Oued Belkrous, prennent leur source au pied d’un magnifique cèdre qui protège, par ses innombrables branches, le mausolée de Sidi Baba M’hamed. L’Oued Taksebt alimente le village de Hannous en eau fraîche et, plus important, l’Oued Taberkachent, qui prend sa source au ravin bleu, à Chréa. La jonction de ces trois ravins se fait au lieu dit « Les Quatre Noyers » pour devenir ensuite l’Oued El Kebir. Non loin de la vallée, se trouvent le marabout et le cimetière de Sidi Ahmed El Kebir, Saint vénéré par les familles des Beni Salah, et par toute la ville de Blida. Là, jaillit une source très fraîche où les Blidéens, par temps de canicule, aiment y passer le temps et se soustraire aux chaleurs accablantes. Le long de cet oued, il y avait autrefois des carrières, des moulins et des fabriques de pâtes et de couscous. Sur la rive droite, se trouvaient les glacières, une herboristerie et de nouvelles usines, qui bénéficiaient, pour la fabrication de leurs produits, de la qualité des eaux de source de l’Oued Al Kebir. Les analyses ultérieures ont d’ailleurs établi qu’elles avaient des vertus comparables aux eaux d’Evian.


Un territoire marécageux


Blida et édifiée à 270 mètres d’altitude. Sa construction est en forme d’éventail andalou, dont l’axe pivot se trouve à la sortie des gorges de l’Oued Al Kebir. La cité fut fondée au début du XVIème siècle, par des familles d’origine maure, fuyant la Reconquista espagnole. Après une tentative d’installation dans la région de Tipasa, où elles étaient régulièrement razziées, ces tribus demandèrent l’asile au Marabout Sidi Al Kebir, saint des Ouled  Soltane qui leur accorda un territoire marécageux, que l’on peut situer entre la rue des Couloughlis et l’Oued Al Kebir. C’est grâce à un travail et des efforts soutenus que ces Maures transformèrent cette petite région, en une cité de renom. Son rayonnement fut tel que le Dey d’Alger, Kheireddine Baba Aroudj, l’annexa à son gouvernorat.
En 1535, il construit une mosquée, une zaouïa et des bains maures. A cette époque, la ville connaissait une grande prospérité, ce qui a attiré plusieurs populations, de cultures diverses. Les Juifs se sont établis comme marchands d’étoffes et comme horlogers.




















Un destin tourmenté


Mais la cité n’a pas échappé aux périodes cruelles, notamment la peste de 1556 et le tremblement de terre de 1825. Elle a subi 16 épidémies (peste, choléra, etc.…) la plus redoutable ayant emporté près de 83 000 habitants. Entre 1815 et 1818, on comptait plus de 70 décès par jour. La ville ne fut pas non plus épargnée par les tremblements de terre, une dizaine environ, le plus violent restant celui de 1825. Lorsque les armées françaises se sont présentées aux portes de Blida, le 23 juillet 1830 pour l’occuper, celle-ci était au trois-quarts détruite. Après de rudes batailles, ce n’est que le 30 mai 1839, que les forces françaises ont pu dominer le gouvernement en place. Le peuplement français s’est établi à partir du 1er octobre 1840, en application d’un arrêté du gouverneur général. Quelques familles européennes s’installèrent dans la ville, mais avec la crainte d’être délogé par les autochtones. Blida est érigée en commune de plein exercice par ordonnance ministérielle le 28 septembre 1847 et arrêté du gouverneur général du 13 avril 1848. Le maire créa le jardin Bizot, et fit entourer la cité par des boulevards. En 1924, les remparts et les portes, qui avaient défendu la ville des incursions (la porte d’Alger, Bab Er-Rahba, Bab Ez-Zaouïa, Bab Al Kebour, Bab Sebt et la porte des chasseurs) furent démolies et rasées. Blida a ensuite accueilli le Premier Régiment de tirailleurs et de chasseurs d’Afrique. Tous les jeunes officiers sortant de Saint-Cyr ou de l’Ecole d’artillerie venaient faire leur service dans ces contrées. En 1942, la base d’aviation américaine de Blida est la plus importante d’Afrique du Nord. Le quartier de la Remonte abritait alors les plus beaux étalons des jumenteries militaires. Quant aux industries et commerces, outre ceux déjà cités, la ville comptait aussi des fabriques de tabac, des fonderies, des huileries, des confituriers. Il existait aussi plusieurs quincailleries, imprimeries, des ateliers de carrosserie, des sociétés de chemin de fer et d’autocars. Tous les marchés étaient approvisionnés par les jardiniers et maraîchers, dont les terres entouraient la ville.


Une vie culturelle foisonnante

En 1942, Blida est érigée en sous-préfecture. Cette cité a su prendre son destin en main, en créant toutes les activités enrichissant l’agglomération.
La vie culturelle et sportive n’avait rien à envier aux plus grandes cités du monde méditerranéen et africain. Les collèges blidéens ont vu passer des personnalités, qui ont encadré, plus tard, les divers instituts nationaux et administratifs. Dans le monde des médias, la presse écrite était alimentée par deux hebdomadaires Le Tell et L’Indépendant, édités par les imprimeries locales et informant la population des événements locaux et régionaux. Un beau théâtre a présenté, pendant de nombreuses années, les meilleurs groupes et tournées existant à l’époque. Le cinéma a toujours eu une place de choix, les derniers films étant régulièrement projetés à une foule de cinéphiles. La musique a également eu une grande place dans la vie culturelle, avec la formation de plusieurs orchestres. L’union musicale blidéenne comptait de nombreux membres dont plusieurs furent lauréats de divers concours. Les ensembles musicaux andalous et châabi étaient les plus prolifiques. Un grand nombre de noubates (airs anciens) sont toujours conservés et enseignés désormais aux mélomanes de toute la région. Blida dite « La Citadelle des Roses » a su, au cours des siècles, s’imposer en cité industrielle et intellectuelle, qui compte dans le paysage de l’Algérie. Le temps ne l’a pas fait plier, en dépit de toutes les crises, fléaux et catastrophes qu’elle a traversés. Nous savons que tous les peuples qui ont convoité les richesses de la Mitidja se sont échoués sur les remparts de la ville. La force du destin de Blida est d’exister encore, malgré les tumultes et les crises. Chréa dépend de Blida qui en avait fait une station climatique, à 70 km d’Alger. Elle est reliée par une route de 18 km, sur un dénivelé de 1200 mètres. Cette route serpente une zone de boisement, avant de pénétrer dans une superbe forêt de cèdres qui couvre tout le sommet de l’Atlas blidéen. Cette forêt de cèdres couvre environ 3000 hectares, et s’étend par reboisement naturel vers l’est de la chaîne montagneuse, dont l’altitude moyenne est de 1550 mètres environ. Il n’y a pratiquement pas de sous-bois sous les cèdres. Les parterres de pensées, de violettes, de tulipes et d’œillets sauvages représentent un paysage d’une grande beauté. Sans oublier la saison des orchidées et, à l’automne, les champignons – cèpes, morilles, coulemelles… La vue qu’offre la plaine de la Mitidja est aussi un beau spectacle. Par beau temps, on aperçoit au-delà des collines du Sahel, sur la mer, de petites tâches sur l’horizon : il s’agit des bateaux quittant ou rejoignant Alger.


Nacer Boudjou

Article d’archives (in Nouveau Telle 1992)

Publié dans Patrimoine

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