« Venise : images de la ville et anciens rapports avec Alger »

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C’est avec l’esprit de retrouver ces fils qui ont lié l’Italie et l’Algérie dans le passé que l’initiative de cette exposition a été entreprise. Il est du devoir de chaque partie de tisser un nouveau rapport d’amitié et de collaboration culturel et économique. Le programme de l’Institut central italien à Alger, en étroite collaboration avec l’ambassade, initiait un développement homogène et une convergence de buts.

L’exposition ainsi organisée par l’Institut de Culture et de la Communication avec l’assessorat à la Culture de la Mairie de Venise et avec ses archives, présente une richesse inestimable de documents historiques. Plusieurs reproductions d’anciennes gravures reproduisent des monuments vénitiens, des correspondances, des traités, des factures, des registres commerciaux, attestations du droit d’accostage, de transit… et même des listes de cadeaux demandés par Ahmed Dey d’Alger à la république de Venise.

Le public, essentiellement composé d’invités officiels (corps accrédité), de chercheurs, historiens, le personnel du monde de la culture et des arts, a investi les lieux. Les accessoires et la galerie du Palais du peuple ont eu le privilège d’accueillir les archives iconographiques qui sont un pan de notre histoire s’étalant du Xème au XVIIIème siècle.

Cette exposition veut assurer le témoignage des liens historiques entre les Algériens, et les Italiens, par la mise à la disposition du public d’un pamphlet « Présence arabo-islamique à Venise et présence vénitienne à Alger ». Ainsi ; l’existence d’un « Campo dei mori » (place des maures), les deux maures en bronze qui battent les heures sur la tour de l’horloge qui donne sur la place Saint-Marc, une zone appelée « Barbaria de le tole » (Barbarie des tables). Cette dénomination rappelle que ce sont les menuisiers africains ou barbaresques, soit leurs bois précieux qu’ils travaillaient en cette ville, côte à côte avec les Vénitiens, dénote une présence plus que certaine d’une composante de marchands, de voyageurs, d’artisans des « Terres de Barbaries » comme généralement étaient appelées les terres du contient africain (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc). Comme disait Ugo Bergamo, maire de Venise la radieuse : « Cette ville a la capacité… plus que d’assimiler, d’attirer et d’accueillir les apports les plus divers, pour les faire ensuite fructifier et mariner dans son milieu, tout en gardant intacte l’originalité individualité ». Effectivement, toutes les communautés étrangères se sont intégrées parfaitement dans la vie urbaine.

Les différentes photos nous révèlent également plusieurs édifices religieux ou de palais dont la conception architecturale ou ornementale ressemblerait à celle des maures ou orientaux, exemple : La basilique de Saint-Marc, la cathédrale de Saint-Pierre de Castello, le Palais des doges avec l’entrepôt en arcades. Il semble que tout a commencé bien avant l’an mille, le Maghreb a représenté pour les Vénitiens un marché florissant pour l’importation et l’exportation de marchandises. Un convoi de bateaux « Muda di Barbaria », ainsi nommé, levait l’ancre à chaque printemps dans les ports de Bougie, Bône, Oran et Alger. Des amandes, de la cire, du raisin sec, la cochenille, coton, l’huile, cumin, anis, noix de galle, laine, peaux, cuir, tapis, dattes, défenses d’éléphant, sont chargés pour la destination de la « Sérénissime Venise ». Des lagunes de Venise, on transportait vers les ports barbaresques ou africains des épices, du bois, fourrures, étoffes de tout genre, objets en fer ou en cuivre et ceux d’orfèvrerie, perles, rubis, turquoises.

Et puis tout d’un coup, tout est stoppé à cause de la crise politique. Ce n’est que vers le XVIIIème siècle que la « Sérénissime Venise » a manifesté de reprendre les relations diplomatiques avec les « Cantons barbareschi » pays berbères. En 1763, son représentant Gaestano Gervasone signa avec le dey d’Alger un traité dans lequel, en échange d’un don annuel ; les marchands vénitiens obtenaient des privilèges spéciaux. La paix fut ensuite renouvelée en 1768.

Tous les documents diplomatiques, protocolaires ont fixé toutes ces démarches en langue italienne – en osmanli ou en arabe. En 1866 la république de Venise se confond avec l’Etat d’Italie et son rôle est devenu mineur car les grandes décisions viennent de la direction centrale du pays. Pour Ugo Bergamo, l’actuel maire de Venise espère dans « il s’agit donc d’un immense patrimoine, d’un héritage culturel de paix, de grande ouverture, de coopération plus que jamais présente et qui constitue la base d’un projet dont il faut tenir compte absolument et auquel nous travaillons ». Puisque l’histoire du destin des peuples méditerranéens est ainsi vue, d’autres expériences peuvent voir le jour. Et l’exposition est plus que profitable.

Nacer Boudjou
Article d’archive (in l’opinion 1992)

Publié dans Patrimoine

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