L’ORGANISATION DES FRERES MUSULMANS EN EGYPTE

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(Ahmed al Bana, Hassan al Hudaybi, Zaynab al Ghazali, L’organisation 65, Sayyid Qutb, Chukri Mustapha, Sirriya, Tariq al din al Nabahani…)

 

Ahmed al Bana

 

L’organisation des frères musulmans en Egypte, a vu le jour en 1928, grâce à Hassan Ibn Ahmed Ibn Abd al Rahman al Banna, grand-père de Tarek Ramadane, né dans la ville de Mahmudiyya en 1906, près d’Alexandrie. Il est diplômé de Dar al Ulum (Maison des sciences littéraires) fondée en 1872, dans le but de former des professeurs « modernes ». Cette école est illustrée par Abduh Muhammed (mort en 1905), homme de religion égyptien, au rayonnement considérable. Il est disciple fervent de Jamal Eddine al Afghani (réformateur musulman). Et de Rachid Rida (mort en 1935), homme de religion, d’origine syrienne, disciple de Abduh.

 

Al Bana est influencé aussi, à la différence de son maître, par le mouvement «wahhabite » saoudien et par Ibn Taymiya (mort en 1328), De surcroît, il donne au « réformisme musulman » une orientation puritaine et intégriste qui prend le nom de « salafiyya », fondamentalisme. A Ismaïlia, il inaugura la première maison des “Frères”. Puis toutes les maisons se multiplièrent. Puis, fonda un « institut des mères musulmanes » dans la même ville, pour donner aux filles une éducation musulmane. Au Caire, il fonda le « journal des Frères Musulmans », un quotidien dans lequel il prêchait par écrit en plus de ses prêches dans les mosquées, la loi islamique. En 1933, il organise le premier congrès des frères musulmans au Caire et qui en 1936-39, ces derniers collectent des fonds pour les Palestiniens.

 

Le roi Farouk se rapproche des Frères Musulmans pour contrer le parti Wafd. A la suite de cette alliance il y a eu scission du groupe « les jeunesses de notre seigneur Mahomet » qui reproche à al Banna ses compromissions avec le pouvoir. Apres ses vicissitudes avec les Britanniques qui occupaient l’Egypte et l’avoir relégué en Haute Egypte, en 1942, al Bana crée « l’appareil secret ». Et sous son ordre, en 1945, Les frères musulmans accomplissent leur premier assassinat politique sur la personne de Ahmed Mahir, premier ministre. Voyant le danger arrive en 1946-47, le gouvernement encourage les frères musulmans à lutter contre le Wafd et les communistes. Il s’en est suivi des dissensions internes et de la montée en puissance de « l’appareil secret ». En 1948, les autorités découvrent leurs caches d’armes. En représailles, le 22 mars de la même année ils assassinent le juge Khazandar. Mais néanmoins, ils se constituent volontaires, pour se battre en Palestine contre les sionistes.

 

Le gouvernement met fin à leurs activités par le décret militaire du 6 décembre 1948. Et Noqrashi, l’auteur du décret de dissolution  est tué le 28 décembre, par un étudiant militant des frères musulmans de 23 ans. A la suite des actes subversifs et les discours au vitriol de Ahmed al Banna, théoricien et fondateur égyptien de la secte des Frères Musulmans, le roi Farouk  ordonne à sa police politique son exécution le 12 février 1949 et la pendaison de ses disciples. A la mort de al Banna, la secte se fractionne en plusieurs branches. Son propre père Abd al Rahman garde la branche conservatrice. Salih Achmaoui assume la direction de l’association dissoute, en se considérant comme le successeur légitime. Il lance en janvier 1951 la revue Al Dawa, une tendance médiane inspirée par le cheikh al Baquri (futur ministre de Nasser) et l’officier libre, Kamel Eddine Husayn.

 

Hassan al Hudaybi

 

Hassan al Hudaybi, juge, mort en 1973 devient guide suprême des frères musulmans. Il déclare l’abolition de l’organisation secrète « pas de secret dans le service de dieu. Pas de secret dans le message, ni de terrorisme en religion ». Il condamne en 1952 les émeutes anti-occidentales qui ont visé les forces britanniques après que celles-ci ont attaqué une caserne égyptienne. Il refuse de faire participer ses militants au gouvernement de Nasser, né du coup d’état par les officiers libres. Salih Achmaoui, Muhammad al Ghazali favorables à Nasser sont exclus de son organisation. A la dissolution de tous les partis politiques par le gouvernement en la faveur de la création d’un parti unique, les frères musulmans sont épargnés.

 

A la suite du bras de fer entre le président Nasser et Neguib (soutenu par les frères musulmans, par le parti Wafd et les communistes) et par ailleurs de la tentative de l’assassinat du président, les islamistes subirent une répression violente caractérisée par des procès expéditifs. Ainsi six détenus ont été pendus dont Abd al Qadir Awda. Dans le souci de la révision des méthodes de lutte des frères musulmans contre le pouvoir, Hudaybi rédige en 1977 un ouvrage intitule  « prédicateurs et pas juges ». Il a l’intention de faire revenir dans le droit chemin les jeunes islamistes qui errent sans repères. L’ouvrage contient des critiques explicites de l’ouvrage de Mawdudi « Les quatre Topiques du Coran ». Hudaybi, consigne que l’action des Frères Musulmans doit être le prêche de l’islam dans la société où ils vivent, qui n’est pas considérée comme jahilia, mais en revanche, il existe de nombreux musulmans qui sont dans un état de juhl, d’ignorance. Hudaybi le rappelle, il suffit de prononcer les deux professions de foi « Il n’y a d’autre dieu que dieu et Mahomet est son envoyé » pour être musulman. Certes, il existe des musulmans pécheurs, mais on n’excommunie point un musulman parce qu’il pêche.

 

Zaynab al Ghazali

 

 Hudaybi désabusé par ses collaborateurs de l’organisation laisse l’initiative à Zaynab al Ghazali d’organiser et de restructurer les Frères Musulmans qui sont aux abois. En 1957, cette dame de fer a rencontré en Arabie saoudite Abd al Fatah Ismail surnommé « l’homme qui effectue les cinq prières quotidiennes dans cinq gouvernorats différents », pour reconstruire la secte des frères musulmans dissoute en 1954 par le président Djamel Abd Anasser. Elle multiplie les contacts, organise les séminaires dits « éducation musulmane » renouvelable jusqu’à ce que la population soit acquise a  l’islam a 75%. Pour mémoire, Zaynab al Ghazali a été invitée à Alger en 1990 par Mahfoudh Nahnah (président du Hamas, parti islamiste algérien) pour animer un meeting populaire.

 

L’organisation 65

 

La secte des frères musulmans s’éclate, d’où un groupe composé essentiellement de jeunes, s’organise sous le nom de « l’organisation 65 », en prônant la violence comme ultime alternative pour combattre l’ordre officiel.

 

Sayyid Qutb

 

En 1962, il procède à l’unification de divers groupes islamistes autour du noyau des Frères Musulmans. Il remplit le vide idéologique, grâce aux livres qu’il écrit en prison entre 1954 et 1964. En des mots simples et clairs, il expose l’analyse du régime, ainsi que les moyens de le détruire et de le remplacer par l’état islamique. Pour les oulémas de l’Azhar, pour les dignitaires de l’islam liés au pouvoir politique, ses livres sont une abomination et une hérésie. Pour les traditionnels des Frères Musulmans, il représente une vision é la fois fascinante et repoussante. Sayyid Qutb naquit en septembre 1906 à Mudra, gouvernorat d’Assiout (Egypte). Il fut employé par le ministère de l’instruction publique en qualité d’enseignant, inspecteur. Ce qui lui donna l’occasion de rédiger de nombreux projets de réforme du système éducatif. Parallèlement, il mène une activité d’homme de lettres, journaliste, essayiste, romancier. Il met dans les premiers temps sa plume polémiste au service du parti Wafd. Ses ouvrages autobiographiques sont « Un enfant du village, les quatre fantômes » etc.… Il narre d’une manière sublime. Cela est du à son  échec sentimental qu’il subit et qui le décida à rester célibataire.

 

Azm al Yusif dit dans son ouvrage « Le martyr Sayyid Qutb, maître à penser de l’islam contemporain » écrit en 1980, que de cet échec, il se ressentit  "jusqu’a ce qu’il découvre la voie de l’action féconde et constructive au service enfin comme maître”. Il part  en 1948 en Amérique pour y étudier. Il revint en 1951, adhère aux Frères Musulmans, par la médiation de Salih Achmaoui. A dirigé le journal des Frères Musulmans, dont douze numéros ont été publiés. Pendant sa détention, il écrit un ouvrage « sous l’égide du coran », ainsi que d’autres. Les « signes de piste », le (que faire.) du mouvement islamiste est publié en novembre 1964. Du fond de son camp de concentration, Qutb a su élaborer des catégories permettant de penser les états du monde musulman. Telle est la raison de son considérable succès. Apres avoir établi les concepts de société musulmane et de société Jahilite, Qutb réfléchit sur le processus qui permettra de détruire la Jahilia et d’édifier sur ses ruines l’état musulman. Il suggère la restauration de l’islam qui nécessite une véritable révolution, sous la conduite d’une « avant-garde de l’Umma », c’est-à-dire les compagnons du prophète. En effet, ces derniers se sont formés intellectuellement en s’abreuvant à la seule source qu’est le coran et c’est ainsi qu’ils ont édifié la société islamique idéale, l’âge d’or des quatre « qualifiés bien guidés », successeurs du prophète. Il explique « Ce qui caractérise le credo islamique, ainsi que la société qui s’en inspire, c’est d’être un mouvement qui ne permet a personne de se tenir a l’écart (…), la bataille est continuelle, et le combat sacré (Jihad) dure jusqu’au jour du jugement ».

 

Deux étapes mènent à la naissance de l’avant-garde à l’instauration de la société islamique, celle de l’approfondissement spirituel, de l’inspiration coranique qui a pour objectif de détacher le sujet de l’aliénation jahilite, et celle de la bataille contre cette société jahilite. Le concept de Jihad saisit ce flux dans sa totalité, depuis l’effort personnel de la méditation du Livre jusqu’au combat, les armes à la main. « C’est le discours (Bayan) qui s’oppose aux doctrines et aux conceptions erronées, c’est le “mouvement” qui renverse les obstacles matériels, c’est à dire, en premier lieu, le pouvoir politique ». L’insistance avec laquelle Sayyid Qutb rappelle que « l’instauration du règne de dieu sur terre » ne « se fait pas avec des prêches et des discours » est très révélatrice du contexte dans lequel a été décrit « signes de piste », face au phénomène de Jahilia, les militants islamistes ne doivent pas se limiter à agir par la prédication.

 

Cheikh Muhammad Abd al Latif al Sibki, président de la commission de la Fatwa, dit qu’il est rebuté par le style incendiaire de l’ouvrage « signes de piste » aux effets désastreux sur les jeunes et les lecteurs dont la culture islamique est faible. Le cheikh déclare qu’il est blasphématoire de nommer jahiliya toute autre période que celle que clôt historiquement la prédication de Mahomet. Quant au Jihad, il consisterait pour Qutb à déclarer la guerre à ceux qui ne pensent pas comme lui, pour instaurer une société musulmane dont il serait le chef. En conclusion, « Quoique le style du livre soit truffé de versets du coran et de souvenirs de l’histoire musulmane, ce n’est en vérité qu’un style de saboteur, du type de ceux qui, dans toutes les sociétés mêlent le vrai et le faux pour mieux se dissimuler. Ce livre est destiné à abuser les simples et à faire d’eux des fanatiques et des assassins aveugles ».

 

L’imam Abd allah, souligne dans son ouvrage « Nasser et les Frères Musulmans », le Caire 1980, que « si nous faisons le lien entre la prédication (daawa) de Sayyid Qutb et les événements récents, et si nous considérons cela a la lumière de la Révolution égyptienne ( Le Nassérisme) et les triomphes éclatants qu’elle a remporté dans tous les domaines, il apparaît clairement que la prédication des frères n’est qu’un complot contre notre révolution sous le masque du zèle religieux, que ceux qui s’en font les prêcheurs ou y prêtent l’oreille désirent causer préjudice à la nation, la faire repasser et lui faire subir des calamités ». 

 

Les militants islamistes divergent sur la lecture de « signes de piste ». Le premier courant appelle Jamaa al Uzla al churiyya, groupe de l’abstraction spirituelle, stipule que le retrait de la société n’est qu’abstraction spirituelle. Il considère qu’il faut excommunier (takfir) la société égyptienne contemporaine jahilite. Pour la deuxième fraction qui prône la « mufasala kamila », la séparation totale d’avec la société, partage avec la précédente l’excommunication de la société jahilite et la conscience du danger qu’il y a à prononcer cette excommunication, tout en vivant en son sein, tandis que l’on se trouve dans la « Phase de faiblesse ». Mais pour y parer, elle choisit de quitter la société et de fonder, dans ses marges une petite communauté de musulmans, qui excommunie la Jahiliya sans se dissimuler. En 1965, la répression s’abat sur les Frères Musulmans. Il y a eu les arrestations massives dont Chukri Mustapha. Sayyid Qutb avec son disciple Muhammad Hawwach et l’organisateur Abd al Fatah Ismail, ils ont été pendu par le président Nasser.

 

Chukri Mustapha.

 

Chukri est agronome de formation et intégriste jusqu’aux bouts des ongles. Il est né le 1er juin en 1942 à Abu Khurus (Assiout) Moyen Egypte, pas loin du village de Qutb. Il se range dans la seconde tendance islamiste qui prône la séparation totale avec la société jahilite. Mais il n’en est pas pour autant dirigeant. Ce rôle revient au cheikh Ali abd u Ismail, un jeune diplômé de l’Azhar, qui, jusqu’a été 1969, emmène ceux qui veulent se séparer complètement d’avec la société. Il considère dans son livre « El khalifa » que les quatre écoles juridiques musulmanes à savoir sunnite, hanafite, hanbalite, malikite et chafiaite sont nulles. Par ailleurs, il refuse d’être fonctionnaire à la fonction publique sous la tutelle d’un état profane. Les fanatiques de son courant politico-religieux, enlèvent les filles en âge de se marier, pour les soustraire à la tutelle parentale. En substance, il prône la Uzla, la rupture avec la société toute entière, en vivant à l’écart de toutes les lois.

 

En 1970, Sadate succède au président Nasser mort naturellement. Il élabore un programme « Révolution du Redressement » en éliminant les nassériens prosoviétiques et en libérant les militants islamistes arrêtés sous Nasser. Chukri et Talmasani sont élargis. En 1972, le courant islamiste s’oppose à l’université aux nassériens et aux communistes. Le 3 juillet 1977, le groupe des frères musulmans prend en otage Muhammad al Dhahabi, ministre et l’exécute. Cinq condamnations à mort ont été prononcées pour les dirigeants du groupe, dont celle de Chukri. A son procès, il déclare « L’apprentissage  de l’écriture pour elle-même est interdit (…) le prophète n’a pas ouvert des écoles coraniques et des instituts pour apprendre aux musulmans l’écriture et le calcul, mais il a permis de s’instruire en fonction des besoins et des nécessités », en contradiction avec le prophète qui dit « chercher le savoir jusqu’en Chine ».

 

Sirriya

 

Il est né en 1933 à Ijzim (Haifa), d’origine palestinienne. Il réside en Jordanie (Y existe un autre militant intégriste nomme Yusif al Azm) puis s’envole pour l’Irak et finit par se fixer dans les bas fonds des quartiers du Caire. Il décroche un doctorat en sciences de l’éducation. Il est employé au siège de la Ligue arabe dans la section Education. Il fréquente Hudaybi et Zaynab al Ghazali. Il rassemble autour de lui des jeunes étudiants conjurés au Caire et en Alexandrie. Le 18 avril 1974 ses militants, élèves de l’académie militaire d’Héliopolis s’emparent de l’armurerie de l’établissement et attaquent le cortège présidentiel en tuant Sadate, président. Sarriya et son disciple Muhammad Hawwach, ainsi que l’organisateur Abd al Fatah Ismail ont été pendu.

 

Tariq al din al Nabahani

 

Palestinien, fondateur du parti de libération islamique créée en 1950 en réaction à l’échec des armées arabes devant les israéliens en 1948 d’une part et à l’exécution d’al Bana en 1949 d’autre part. Il proclame la prise de pouvoir par les armes et de lancer une action islamique.

 

Nacer Boudjou

 

                                                                                

 

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