Slimane Azem:‘’La romance d’un déporté dans les camps allemands’’

Publié le par BOUDJOU

 



























Né le 19 septembre 1918 à Agwni Gueghrane en Kabylie, mort le 28 décembre 1983 à Moissac (Tarn et Garonne) en France

Slimane Azem, l’idole incontestée da la chanson algérienne et kabyle en particulier. Ouvrier agricole dans une ferme coloniale avant de s’embraquer en France et  de se jeter poings et pieds liés dans les tourments de l'exil. Manœuvre dans les aciéries… les armées nazies le déportent en Allemagne. En 1950, la firme Pathé Marconi (France) l'engage et lui décernera un Disque d’Or. Une ascension fulgurante dans la chanson. Mais la censure et l’interdît l’ont privé des siens et de sa terre natale, il est mort en exil. 

Ni les bouches et ni les plumes ne tarissent d’éloges pour ce poète-chanteur- compositeur. Ses métaphores jouxtent un sens de l’ironie. Sa sagesse bastionnée de proverbes ancestraux, de déchirement et de regrets s’estompent dans répertoire à l’orée de celui de Si Mohand U Mhand, barde kabyle du XIXe siècle.  Il est le porte-parole d'une société en métamorphose, dont les valeurs sont en ébullition. Sur les soixante-dix chansons recensées en 1979, plus de la moitié sont consacrées à ce retournement de valeurs.


Des aciéries  de la Chiers aux camps  de travail allemands

En 1929, à l'âge de onze ans, Slimane Azem a travaillé comme ouvrier agricole dans des fermes de colons. Tenté par l’exil, et à la quête d’un nouvel emploi, il rejoint peu de temps après son frère Ouali  installé à Longwy en France. Il était employé durant deux ans en tant que manœuvre dans les aciéries de la société des hauts fourneaux la Chiers en Lorraine. Son frère vit toujours à Longuyon, une autre ville de Lorraine. En 1938, fou de musique, il s'achète une mandoline et se met à jouer jusqu’à esquisser quelques mélodies nostalgiques. Pendant son service militaire, il jouait pour le plaisir des appelés. Les armées nazies envahissent la France l’arrêtent et le déportent en Rhénanie, Allemagne en 1942, pour le service du travail obligatoire (S.T.O.). Il y retrouve son frère Ouali qui avait été déporté. Ce n’est qu’en 1945 qu’il fut libéré par les Alliés.

Orchestre des compatriotes

Revenu à Paris, il prend la gérance d'un café. Il s'y produit avec un petit orchestre constitué avec des compatriotes au retour d'Allemagne, et chante les chansons traditionnelles du pays pour ses compatriotes immigrés. Il fit connaissance avec Mohamed El-Kamal, chanteur algérien, se  lie d’amitié et collabore pour une tournée en France. En 1947 il rentre au pays après une dizaine d’années en France. Dans son village de ses racines, il écrit et monte une pièce de théâtre. Dans la ferveur du nationalisme montant, il compose des chants patriotiques, qu'il apprend aux jeunes du village. En 1948 il sort, à compte d'auteur, son premier disque : ‘’Ma tseddoudh anrouh,’’ plus connue sous le titre ‘’A Moh a Moh’’.  Madame Sauviat, qui a reconnu son très grand talent, le présente à différentes compagnies de disques à son retour à Paris. En 1950, la firme Pathé Marconi-France l'engage pour un premier disque. Ce fut le départ de sa véritable carrière artistique. La même firme lui offrira en juin 1970 son Disque d’Or.


L’exil, l’errance… thèmes de prédilection


L’exil, l’errance sont des thèmes de prédilection pour Slimane Azem. Son pays, son village deviennent un rêve obnubilant et impénétrable. On y lit, ou y écoute les accusations contre le sort, la providence « à l’instar de son mentor Si Muhend u Mhend, il est aussi philosophe (acu i-yexdem yefker), politologue (imqerqer bb-wemdun), psychosociologue (ddebza u ddmegh). Simane Azem a également chanté l’amour (kem ukk d nek ; atas i sebregh). Sur ce sujet, nous avons d’ailleurs assisté à la naissance d’un mythe du vivant même du poète (…) »  écrit Hacène Hirèche, chargé de cours de langue et de civilisation berbères
.  Durant la guerre d'Algérie, dans une chanson, il compare le colonialisme au fléau des sauterelles, ce qui lui vaut une condamnation des autorités françaises. A l'indépendance de son pays, Slimane Azem est victime d'une accusation injuste. Des détracteurs utilisent ce retour pour le dénigrer, prétendant que ce village s'était rallié aux intérêts français. « L’univers de la censure  est certes bien particulier. Ainsi personne ne sait exactement ni par qui, ni pourquoi Slimane Azem a été frappé d’interdiction. Et personne ne cherche à lever le mystère, habitude que nous sommes à subir la loi de forces occultes » écrit le regretté Muhend U Yahia, écrivain-dramaturge. Il doit quitter l'Algérie avec sa famille. Sa chanson ‘’Taqsit bw umqarqur"  (l'histoire du crapaud), lui vaut d`être interdit d`antenne à la Chaîne II, en langue kabyle de la radio algérienne de 1967, jusqu`à 1989. L'œuvre de Slimane Azem est colossal. Il a laissé plusieurs dizaines d'albums, et plus de 400 chansons, d'une qualité musicale et poétique inégalable. Il est un archétype de franchise et d'intégrité, lui qui n'a jamais succombé au show-biz et la chanson facile. Une école pour les jeunes chanteurs, et un principe inéluctable de sagesse et de bravoure.


Nacer Boudjou

 

 

 

 

Publié dans Chanson

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atmane 25/11/2011 23:08

merci nacer a chacune de lecture de vos articles japprend un peu plus sur notre culture et nos origines encore une fois merci

MOHAND MICKAEL BARACHE 10/07/2011 19:12


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